‹ Mme Bonaparte, 1796-1804Chapitre 22 sur 54 · XXII. — A Joséphine · texte numérisé non relu

XXII. — A Joséphine

CasligUone délia Sti\'era, 4 thermidor an IV, 10 heures du soir (22 juillet).

J'expédie an courrier à Paris. IL prendra en passant tes dépêches. Despinoy qui arrive ni assure que ta santé est rétablie. Quoique tu nie raies écrit, les détails qu'il y a joints m'ont rempli de joie. Te voilà bien rétablie, mon adorable Joséphine ; je brûle du plaisir de te voir. Il ni a appris aussi que Diibayet et ses aimables aides de camp étaient arrivés à Milan^... Ta dois avoir reçu le courrier que je t'ai crpédié ce matin. Je compte tous les instants jusquau 7. // faut encore trois jours. Je pars dans une heure pour voir différents postes de mon armée ; et, le 7, je sais bien qui sera le plus exact au rendez-vous l Murât estmalade. La déesse du Bal, M'^° Ruga (?) lui a proprement donné une galanterie. Je V ai envoyé à Brescia ; ilest furieux: il veut mettre son aventure dans les gazettes. Je te prie de communiquer cet article à Joseph et de lui conseiller de s'en tenir à sa Julie ; il en sera

' Voir les articles que j'ai publiés dans la Revue des Deux Mondes, Du Consulat à V Empire. CoiTCspondance de M"" Duhayct, devenue M™» Carra-Saint-Cyr, avec su fille, M"" Charpentier.

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plus raisonnable et plus sain. D'autres personnages de U état-major se plaignent de M""^ Visconii'. Bon Dieu! Quelles femmes! Quelles mœurs ! Je te fais mon compliment franchement et sans serrement de cœur ; l'on dit que le Jeune Caulaincourt ' t'a rendu visite à onze heures du matin et tu ne te lèves qu'à une heure. Il avait à te parler de sa sœur, de sa maman. Il fallait prendre f heure la plus commode. La chaleur est excessive. Mon âme est brûlée. Je commence à me convaincre que pour être sage et se bien porter., il ne faut pas sentir et ne pas se livrer au bonheur de connaître V incomparable Joséphine. Tes lettres sont froides ; la chaleur du cœur nest pas à moi. Pardi! je suis le mari. Un autre doit être V amant. Il faut être comme tout le monde. Malheur à celui qui se présenterait à mes yeux avec le titre d'être aimé de toi!... Mais tiens, tue voilà jaloux. Bon Dieu! je ne sais pas ce que je suis! mais ce que je sais bien, c'est que, sans toi, il n'est plus ni bonheur, ni vie... Sans toi, entends-tu? Cest-

* Celle qui fut dès ce moment et resta jusqu'à sa mort la maîtresse de Berthier.

' Son père très lié avec Joséphine. U accompagnait l'ambassade d'Aubert-Dubayet à Constantinople. C'est le Caulaincourt qui fut grand écuyer, duc de Vicence, ministre des Affaires étrangères, et dont la conduite à l'égard de l'Empereur à Pétersbourg. à Plessvitz, à Chatillon, à Fontainebleau, à Paris, demanderait à être expliquée.

à-dire tout entière. S'il est un sentiment dans ton cœur qui ne soit pas à moi, s'il en est un seul que je ne puisse connaître, ma vie est empoisonnée et le stoïcisme., mon seul refuge. Dis-moi que... Aime-moi, reçois mille baisers de l'imagination et tous les sentiments de l'amour... Le 7, à Brescia, n'est-ce pas^ ?

Appelée ainsi par son mari, Joséphine couche à Gassano le 6 thermidor (24 juillet) et rentre avec lui à Brescia le 8. Ils quittent ensemble Brescia le 10, à 10 heures du soir pour Castelnovo. Arrivée à Vérone, elle est témoin des premières fusillades, revient à Castelnovo et, voyant passer les blessés, elle veut regagner Brescia, mais est arrêtée par l'ennemi déjà à Ponte-Marco. Elle y quitte son mari, pleure beaucoup : « Wurmser, dit-il, va me payer cher les larmes qu'il te cause.» Elle est obligée de longer en voiture, et de très près, le siège de Mantoue. On tire sur elle de la place et quelqu'un de s-a suite est atteint. Elle traverse le Pô, Bologne, Ferrare, Parme, et gagne Lucques, affolée par la crainte et les mauvais bruits... A Lucques, elle est complimentée par le Sénat,

' Conleinporautc, II, J8t).

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mais l'annonce de la levée du siège de Mantoue la poursuit, elle court jusqu'à Livourne où elle ne passe qu'une nuit, car les victoires de Lonato et de Gastiglione ont rétabli le prestige de l'armée et, sous une escorte de trente hussards, elle fait une entrée presque souveraine à Florence. Le i5 thermidor, de Vérone, Bonaparte écrit à Barras : « Ma femme court depuis quinze jours ritalie : elle est, je crois, à Livourne et à Florence. Elle a été loin des dangers. Sa santé est bien rétablie. »

Durant « qu'elle court l'Italie », Bonaparte, sur la nouvelle que Wurmser est en marche pour lui faire lever le siège de Mantoue, est venu à lui ; a remporté le i6 la victoire de Lonato, le i8, la victoire de Gastiglione, le combat de Peschiera,le24, le combat delà Corona : toutes les lignes sur le Mincio sont reprises; il reste à Brescia du 23 au 28 ; il revient à Milan le 8 fructidor, y reste — sauf qu'il rayonne ■ — jusqu'au 12, où il repart pour Brescia.

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