XI. A LA CITOYENNE BoNAPARTE
RUE Ghantereine, n° 6, A Paris.
Au quartier général, à Milan, le -ïj prairial de la République française
une et i?idi\'isil>le.
Joséphine, où te remettra- L-oii cette lettre? Si c'est a Paris ^ mon malheur est donc certain, tu ne m'aimes plus! Je nai plus qiià mourir... Serait-il possible!... Tous les serpents des furies sont dans mon sein et déjà je n existe qua demi... Oh! toi!... mes larmes coulent. Plus de repos ni d'espérance. Je respecte la volonté et la loi immuable du sort. Il m'accable de gloire pour me faire sentir mon malheur avec plus d'amertume. Je m'accoutumerai à tout dans ce nouvel état de
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choses, mais Je ne puis maccouliunei' à ne plus
V estimer ; mais non! Ce n'est pas possible ! Ma Joséphine est en route ; elle m'aime an moins un peu; tant cV amour promis ne peut pas être évanoui en deux mois.
Je déteste Paris, les femmes et V amour... Cet état est affreu.v... et ta conduite... mais dois-je f accuser? Non. Ta conduite est celle de ton destin\ si aimable, si belle, si douce devais-tu être
V instrument [ ] de mon désespoir ?
Celai qui te remettra cette lettre est le duc de Serbelloni, le plus grand seigneur de ce pays-ci qui va, député à Paris, pour présenter ses Iiommages au gouvernement.
Adieu, ma Josépliine, ta pensée me rendait heureux, tout a bien changé. Embrasse tes aimables enfants. Ils m'écrivent des lettres charmantes. Depuis que je ne dois plus i" aimer, je les aime davantage. Malgré les destins et l'honneur, je t'aimerai toute ma vie. J'ai relu cette nuit toutes tes lettres, même celle écrite de ton sang, quels sentiments elles m'ont fait éprouver !^
' Contemporaine, II, J()9.
5o MADAME BONAPARTE