‹ Mlle. X ..., souris d'hotelChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

UN PEU d'amour et DES BLAGUES

J'avais promis à Georges, pour mon retour, un mariage de huit jours, c'est-à-dire toute une semaine chez lui.

Je ne demandai, bien entendu, qu'à lui tenir parole, et ce fut le bonheur, celui qu'il n'y a que dans les rêves ou dans les livres, encore pas dans tous...

On n'avait eu jusqu'à présent que des rendez-vous d'un soir ou d'une après-midi, tout au plus d'une matinée, avec des escapades de vingt-quatre heures par-ci, parlà. Mais huit jours et huit nuits de suite au boulevard Arago, « chez nous »!..,

Le matin en m'éveillant dans notre haute chambre au-dessus des jardins, il me sem-

blait être en voyage de noce à la campagne.

Des chants de coqs, des rumeurs de poulaillers vous arrivaient du voisinage, avec le craquement des branches, un frôlement de feuilles aux fenêtres, dans Tensoleillée.

Naturellement, je buvais du lait : Georges me l'apportait au lit dans un grand bol vernissé, bariolé, où je laissais toujours un fond pour la vieille chatte et son ami le chien — Lotte et Bonhomme — qui le nettoyaient ensemble de la façon la plus consciencieuse, museau contre museau.

On se levait terriblement de bonne heure — peut-être à sept heures, — et Ton partait faire son marché tous les deux, pour revenir chargés de choses, des bouquets dans les bras, des légumes dans le filet, des fruits dans mon petit panier acheté dès le premier jour...

L'atelier, tout lumineux et tout frais encore, nous accueillait harassés : on s'abattait sur les tapis, incapables de bouger d'où l'on s'était laissé choir, les paquets posés là, au hasard, autour de nous, puis Lotte et Bonhomme les flairaient, les vérifiaient en y mettant la suspicion minutieuse de deux douaniers.

Ensuite, après des fainéantises le nez au plafond, à griller la première cigarette de la journée, je filais cuisiner dans le soussol, par un petit escalier en tire-bouchon très rigolo.

Alors, Georges travaillait un peu.

Exquis, mon sous-sol! Qu'il y faisait bon!... Par les soupiraux vitrés que je laissais ouverts, venaient me regarder, en s'inclinant pour voir, les grandes menthes et les vendangeuses du jardinet, et, en sautillant dans le gravier, les pierrots curieux...

De temps à autre, lâchant sa toile, Georges arrivait au haut de Fescalier, se penchait vers ce goujïre où j'apprêtais nos festins, sa palette, et ses brosses au poing, de l'autre main se faisant un porte-voix pour me crier avec l'intonation des garçons de restaurant à 1 fr. 25 et 1 fr. 50, qui commandent tout d'une haleine à l'office une enfilade de nourritures :

— Attention!... Un bécot, deux bécots, trois bécots très chauds, ça fait trois... bien servis! Et une languette rose, deux lèvres framboise!...

Mais, sans lui donner le loisir d'achever, je criais à mon tour :

— Enlevez!

Et je grimpais quatre à quatre, j'étais en haut du tire-bouchon, prête à servir la commande de moi-même, la languette rose et les deux lèvres...

Malgré ces extravagances, sa peinture et ma cuisine marchaient.

Quand c'était prêt, il m'aidait à mettre le couvert, et, en vis-à-vis, avec Lotte et Bonhomme chacun d'un côté, dans l'ombre fraîche de la petite salle, on faisait la déjeunette.

Le soir, on dînait dehors, tantôt au bord de la Seine, de l'autre côté du Bois, dans les parages de Suresnes ou de Saint-Cloud, tantôt dans un restaurant de peintres du quartier Montparnasse.

Georges y avait particulièrement pour amis deux Américains, Slug et Fady, qui venaient souvent à la maison et qui furent vite de bons camarades pour moi, mon indulgence envers leur alcoolisme artistique et sentimental les ayant beaucoup touchés.

On était alors vers la fin des vacances.

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Paris n'était pas rentré. L'odeur des arbres rôtis, des pelouses cuites comme des galettes d'herbe, et de feuilles brûlées emplissait les avenues vides. Oh! le bon moment!

Nos jours s'écoulaient tous de paresses et de tendresses, lorsque, cette divine semaine allant s'achever, le courage de nous séparer nous manqua : il fut convenu sur l'heure que j'accompagnerais Georges à Fontainebleau, où il avait loué une cabane en vue de peindre en forêt, durant tout l'automne.

Le moyen de se refuser ce supplément de paradis ?

Départ en coup de vent, avec Bonhomme et Lotte, et la moitié du nécessaire, — mais il serait si facile de retourner entre deux trains chercher ce qui manquait!

La (( cabane » de Greorges était tout au bout de la ville, du côté de la Fourche, sur la lisière de la forêt — un rez-de-chaussée faisant le coin d'une rue morte, et un petit jardin très feuillu, très fleuri, entre de hauts murs — dans un environ de sapins noirs et de grandes routes blanches.

On commença par des promenades, à pied du côté du Mail ou dans les rochers d'Avon, à bicyclette vers Franchard, à Montigny,

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à Marlotte, et en voiture à Barbizon, à Thomery...

Chaque jour, on recevait un bulletin de Slug ou un bulletin de Fady, chargés de surveiller l'atelier, de soigner les fleurs du parterre.

Le dimanche qui suivit notre établissement, jils vinrent passer la journée avec nous, pour connaître la forêt. Ils débarquèrent pleins de projets et fort animés déjà de préalables whiskies. Mais on ne bougea pas du jardin. Leurs confidences sur nos fleurs ne furent pas sans nous inspirer quelques appréhensions : selon eux, elles dépérissaient en dépit de Tarrosage le plus soigné... A plusieurs reprises, ils insistèrent : peu de fleurs pouvaient se vanter, pourtant, d'un arrosage aussi soigné!...

Enfin, après s'être rafraîchis depuis le matin jusqu'à la tombée de la nuit, ils s'en retournèrent très saouls, comme ils nous étaient arrivés.

On le verra d'après tout ceci, il ne faudrait pas croire que je fusse tout le temps

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