‹ Mlle. X ..., souris d'hotelChapitre 7 sur 19 · UN PEU D*AMOUR ET DES BLAGUES · texte numérisé non relu

UN PEU D*AMOUR ET DES BLAGUES

à la poursuite d'une « affaire », ni que je vécusse en sauvage, ne voyant que Georges, en dehors des moments de travail. Rien n'est plus faux.

D'abord, le genre que j'ai adopté dans ma spécialité comporte une existence régulière, avec assez d'argent devant soi pour pouvoir choisir les occasions, n'agir qu'à son temps, à des intervalles convenables, et en variant le plus qu'il se peut le terrain de ses opérations.

Ainsi, rien ne me distingue en apparence, d'une jeune personne bien élevée vivant de ses rentes ou de celles de sa famille en attendant qu'elle se décide à se marier, et, jusque-là, aimant voyager, libre d'allures mais de bonnes tenue, s'abstenant de Paris, tantôt pour sa santé, tantôt pour son plaisir.

Bien que logeant ensemble, papa et moi, nous sommes toujours restés très indépendants l'un de l'autre. Sans doute, ses conseils me sont utiles — ses indications aussi ; mais on nous voit rarement dans la même villégiature, cela est préférable.

Comme, en général, les villes d'eaux vont par région, il nous suffit de voisiner à quelques heures de chemin de fer : s'il est à

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Vichy, je suis à Royat, et, quand j'étais à Luchon, il quittait Bagnères-de-Bigorre pour essayer d'Aulus.

De même, nous avons quelques relations communes, mais j'ai aussi les miennes.

La question des relations est capitale, à mon avis, et je me suis toujours montrée d'une prudence extrême sur l'entourage.

Un autre dimanche que ça ne disait rien à Georges de pédaler dans la poussière de Seine-et-Marne derrière les bouffées d'essence des autos, après avoir toute la semaine portraituré des arbres, nous prîmes une Victoria et nous allâmes passer la journée à Bois-le-Roi, où mon amie Sylvette m'avait depuis longtemps invitée.

A notre sortie du lycée, Sylvette Vallery et moi, nous n'avions point cessé une amitié datant de notre entrée à Alfred de Musset.

Sylvette est la troisième de trois sœurs. Marie-Françoise et Valentine, ses aînées, avaient monté une petite boutique, un rien de magasin de modes, pour commencer, sur

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le boulevard des Batignolles : elles arrivaient de province avec leur papa et leur maman, M. Vallery (qui répond au prénom de Juste) venant de prendre sa retraite comme principal du collège de Thiers.

Il y avait aussi un garçon, Romain, le jumeau de Sylvette.

Bref, à eux six, ils n'avaient que cette retraite pour vivre; alors Marie-Françoise et Valentine, deux grandes jolies filles qui ont cinq ou six ans de plus que leur benjamine, résolurent de tenter fortune dans la mode, pendant que Sylvette obtenait une bourse à Alfred de Musset, où nous terminâmes nos études ensemble.

C'étaient des Auvergnates, par conséquent des caractères, les filles du principal. Bien décidées à réussir, tenaces, courageuses, aimables et de bonne humeur, avec un instinct du commerce et le sens pratique des choses.

Chez elles, tout le monde s'y mit. La maman tenait l'intérieur. Leur père faisait la place, on peut dire, chez tous les compatriotes influents, ou s'employait de n'importe quelle manière : par exemple, au début, le principal leur a fait plus d'une

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course dans les maisons de gros et les magasins de fournitures, et sa rosette violette, sa cravate blanche, ses lunettes d'argent ne Tempêchaient nullement, les jours de presse, de rapporter la commande chez les clientes.

Un peu plus tard, les belles Thiernoises descendirent place de la Trinité, puis Sylvette sortit du lycée, entra dans la raison sociale, et Vallery Sœurs, en pleine prospérité, se transportèrent rue Daunou.

Actuellement, elles possédaient une villa habitée par M. et M"' Vallery, à Bois-le- Roi, en descendant vers la Seine : « Les Chants et les Brises ».

Da)ns la belle saison, tous les samedis soirs, Marie-Françoise, Valentine et Sylvette s'y rendaient pour jusqu'au lundi, et l'on y recevait les amis.

Cette famille de modistes présidée par l'ancien principal de collège avait nécessairement l'esprit large : on n'y exigeait point votre livret de mariage; Sylvette connaissait ma liaison, il suffisait d'être gens de bon ton pour être de leur cercle, où l'on tolérait beaucoup de choses sauf les cérémonies et la mauvaise humeur.

