‹ Mlle de Lespinasse et la Marquise du DeffandChapitre 26 sur 54 · Corresjiondaiwe complète, 1865, iii-8'>, t. I, p · texte numérisé non relu

Corresjiondaiwe complète, 1865, iii-8'>, t. I, p

Lespinasse dans cette dernière lutte avec madame du ' Deffand; les accusations de hauteur, de haine même ' qu’elle lui renvoya, les regrets où elle se répandit sur ' sa fortune manquée, peut-être même sur ses droits au i titre de sœur légitime de la marquise de Yichy étouffés. i Ainsi se séparaient violemment, vers la fin du mois ' d’avril 1764, ces deux femmes qui, depuis dix années, ' vivaient réunies et dont le commerce s’était d’abord formé sous de si heureux auspices.

Brusque et violente, comme nous venons de le voir, celte séparation aurait même été quelque chose de plus; d’après La Harpe, elle aurait été presque tragique, et: peu s'en serait fallu que cette querelle ne se terminât par la mort de l’un des personnages qui s’y trouvait engagé. Voici la version du célèbre critique, qui avait été aussi un ami de mademoiselle de Lespinasse, mais un ami moins intime que Marraontel : !

« Mademoiselle de Lespinasse sentit bientôt sa dépendance, parce qu’on lui montra de l’humeur. Elle ne pouvait s’affranchir, parce qu’elle n’avait rien. Sa tête déjà très-vive s’affecta au point qu’elle résolut de s’empoisonner. Elle prit soixante grammes d’opium qui ne lui donnèrent point la mort qu’elle désirait, mais qui la jetèrent dans des convulsions épouvantables dont ses nerfs demeurèrent toujours attaqués. Madame du Deffand fondait en larmes amères auprès de son lit : Il n'est plus temps, madame, lui disait mademoiselle de Lespinasse, qui croyait n’en pas revenir. Cependant l’argent qu’elle reçut, par la suite, de la succès- ■ sion de sa mère, et une pension du Roi, qu’on obtint pour : elle, la mirent en état de vivre libre. Elle se sépara de ma- ■ dame du Deffand, conservant pour elle une reconnaissance i respectueuse que rien n’avait pu étouffer, et ne parlant j jamais d’elle qu’avec la plus grande réserve *. » ^

Que doit-on penser de ce récit : faut-il y ajouter foi ■

Page 1