X. A LA. CITOYENNE BONÂPARTE
RUE Ghantereine, n° 6, A Paris,
Milan, 4 prairial an IV.
Joséphine, point de Lettre de toi depuis le 28 / Je reçois un courrier parti le 27 de Paris et je n'ai point de réponse.^ point de nouvelles de ma bonne amie ! M'aurait-clle oublié ou ignoreraitelle quil n'est point de plus grand tourment que de ne poin t recevoir de lettres de mio dolce amor ? . . . JJon m'a donné ici une grande fête; cinq ou six cents jolies et élégantes figures cherchaient a me plaire^ mais aucune ne te ressemblait, aucune n'avait cette physionomie douce et mélodieuse qui est si bien gravée dans mon cœur. Je ne voyais que toi, je ne pensais que toi. Cela me rendit tout insupportable; et une demi-heure après y être entré, je me suis en allé me coucher tristement en me disant : « VoiUi ce réduit vide., la place de mon adora ble petite femme ...» Viens-tu ? Ta grossesse comment va-t-elle?... Ah! ma belle amie., aie bien soin de toi, sois gaie, prends souvent du mouvement, ne t'afflige de rien, n'aie aucune inquiétude sur ton voyage; va à bien petites journées. Je me figure sans cesse le voir
avec ton petit ventre; cela doit être charmant, mais ce vilain mal de cœur, est-ce que tu Vas encore ?. ..
Adieu, belle amie, pense quelquefois à celui qui pense sans cesse à toi^.
Malgré qu'il mène la vie la plus active, Bonaparte ne semble occupé que de l'arrivée de sa femme. Durant le mois de prairial, il est appelé par l'insurrection de Pavie et la révolte de Binasco; de là, le 8 à Brescia, à Borghetto le 11, il y bat Beaulieu, passe le Mincio ; est le 12 à Rivoli, le 12 à Peschiera, le 16 à Vérone et à Roverbella, lé 17 sous Mantoue, au faubourg de Saint-Georges, où il livre un rude combat. Il retourne dans la soirée à Brescia où, le 17, il consent à suspendre les hostilités contre le royaume de Naples. Il retourne à Milan où il accepte de négocier avec le Pape et va diverses fois pour cet objet à Bologne. C'est à l'un de ses passages à Milan qu'il écrit cette lettre dont le porteur est Serbelloni : c'est un des plus grands seigneurs — sinon le plus grand — d(i Milan.
' Confcnijioraiue, II, i'xj.
Un très grand nombre des membres de sa famille ont été au service de l'Autriche, un est mort général de cavalerie en 1758, un autre feld-maréchalen 1778, etc.Quantau ducSerbelloniJoseph- Galeas-Gabry, il se distinguait par ses opinions libérales, fut ambassadeur à Paris des patriotes milanais et président du Directoire de la République cisalpine.