‹ Mlle de Lespinasse et la Marquise du DeffandChapitre 31 sur 54 · CODICILLE · texte numérisé non relu

CODICILLE

A Monsieur Dalembert.

Ce 11 février 1776.

Je prie M. Dalembert de vouloir bien, aussitôt après ma mort, chercher dans mes poches ou dans mes tiroirs, deux portraits de feu M. le marquis de Mora^; il me fera ôter ma

1 . Dans sa dernière lettre à d’Alembe^rt, mademoiselle de Lespinasse dit avoir 50 écus chez elle, et qu’il lui en est dû 1 ,000.

2. Dans la même lettre, mademoiselle de Lespinasse ordonne de brOler le portefeuille noir et le portefeuille rose qu’elle porte sur elle dans sa poche, sans lire leur contenu; mais de conserver le portrait de M. de Mora.

bague lie cheveux que j’ai toujours au doigt, il ôtera de ma montre deux petits cœurs qui tiennent à la chaîne, l’un est de cheveux, l’autre est d’or; il mettra tout cela dans une petite boîte, et il y joindra un billet à madame la duchesse de Villa-Hermosa, qui lui apprendra que c’est moi, en mourant, qui ait chargé que cette boîte lui fût remise avec soin. 11 faudra en charger M. d’.\randa.

Je prie encore M. Dalembert de vouloir bien faire brûler devant lui tous les papiers où j’ai écrit dissus powr être brilles, et c’est presque tout ce que j’ai d’écrit, sans y comprendre pourtant mes manuscrits dont j’ai disposé. Je lui demande pardon mille fois de tout l’embarras que je lui donnerai, mais je le prie de se faire beaucoup aider pour ces détails.

J’ai un petit portefeuille de poche de maroquin rouge à serrure d’or que je veux qui soit envoyé cacheté à M. le comte de Schomberg, ainsi qu’une bague de cheveux où il y a une S.-C. L.-J.

Lf.spinasse.

31 mai 1776.

L’an mil-sept-cent-soixante-seize, le vendredi trente et un may, trois heures de relevée.

A la requête de .M. Jean Dalembert, secrétaire perpétuel de l’Académie françoise, membre de l’Académie des sciences, demeurant à Paris, au Louvre, paroisse Saint-Germainl’Auxerrois, au nom et comme exécuteur des testament et codicille olographes de feu demoiselle Julie de Lcspinasse, fille majeure, le teslament daté à Paris le onze février dernier, et le codicille sans date, l’un et l’autre déposés à Lamhot, l’un des notaires soussignés de l’ordonnance de M. le lieutenant civil au Châtelet de Paris du vingt-deux may présent mois, portée au procès-verbal d’ouverture desdits testament et codicille faite par mondit s" le lieutenant civil le même jour, et insérée au procès-verbal do l’apposition des scellés de M. le commissaii e I.e Seigneur,

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aprùs le décès de ladite demoiselle Lespinasse aussi du même jour; lesdits testament et codicille visés au greffe de l’insinuation du Chcltelet de Paris, et contrôlés par Le Boilieux, ce jour d’huy.

Et en cette qualité, ledit sieur Dalenibert, subrogé par acte de M®* de Monijayet de la Bretonnière, receveurs généraux des domaines et bois de la généralité de Paris du jour d’hier, contrôlé cà Paris aussi le jour d’hier par Le Boilieux, représenté par ledit sieur Dalembcrl et demeuré ci-annexé, préalablement certifié véritable signé et paraphé par ledit sieur üalembert en présence des notaires sus-nommés : aux droits de Sa Majesté pour la succession de ladite demoiselle de Lespinasse, dévolue à S. M. faute d’héritiers, desquels droits et de toutes actions sur ladite succession, lesdits sieurs de Montjay et de la Bretonnière en leur dite qualité se sont désistés par ledit acte cy-annexé, à la charge par mondit sieur Üalembert de remplir les dispositions portées audit testament.

A la conservation des droils et actions de mondit sieur Dalembert ès dites qualités et de tous autres qu’il appartiendra, il va être, par les conseillers du roi, notaires du Châtelet à Paris soussignés, procédé à l’inventaire et description de tous les meubles meublans, effets mobiliers, papiers, etc., dépendant de la succession de ladite demoiselle Lespinasse, trouvés et étant dans les lieux cy-après désignés dépendant d’une maison sise en cette ville, rue Saint-Dominique, vis-à-vis le couvent de Bellechasse, de laquelle M. Messager, bourgeois de Paris, est propriétaire, et dans lesquels lieux ladite demoiselle de Lespinasse est décédée le 22 du présent mois; s’étant assuré de la représentation qui en sera faite par Éloy Raimbault, domestique, et Louise-Agnès Saint-Martin, femme de chambre, tous deux au service de ladite demoiselle de Lespinasse, gardiens des scellés ci-après, après serment par chacun d’eux fait ès mains de M® Lainbot l’un des notaires soussignés de tout représenter.

Dalembert.

Dans la chambre à coucher, ayant vue sur la rue, à gauche de l’antichambre :

Deux chenets, une double grille, pelle et pincelte de fer poli garnies d’ornemens de cuivre argenté, une cheminée

à la prussienne de lôle, deux bras de cheminée à double branche de cuivre en couleur, prisés, 24 livres.

