‹ Mme Bonaparte, 1796-1804Chapitre 6 sur 54 · V. A LA CITOYENNE BoNAPARTE, RUE ChANTE · texte numérisé non relu

V. A LA CITOYENNE BoNAPARTE, RUE ChANTE

REiNE, N° 6, Chaussée d'Antin, a Paris.

(L'adresse de l'écriture d'un scribe.)

Albenga, le i8 germinal '.

Je reçois une lettre que tu interromps pour aller ^ dis-tu, à la campagne. Et après cela tu te donnes le ton cVêtre jalouse de moi qui suis ici accablé d'affaires et de fatigues. Ah! ma bonne amie ! Il est vrai que f ai tort. Dans le printemps ^ la campagne est belle et puis Vamant de dixneuf ans s y trouvait sans doute. Le moyen de perdre un instant de plus à écrire à celui qui., éloigné de trois cents lieues de toi, ne vit, ne jouit, n existe que pour ton souvenir^ qui lit tes lettres comme on dévore, après six heures de chasse, le mets quon aime. Je ne suis pas content. Ta dernière lettre est froide comme V amitié. Je n'y ai pas trouvé le feuquiallume tes regards et que j'ai cru quelquefois y voir. Mais quelle est ma bizarrerie! J'ai trouvé que tes lettres précédentes oppressaient trop mon âme; la révolution qu'elles produisaient attaquait mon repos et asservit mes

* Il pourrait y avoir hésitation sur la date et l'on pourrait lire le 28, mais Bonaparte a quitté Albenga le 20 germinal.

LA CAMPAGNE D'ITALIE 'i3

sens. Je désirais des lettres plus froides^ mais elles me donnent le glacé de la mort. La crainte de ne pas être aimé de Joséphine Vidée de la voir inconstante., de la... mais je me forge des peines, lien est tant de réelles., faut-il encore s'en fabriquer. Tu ne peux ni avoir inspiré un amour sans bor/ies sans le partager et avec ton âme, ta pensée et ta , raison, Von ne peut pas, en retour de V abandon., du dévouement, donner en échange le coup delà mort.

J'ai reçu la lettre de M"^^ Chàteaurenaud. J'ai écrit au ministre pour [ ]. J'écrirai demain à la première à qui tu feras les compliments d'usage. Amitié vraie à M'"" Tallien et Barras.

Tu ne me parles pas de ton vilain estomac, je le déteste. Adieu jusqu'à demain, mio dolce amor. Un souvenir de mon unique femme et une victoire du destin : voilà mes souhaits. Un souvenir unique, entier, digne de celui qui pense à toi à tous les instants.

Mon frère est ici ' ; il a appris mon mariage

' Joseph est arrivé de Gènes à Albenga le i8 germinal. La petite fille dont Julie Clary vient d'accoucher est morte en naissant. Il ,

date de Gènes la lettre suivante qu'il écrit d'Albenga à Joséphine le 19 germinal :

« Madame, j'ai appris avec le plus vif intérêt votre mariage avec mon frère. L'amitié qui m'unit à lui ne me permettait pas d'être insensible au bonheur qu'il trouvera avec vous. J'en suis aussi

ai^ec plaisir, il brûle de V envie [de te counaitre. Je cherche à le décider à venir à Paris. Sa femme est accouchée ; elle a fait une file. Ils t'envoient pour présent des bonbons de Gênes. Tu recevras des oranges., des parfums et de Veau de fleur d'oranger que je t'envoie.

Junot, Murat^ te présentent leur respect.

Un baiser plus bas., plus bas QUE LE SEIN (sic).

Entre cette lettre et la suivante, il s'écoule dix-sept jours.

Le 20 germinal (lo avril), il quitte Albenga pour Savone ; le ^3, il livre le combat de Montenotte et porte son quartier général à Garcare. Le 24, bataille de Millesimo. Quartier général à Garcare du 25 au 28, où il est transporté à Millesimo ; puis Salicetto le 29, Lesegno le 3o et le 1*^' floréal (20 avril). Le 2, bataille de Mondovi :

convaincu que lui, d'après Tidée que je me suis formée de vous.

« Agréez, je vous prie, l'assurance des sentiments fraternels avec lesquels je suis

(( Votre beau-frère.

« Joseph Bonaparte. »

(Revue Rétros., I, 874).

' Junot, aide de camp de Bonaparte depuis le siège de Toulon, est à ce moment chef d'escadron provisoire. Murât, aide de camp de Bonaparte depuis vendémiaire, est chef de brigade provisoire. (Tena'ant, t. II, f . 44S et fac-similé.)

quartier général à Lesegno le 2 et le 3. Le 4 et le 5, à Garni. U écrit le 5 à Joséphine :

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