‹ Mlle de Lespinasse et la Marquise du DeffandChapitre 17 sur 54 · Ibid. Lettre du 12janvier 1759, t. LVIII, p · texte numérisé non relu

Ibid. Lettre du 12janvier 1759, t. LVIII, p

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une gaieté même ii laquelle s’ajoutait la mimique de l’acteur et qui excellait à contrefaire autrui. Rien ne rappelait dans le président l’auteur de l'Abrégé chronologique, et ce portrait tracé de lui par une main amie, celle de madame du Deffaud, n’a pas été contredit par ses contemporains ;

« II joint à beaucoup d’esprit toute la grâce, la facilité et la finesse imaginables; il est de la meilleure compagnie du ' monde; sa plaisanterie est vive et douce ; sa conversation est remplie de trails ingénieux et agréables qui jamais ne dégénèrent enjeux de mots ni en épigrammes qui puissent embarrasser personne. Il se plait à déméler dans toute . sorte de genres les beautés et les finesses qui échappent au commun du monde... Ce sont des découvertes qu’il fait, qui flattent la délicatesse de son goût et qui exercent la finesse de son esprit’. »

C’était la mode alors de faire des portraits, comme un peu plus tard de composer des synonymes; d’Alembert a fait celui de Caraccioli, et madame du Deffand ceux de beaucoup de ses amis ou amies; le président Hénault avait buriné celui de madame du Deffand; il crayonna celui de mademoiselle de Lespinasse. Voici ce dernier portrait, d’autant plus précieux à recueillir qu’il nous la représente dans sa fleur de jeunesse, avant la flamme dévorante des grandes passions et l’amertume des désenchantements :

« Mademoiselle, je m’en vais vous dire comme je vous trouve : ceux qui croiront que vous n’étes que pariste ne vous connaîtront guère : vous êtes cosmopolite; vous vous assortissezâ toutes les situations. Le monde vous plaît; vous aimez la solitude; les agréments vous amusent, mais ils ne vous séduisent point. Votre cœur ne se donne pas à bon marché. 11 vous faut des passions fortes, et c’est tout au mieux, car elles ne reviennent pas souvent; la nature, en

). Correspondance de madame du Deffand, t. II, p. T43.

VOUS mettant dans un état ordinaire, vous a donné de quo; le relever. Votre fime est noble et élevée, et vous ne reste* * rcz jamais dans la foule. Il en est de même de votre per- Sfl sonne; elle est distinguée et vous attirez l’attention sans être belle. Il y a en vous quelque chose de piquant; on mettrait de l’obstination à vous tourner la tête, mais on en serait souvent pour ses frais. Il faut vous atteindre, car on: ne vous fait pas venir. Votre coquetterie est impérieuse; Si vous êtes sur la rêvasserie comme votre maîtresse; vous n’j i! entendez pas plus qu’à la musique, et c’est en quoi vous êtes différentes. Mais vous avez deux choses qui ne vont guère ensemble : vous êtes douce et forte; votre gaieté vous embellit et relâche vos nerfs qui sont trop tendus. Votre avis est à vous et vous laissez aux autres le leur; vous voyez tout à vue d'oiseau; vous êtes extrêmement polie ; vous avez deviné le monde ; on aurait beau vous transplanter, vous prendriez racine partout; vous regarderiez à Madrid à travers une jalousie; vous mettriez votre fichu de: travers à Londres; à Constantinople vous diriez au Grand- Seigneur que vous n’avez pas les pieds poudreux; pour l’Italie, je ne vous conseillerais pas trop d'y aller, à moins que ce ne soit pour atlrapper quelque Père de l’Église. En tout, vous n’êtes pas une personne comme une autre, et pour finir, comme Arlequin, par un coup de sangle : vous me plaisez beaucoup L »

Elle lui plut si bien, en effet, qu’un moment il songea, parait-il, à l’épouser, malgré ses soixante-dix ans bien sonnés et, ce qui était sans doute un plus difficile obstacle, malgré le veuvage de madame du Deffand et ce qu’elle aurait pu appeler ses droits acquis. Toutefois, la chose n’est pas absolument prouvée, et nous n’y insisterions pas sans les conséquences que dut avoir cette passion réelle ou supposée. Il n’y a pas, dit-on, de fou sans fumée; l’on peut donc croire que madame du Deffand aperçut ce filet de fumée, si mince qu’il fût, et que cette découverte dut commencer ii rendre moins

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