La traversée de la forêt à cette heure

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matinale en automne, par la croix d'Augas, la croix de Toulouse et les magnifiques avenues qui s'en vont de ce côté jusqu'à BroUes, avait été pour nous une chose exquise. Il nous fut difficile de ne pas musarder en route, à descendre ici pour des fougères, là pour des rochers, plus loin à regarder en arrière la perspective admirable qui fuyait...

Aussi trouvâmes-nous déjà installés au jardin, lorsque nous arrivâmes, un jeune pensionnaire de la Comédie-Française, habitué des Vallery, Léon Quain, et un jeune lieutenant d'artillerie de l'Ecole d'application, M. Leprieur d'Aubeilles.

Ces messieurs faisaient de bonne grâce, en attendant le déjeuner, une partie de tonneau avec Romain, lequel leur eût infiniment préféré la moindre ouvrière de ses sœurs, car c'est une petite fripouille de premier ordre.

« Les Chants et les Brises )> frappèrent tout d'abord Georges d'une admiration joyeuse : sur un fond d'assez belles futaies, parmi de jolis massifs alternant avec des corbeilles au bord de pelouses en pente parfaitement tenues, d'où l'on a une petite

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échappée dans la vallée de la Seine, figurezvous Tune des plus brillantes constructions en charcuterie parisienne dont la grande banlieue fait son ornement favori.

Rien n'y manquait, du plâtras rose, du zinc découpé, de la tourelle à poivrière, des fenêtres en ogive et de la terrasse à Titalienne, — effrayant!

Un coup de sifHet là-haut dans les arbres. Entrée en gare du train de Paris amenant les déjeuneurs retardataires.

Bientôt après, à la grille des Chants et Brises, un coup de cloche.

Deux personnages s'avancent avec un ensemble parfait, — le couple : un homme d'une cinquantaine d'années, long et maigre, très maigre, figure de tapir sous son panama et laideur roussâtre et poilue, jaquette d'alpaga, pantalon de piqué blanc, gros bijoux bien voyants à la cravate, sur le ventre (je veux dire à la place où aurait été son ventre s'il en avait eu un) et aux doigts; une femme grasse et fraîche, assez

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jolie, certainement bête, dans les trente-six ou sept, petite bouche amoureuse et gros yeux sensuels, Vair d'être perpétuellement chatouillée; tailleur en flanelle blanche, chapeau-cloche à fleurs et rubans à profusion.

M. Juste Vallery se porte à la rencontre de ce ménage, saisit une main de fhomme, une main de la femme, les congratule, nous les ramène, nous les présente en leur reprenant à chacun la main :

— M. Pancres... M""' Pancres!

Romain s'est approché et la fraîche

M""" Pancres à sa vue est devenue plus rose encore; ses gros yeux sensuels se sont troublés.

M. Juste Vallery d'ajouter avec une satisfaction évidente, en s'adressant à nous :

— Le nom doit vous être bien connu...

M. Pancres est l'intelligent inventeur de la malle Pancres!

Ce disant, il semble avoir tout dit.

(Avenue de l'Opéra, parfaitement, je Vois d'ici le magasin.)

Confus et glorieux à la fois, M. Pancres se casse en deux par petites saccades, s'incline comme s'il saluait le public.

— Vous m'en avez vendu une qui a déjà fait le tour du monde! prononce délibérément le jeune pensionnaire du Théâtre- Français.

M. Pancres se recasse...

Mais sa grasse compagne s'est enfuie dans le logis, à la recherche des dames. On l'entend qui appelle d'une gorge roucoulante :

— Marie-Françoise!... M"'' Vallery!...

Sylvette!

Comme si elle demandait tout de suite et déjà protection contre cette petite fripouille de Romain.

Pancres?... Non seulement le nom m'est connu : le visage aussi. Où donc ai- je vu cela? Je cherche, je cherche... Où donc? Vainement.

M. Leprieur d'Aubeilles et Léon Quain, à quelques pas de là, accablent de félicitations narquoises le jumeau de Sylvette sur le soleil piqué par l'opulente compagne du tapir. Avec toute la lâcheté de son âge, le gamin s'en défend bassement, ça se devine, et il feint d'être barbé.

En passant pour courir embrasser Sylvette et Valentine, je l'entends : il a mieux

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