‹ Mme Bonaparte, 1796-1804Chapitre 9 sur 54 · VIII. A LA CITOYE>'>E Bo^•APARTE · texte numérisé non relu

VIII. A LA CITOYE>'>E Bo^•APARTE

RUE Chaxtereine, n" 6, A Paris.

Au quartier général de Lodi,

Le 24 floréal an IV de la République française une et indivisible.

Il est donc vrai que ta es enceinte. Mural me récrit, mais il me dit que cela te rend malade et qu'il ne croit pas prudent que tu entreprennes un aussi long voyage. Je serai donc encore privé du bonheur de te serrer dans mes bras! Je serai donc encore plusieurs mois loin de tout ce que faime! Serait-il possible que je n'aie pas le bonheur de te voir avec ton petit ventre! Cela doit te rendre intéressante ! Tu m'écris que tu es bien changée. Ta lettre est courte, triste et d'une écriture tremblante. Qu' as-tu, mou adorable amie?

LA CAMPAGNE D'ITALIE jg

QaesL-ce qui peut- Ciiiquiélcr ? Ah! ne reste pas à la campagne ; sois en ville, cherche à t" amuser et crois quil n'y a pas de tourments plus réels pour mon âme que de penser que tu es souffrante et chagrine. Je croyais être jaloux, mais je te jure qu'il n'en est rien. Plutôt que de te savoir mélancolique, je crois que je te donnerais moimême un amant. Sois donc gaie et contente et sache que mon bonheur est attaché au tien. Si Joséphine n est pas heureuse, si elle abandonne son âme à la tristesse^ au découragement, elle né ni aime donc pas. Bientôt tu vas donner la vie à un autre être qui t'aimera autant que moi... Non, ce n^ est pas possible, mais autant que je V aimerai. Tes enfans et moi nous serons sans cesse autour de toi pour te convaincre de nos soins et de notre amour. Tu ne seras pas méchante, n'est-ce pas ? pas de Jium !!! à moins que ce ne soit pour plaisanter. Alors, il faut trois ou quatre grimaces, rien n'est plus joli, et puis un petit baiser l'accommode tout.

Comme ta lettre du iS que le courrier ni a apportée me rend triste! Ne serais-tu pas heureuse, ma chère Joséphine ? Manquerait-il quelque chose a ta satisfaction ? J'attends avec impatience Murât pour pouvoir connaître dans les plus

4o MADAME BONAPARTE

grands détails tout ce que tu fais, tout ce que tu dis, les personnes que tu vois^ les habits que tu mets ; tout ce qui touche à mon adorable amie est cher à mon cœur^ empressé à connaître.

Les choses vont bien ici; mais mon cœur est d'une inquiétude qui ne peut pas se peindre. Tu es malade loin de moi. Sois gaie et aie bien soin de toi, toi que dans mon cœur f évalue plus que V univers. Hélas! Vidée que tu es malade me rend bien triste.

Je te prie., mon amie., de faire savoir à Fréron que l'intention de ma famille n'est pas qu'il épouse ma sœur et que je suis résolu à prendre lin parti quelconque pour V empêcher . Je te prie de dire cela à Ttion frère^ .

Le lendemain (aS) il écrit à Barras : « Murât m'écrit que ma femme est malade. Cela me fait une peine dont tu ne te fais pas Tidée. Je voudrais te prier de me rendre un service, c'est de décider Fréron à ne point épouser ma sœur. Ce mariage ne convient à personne de ma famille. Fréron est trop raisonnable pour s'obs-

V Contemporaine, II, 377.

tiner à épouser une enfant de seize ans dont il pourrait être le père. On ne cherche pas une autre femme lorsque l'on a deux enfants d'une femme qui vit^ »

La victoire de Lodi lui a ouvert les portes de Milan. 11 y fait son entrée à cheval le 26 floréal (i5 avril). Il reçoit le 28 une lettre de Joséphine ; il lui écrit le 29" :

Page 1