‹ Mme Bonaparte, 1796-1804Chapitre 16 sur 54 · XV. — Au CITOYEN Joseph Bonaparte, Paris · texte numérisé non relu

XV. — Au CITOYEN Joseph Bonaparte, Paris

Armée d'Italie.

République Française.

Liberté Egalité

Au quartier général Turtone, le 27, à 8 heures du soir, an IV de la République une et indivisible .

Bonaparte, (;é\éral en chef de l'armée d'Italie, A Joséphine

Mon ami, je suis au désespoir. Ma femme, tout ce que j'aime dans le monde, est malade. Ma tête

ny est plus. Des pressentiments affreux agitent ma pensée. Je te conjure de me dire ce qui en est, comment elle se porte. Si, dès notre enfance, nous fûmes unis par le sang et par la plus tendre amitié, je t'en prie, prodigue-lui tes soins, fais pour elle ce que je serais glorieux de pouvoir faire moi-même. Tu n'auras pas mon cœur, mais toi seul peu.x' me remplacer. Tu es le seul homme sur la terre pour qui j'aie eu une vraie et constante amitié. Après elle., après ma Joséphine, tu es le seul qui m'inspire encore quelque intérêt. Rassure-moi. Parle-moi vrai. Tu connais mon cœur. Tu sais comme il est ardent. Tu sais que je n ai jamais aimé, que Joséphine est la première femme que j'adore. Sa maladie me met au désespoir. Tout le monde m'abandonne. Personne ne m'écrit. Je suis seul livré à mes craintes, à mes malheurs. Toi non plus, tu ne m'écris pas. Si elle se porte bien, quelle puisse faire le voyage^ je désire avec ardeur qu elle vienne, j'ai besoin delà voir, de la presser contre mon cœur. Je l'aime à la fureur et je ne puis plus rester loin d'elle. Si elle ne m'aimait je n'aurais plus rien it faire sur la terre. Oh! mon bon ami, je me recommande a toi. Fais en sorte que mon courrier ne reste pas six heures (t Paris et qu'il revienne me rendre la vie.

Tu diras à ma Joséphine que si elle veut acheter une campagne comme nous en étions convenus^ moitié chacun, fy mettrai 3o.ooo francs et elle autant. Je prendraicet argent sur les ^o.ooo francs qui me restent de nos biens retirés de Corse. Tu peuXf dès l'instant que tu seras d'accord avec ma femme^ tirer une lettre de change à vue sur ton heau-frère Clary et je prendrai les mesures pour quelle soit escomptée.

Adieu, mon ami., tu es bien heureux. Je fus destiné par la nature à n'avoir de brillant que les apparences ^

Assurément, après cette crise, il a dû recevoir quelques mots qui l'ont rassuré. Le Directoire s'est ému et a parlé ferme. Carnot lui écrit le 4 messidor (22 juin) que « sa femme, encore assez mal rétablie, va le rejoindre ». Il sait à présent qu'elle a pris des prétextes et qu'il a été dupe ; mais c'est son tour, puisqu'elle est obligée de partir^. Aussi, lorsqu'il lui écrit, le 8 messidor (26 juin), de Pistoia^ en Toscane, où il vient d'arriver en quittant Bologne, après avoir signé l'armistice avec le Saint-Siège, sa lettre n'est plus suppliante, affolée, exubérante, mais ironique

* Copie sur l'original appartenant à M. le comte d'Hunolslein.

et quelque peu pinçante. Les prétextes, si bons qu'ils paraissent, ont dû s'évanouir : maladie, grossesse et le reste : mais il est bon prince, il pardonne et il reste follement amoureux.

2. 6messidor, an IV. Passeport à la citoyenne Bonaparte Joséphine Lapagerie, femme du général Bonaparte, à Louise Compoit (sic), Jacques Compoit, Antoine Labesse et Jean Laurent, attachés à sa personne ; — au citoyen Junot,aide de camp du général Bonaparte ; — au citoyen Joseph Bonaparte ; — au citoyen Nicolas Gleray (Glary), beau-frère du général Bonaparte ; — à Nicolas Chareton, attaché à la personne du citoyen Buonaparte et à Hyppolyte Charles, adjoint aux adjudants généraux, employé à l'armée d'Italie. (Fortuné, le chien de Joséphine, ne figure pas sur le passeport.)

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