‹ Mlle de Lespinasse et la Marquise du DeffandChapitre 7 sur 54 · Lettre · texte numérisé non relu

Lettre

“ liment d’une fin prochaine, s’était même résolue à « tout tenter pour donner à sa fille un état que les lois pouvaient peut-être lui accorder. » Elle en fut empêchée par la mort. Celle mort, qui fut « soudaine, » lui laissa néanmoins assez de temps, comme on l’a vu, pour mettre à la disposition de sa fille un don manuel consi- ^ dérable. Héritière de deux riches maisons : des Grèvent, princes d’Yvetot, par la mort de sa mère, en 1698, et des ” d’Albon, marquis de Saint-Forgeux, par celle de son père, en 1729, la comtesse d’Albon possédait des terres ' étendues dans le Forez, le Lyonnais et la Norman- ' die; elle pouvait donc se permettre cette libéralité, qui ’ assurait le sort de mademoiselle de Lespinasse, sans * nuire véritablement h la famille légitime. Quant à la ^ pension viagère de trois cents livres léguée par le testament du 3 août 1746', son insiitfisance même indique ' la pensée d’y suppléer par la donation secrète dont ' parle madame du Delfand. La mère de mademoiselle de 'Lespinasse joignit-elle îi ces libéralités, dont l’une ' devait rester sans effet, les conseils de défiance envers ’ les d’Albon que mentionne La Harpe? La conduite si ' désintéressée, si généreuse que tint mademoiselle de Lespinasse en remettant au jeune comte d’Albon, par une sorte d’abandon spontané, la somme importante que sa mère lui destinait, permet d’en douter.

Quoi qu’il en soit, sa douleur fut profonde et assez louchante pour émouvoir la marquise et le marquis de Vichy qui, « voyant son aftliclion ^ » lui proposèrent de les suivre au château de Ghamrond, où ils résidaient,

). Voir p. 82, dans l’invenlalre du 3f mai 1776, l’exlrait de ce testament rouvé dans les papiers de mademoiselle de Lespinasse. Nous remarquerons |ue ce testament était solennel, c'est-à-dire authentique, fait devant témoins,

:e qui explique la parcimonie d’uii legs où, dans ces circonstances, mademoielle de Lespinasse ne pouvait guère être traitée qu’en étrangère.

2. Lettre de madame du DilTand à la duchesse de Luynes. Correspon- ’ance, t. I, p. 202.

et d'habiter désoraiais avec eux. L’offre venait d’une sœur. Ce fut en sœur qu’elle « l’accepta avec joie ». Quel autre parti, d’ailleurs, pouvait-elle prendre? Jeune, capitaine etgai’çon, le vicomte Camille d’Albon ne pouvait guère lui offrir que le couvent pour asile, et elle n’y était pas encore résignée. Les Vichy retournaient à Chamrond; elle les y accompagna.

La famille de Vichy, noble maison de Bourgogne, se composait alors de Gaspard, marquis de Vichy, comte de Chamrond, âgé de cinquante ans environ, maréchal de camp depuis 1743, et qui, â ce moment meme, se retirait du service; de la marquise de Vichy, jeune encore, puisqu’elle avait â peine trente-deux ans, et de trois enfants, deux garçons, l’un âgé de trois ans, l’autre né tout récemment, et d’une fille, rainée do la famille, née en 1743. Tels étaient les habitants de Chamrond terre seigneuriale située à deux lieues de la Loire, au-dessus de Roanne, dans le Briennais, sur les confins du Mâconnais et du Lyonnais. Les Vichy-Chararond, sans être de très-grands seigneurs, ni surtout fort riches, tenaient leur rang parmi la noblesse du pays, et le temps n’était pas encore éloigné où le marquis de Coulanges, cet ami de madame de Sévigné que possédait la manie des chansons et des petits vers, allant visiter, en 1705, le cardinal de Bouillon à son abbaye de Paray-le-Monial, écrivait à la marquise d’Uxelles :

Le noble château de Paray De noblesse est tout entouré;

Ue noblesse plus ou moins riche,

Des Chamron, d’Arnanzé, Poudras,

Des Bagny, Montperoux, la Guiebe,

De toutes sortes de Damas 2. .

1. Département de Saône-ct-Loire, commune de Nochize, sur la route de Digoiu à Itoaimc. Le château dépendant de la paroisse de Saint-Julien de Cray, dont les Vichy-Chamrond étaient co-seigneurs, paraît, d'après Courtepée, avoir été situé au pied de la montagne et s’être appelé l’Étang.

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