Une grande armoire de bois de rose à quatre battans fermant à clef, un chiffonnier' aussi de bois de rose à neuf tiroirs, prisés, 80 1.

Un bureau de bois noirci, couvert de cuir noir, une table à cadrille^ couverte de drap vert, une table de nuit de bois de noyer à deux tablettes de marbre, une commode de bois de placage à deux grands et deux petits tiroirs, garnis de leurs ( ] et entrées de serrures de cuivre en couleur, un

corps de tiroirs de bois de noyer, prisé, le tout, 90 U

Deux fauteuils couverts de damas cramoisi, une bergère garnie de coussin et dossier couverts de gourgouran* vert remplis de crin, un fauteuil en cabriolet'* couvert de velours d’Utrecht cramoisi, un fauteuil couvert de tapisserie à l’aiguille fourré de crin; un fauteuil en confessionnal " couvert de velours d’Utrecht cramoisi, prisé le tout ensemble, 70 1.

Un tableau peint sur toile dans sa bordure ovale de bois sculpté doré, représentant le portrait de monseigneur l’archcvéque de Toulouse, prisé, 24 1.

Un lit composé d’une couchette à deux dossiers, fond sanglé, de quatre pieds de large, d’un sommier de crin, deux matelas remplis de laine, couverts de toile et futaine, un lit (?) et un traversin de coutil rempli de plumes.

1. Ce mot s’appliquait à deux meubles assez difléients de forme et de dimension, quoique destinés à peu près au même usage. — ■ « ChilTonières, espèees de commodes ou de petites tables à l’usage des dames, n — o Petite table, dont se servait ordinairement les femmes pour le dépôt de leurs ouvrages ou chilfons d'où elle tire sou nom. Cette table, montée sur quatre pieds est composée de plusieurs tiroirs divisés de cadres et de panneaux, dont le supérieur contient ordinairement une éci itoire. Le dessus est quelquefois couvert d’un maroquin» (Encyclopédie méthodique, 1 785, tome XXIV, p. 303 et 706).

2. Quadrille : Jeu de cartes que le Dictionnaire de l'Académie définit ainsi : ■ Espèce de jeu d’hombre qui se joue à quatre. » La reine Marie Leczinska l’avait mis surtout à la mode.

3. Gourgouran; « Étoffe de soie travaillée en gros de Tours et qui vient des Indes » {Dictionnaire de l’Académie). — » Unie et à bandes formées d’armures diverses » (Dictionnaire de Larousse).

4. K Se dit d’une espèce de petit fauteuil. » (Dict. de l’Académie.) — ■ « On nomme en cabriolet, un fauteuil dont le dossier est sur un plan circulaire. C’est le siège aujourd’hui le plus en usage. » (Encyclop. méthodique, 1 785, t. XXVI, p. 685). Le fauteuil à la Heine différait du Cabriolet, en ce que sa forme était droite du côté du dossier (Encycl. méthod.).

5. « Grand fauteuil de malade. » (Dictionnaire de Descherelle.) — « Espèce de fauteuil qui a des côtés ou joues pour appuyer la tête des malades. B (Encycl. méthodique, 1785, t. XXVI, p. 783.)

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La housse dudit lit à l’Impériale', grands rideaux, chantourné® sur les soubasscmens, et courte-pointe de damas cramoisi, et deux rideaux d’alcove de damas cramoisi,; prisé, 400 1. j

Vingt lés® sur deux aunes^ de haut de damas cramoisi,! servant de tenture, prisé, 180 1. !

Douze lés sur deux aunes de haut de camelot® cramoisi! servant de tenture à l’alcove, un rideau de croisée en deux parties aussi de camelot cramoisi avec la tringle, prisé, ensemble, 37 1.

Six estampes sous verre, dans leurs bordures de bois doré et noirci, représentant différents sujets, prisés, 24 1. [

Dans ledit antichambre ayant vue sur ladite rue et sur la I cour :

Une petite fontaine à laver les mains et sa cuvette de | cuivre, six chaises de bois fourrées de paille, six bois de fau- i teuils de bois de noyer, une petite table sur ses pieds tour- | nés garnie d’un tiroir, prisé, le tout ensemble, 40 1. i

Deux rideaux de croisée en quatre parties de siamoise® ■ bleue et blanche, deux banquettes couvertes de moquette i de pareille couleur, un poêle de terre marbrée, deux rever- l| bères de fer blanc, un chandelier de cuivre, trois cafetières ■ du levant (?), prisés, 36 1. ;

Cinq petites estampes sous verre, dans leur bordure de i bois doré et noirci, prisées, 6 1. [

Dans la chambre du nommé Henri, domestique de la f défunte :

Un lit de sangle, deux matelas remplis de laine, couverts " de toile à carreaux, un traversin de coutil rempli de plume, >

1. Cl Les ciels des lits à la française, appelas aussi pavillons ou impériales, 1 sont ordinairement garnis d’étoffe, n {Encyclop. méthodique, 17S5, t. XXVl, i p. 689).

2. Chantourné : « Pièce d’un lit, qui est de bois couvert d’étoffe, et qui se met entre le dossieret le chevet, n [Dict. de V Académie, édit. 1762). Il s’agit ici de l’étoffe même.

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