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CHEZ LA DUCHESSE DE DURAS

tout le cercle diplomatique, politique ou scientifique se taisait, toutes les opinions semblaient un moment d'accord ( 1 ) ; enfin quand elle redisait son élégie â'Ourika, dédiée à la duchesse de Duras, inspirée par elle, le succès se faisait encore plus vif et plus délicat.

Mais le dieu de ce salon, dieu - rarement visible il est vrai, c'était M. de Chateaubriand. Mme de Duras se dévouait ardemment à sa fortune politique; rien ne la rebutait, pas même les sautes d'humeur de son protégé. Elle acceptait — mais non sans ripostes - ses inégalités de caractère, ses âpretés d'ambition. Elle essayait de le diriger, de l'inspirer; dans les moments difficiles, elle l'exhortait à la patience et lui préparait une revanche. Et, bien qu'il fût souvent maussade et « bâillant à leurs entretiens, il savait la force de son amitié. Je ne peux rien sans vous, lui écrivait-il.

Chez Mme de Duras, Delphine Gay voit rarement Chateaubriand puisqu'il n'y paraît qu'à son heure. A l'Abbayeaux-Bois non plus, elle ne l'avait pas rencontré; mais elle lui avait envoyé son poème sur les sœurs de Sainte- Camille, et Chateaubriand qui connaissait bien Sophie Gay, qui lui était même redevable de certains services, se montra plein de bonne grâce pour la jeune fille. De Londres où il avait reçu le poème, il lui écrivit : Je crains, Mademoiselle, que vous ne soyez réduite un jour à demander à Dieu pardon de votre gloire.

Dans les premières poésies de Delphine Gay, on retrouve bien des fois des allusions à Chateaubriand, des emprunts faits soit au Génie du Christianisme, soit aux Martyis. Par exemple, en 1824, dans « la Confession d'Amélie elle mettait en vers un fragment de l'épisode de René. Peu de temps après, dans « la Druidesse , elle prêtait à Velléda un chant prophétique dans lequel M. de Chateaubriand, son barde futur, « le barde au sublime langage, était glorifié. Ce poème était dédié à Horace Yernet, qui achevait alors son tableau de Velléda.

(1) ViLLtMAiN, Souyenirs contemporains

Voilà qui était bien fait pour plaire à Mme de Duras! Les Martyrs étaient toujours l'objet de débats très vifs. Bien des fois, dans son salon même, Mme de Duras devait défendre Eudore, Cymodocée, le merveilleux si attaqué. Aussi un soir, à Saint-Germain, pour clore une discussion que la présence d'étrangers, de Capo d'Istria en particulier avait rendue chaude, elle pria Delphine Gay de réciter la Druldesse. Villemain, qui a rapporté les moindres détails de cette réunion, ressuscite vraiment la scène. Écoutons-le. C'était sur la terrasse « entre l'horizon de Paris et les ombres projetées des vieux créneaux du château de Saint- Germain . Soirée belle et calme.

La jeune fille, dont la grâce naïve et fière égalait le talent, ne répondit qu'en commençant de sa voix harmonieuse le chant de la Druidesse, dédié au grand peintre qui achevait alors un tableau de Velléda:

Silence !... Elle paraît au pied du chêne antique, Le feu de ses regards a dévoré ses pleurs ; Et ses cheveux, mêlés à la verveine en tleur, Ombragent de son front la pâleur prophétique.

Animés par un accent doux et sonore, les vers se succédaient faciles et tombaient avec charme. Debout, quelques mèches de ses blonds cheveux éparses à la brise légère de cette nuit d'été, la jeune Muse, comme elle se nommait si bien elle-même, doublait par sa personne l'illusion de son chant et semblait se confondre avec le souvenir qu'elle célébrait. Le prestige nous avait aussi tous éblouis, quand elle dit :

O berceau des Gaulois ! Armorique sauvage, Adieu! d'un long oubli tu subiras l'affront,

Jusqu'au jour où, sur ton rivage, Naîtra le barde au sublime langage,

Dont les chants te ranimeront.

Ces chants, dans le passé, réveilleront l'histoire : Ils te rendront à l'immortalité.

Ton malheur deviendra ta gloire

Dès que sa voix t'aura chanté !

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