‹ Mlle. X ..., souris d'hotelChapitre 16 sur 19 · HÔ Ô!... HÔ Ô!... HÔ... Ô · texte numérisé non relu

HÔ Ô!... HÔ Ô!... HÔ... Ô

Elle se tord les mains, gémit et rugit, grince des dents.

Le petit notaire tout noir a bondi en arrière, ramassé ses feuillets et tiré la table à lui comme afin de laisser plus de place à la femme pour ses démonstrations de douleur.

Molesko, blême, crie de son côté :

— Nata !... Nata !... Par saint Geo...

Et la femme ne cesse plus, affaissée sur elle-même, s'arrachant des poignées de cheveux :

<- HÔ ô!.,. HÔ ô!... H6ô!...

CE SALE argent! 255

En sanglotant, d'un sanglot qui menace de tourner à l'aboiement.

Pendant au moins cinq grandes minutes, c'est toute la scène :

~ HÔÔ!... HÔ ô!...

— Nata!... Natal...

— HÔÔ!... HÔÔ!

— Molesko, c'est votre mère?

Il me regarde, du fond d'un abrutissement incommensurable, et bégaye :

— Mais non pas... c'est... c'est Nata!

Nous sommes tous debout, moins la bonne

femme toujours par terre, cette fois le front contre le plancher qu'elle heurte à violentes saccades. Ce qu'elle va se donner un beau saignement de nez !

Je regarde mon bouledogue à favoris noirs :

— C'est la personne avec laquelle vous vous baladiez l'autre nuit, avant-hier, pas ?

Ses gros yeux ronds, vont de sa juive au notaire, du notaire à moi, de moi à sa juive, et il bredouille :

— Raymonde... Nata!.,, Raymonde!

Je fais un pas vers les deux hommes et j'éclate de rire :

— Votre rente viagère, votre assurance mixte et toutes ces histoires d'argent, c'est peut-être bon pour vous et pour vos vieilles maîtresses... pas pour moi. Le petit voyage me suffit, et aussi la petite comédie que vous voulez bien m'offrir. Relevez donc madame, elle va se faire mal... Adieu!

Comme l'éplorée, à ces mots, se mettait à lancer de furieuses ruades dans les pieds de la table, le petit notaire s'élança, criant quelque chose en roumain et d'un bras prompt, sauva l'encrier.

Je me dirigeais vers la porte, suivie par Molesko balbutiant :

— Raym!... Raym!...

Tandis que dans le fond, la juive hoquetait encore un peu de hô! hô!...

Ce fut tout. J'étais dehors, libre, enchantée, tout à fait légère, gaie, nettoyée du sale argent qui avait failli me salir.

Ah ! quelle chance que Molesko ait eu en travers de sa vie ce vieux collage!

De l'argent, après tout, n'en gagnerais- je pas moi-même avec un peu de courage et en y mettant un peu plus de temps?

€B SALE argbnt! 257

Je n'ai pas revu Molesko. Je n'ai pas revu Jean Skany.

Je leur ai donné à chacun un rendez-vous différent pour le surlendemain, et je n'y suis pas allée. En revanche, j'ai visité l'appartement de la grosse jeune femme israélite de Jassy, à côté du mien, la nuit qui a suivi notre grande scène de « Nata-hô-hô », et j'ai fait une assez convenable recette, en somme, malgré qu'il y aura bien du déchet quand il s'agira de négocier toute cette joaillerie barbare.

Quelques bonnes valeurs que j'emporte à Paris et que l'on fera voyager encore un peu, me dédommageront du plaisir que je n'ai pas pris. Car je n'ai pris, je vous le jure, aucun plaisir à exercer mes talents chez ces bons paysans des Carpathes.

Mais qui sait, j'emporte peut-être les honoraires du docteur prince?

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