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LES GRANDES IMPROVISATIONS

Au dire du Globe, ce fut une véritable séance d'Académie romaine, une fête à la Léon X . La scène se passa au Panthéon. Au-dessus du maître-autel, entre ciel et terre (c'està-dire sur un échafaudage), deux fauteuils d'honneur : un pour le peintre, un pour Corinne. » L'assistance se composait de quarante amis : les uns se tenaient « en prière, dans un recueillement pieux >, d'autres contemplaient la Muse, attendaient la voix. Oui, ce fut un jour merveilleux, digne presque des jours de la Grèce - et dont il fut parlé jusqu'à Rome. Dans les salons, l'émotion produite fut très grande. Peu de temps après, la duchesse de Duras emmenait Delphine chez une tante aveugle; cette tante, la plus aimable des vieilles, » voulait entendre la Coupole.

Mais, en 1825, le gros événement, c'est le sacre de Charles X. Pour célébrer ce sacre magnifique et son faste moyenâgeux, tous les poètes cherchent leurs rimes les plus flamboyantes. Chacun insiste sur ce qui le frappe. Tandis que Mme Tastu - bien femme celle-là - s'éprend des colombes, Delphine ne voit que l'essentiel, le serment prêté. Sous cette impression, elle aussi va faire ses vœux patriotiques. Lisez cette célèbre pièce de la Vision et goûtez bien, dans les premiers vers en particulier, cette netteté pure et simple, cette harmonie qui font souvenir de Racine :

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Sous les verts peupliers qui bordent nos prairies, Hier j'avais porté mes vagues rêveries; J'écoutais l'onde fuir à travers les roseaux, Et debout, effeuillant l'églantier du rivai;.. J'attachais mes regards sur le cristal des eaux Qui du ciel étoile réfléchissait l'image. La nuit sur le vallon répandait sa fraîcheur; Et les vapeurs du lac dont j'étais entoun D'un nuage céleste égalant la blancheur, Semblaient unir la terre à la voûte azurée. Mais soudain quel prestige a troublé mes esprits... Le lac s'est éclairé d'une flamme inconnue ;

26 MADAME DE (ilRARDIN. — CHAP. II

Tremblante, je m'approche, et mes regards surpris Dans l'eau qui la répète ont vu s'ouvrir la nue! Sur Un nuage d'or une femme apparaît... Son sein était couvert d'une robe éclatante ; Du bandeau virginal sa tête se parait, Et son bras agitait la bannière flottante. Sur son front, dégagé du panache vainqueur, Des lauriers lumineux formaient une auréole ; Alors un saint effroi venant saisir mon cœur, A genoux, j'écoutai sa divine parole.

« Lève-toi, me dit-elle, et reconnais en moi La vierge des combats, le sauveur de ton roi ; Celle qui déserta sa tranquille chaumière Pour suivre de l'honneur le périlleux chemin ; Celle qui délivra la France prisonnière,

Et qui porte encor dans sa main

Et sa houlette, et sa bannière. »

Suit, bien entendu, un long récit de la cérémonie du sacre. Jeanne, invisible près de l'autel, ne s'est pas contentée de présider au serment royal; voici qu'elle s'adresse à la jeune fille, lui reproche sa vie paisible et lui découvre sa

vocation :

« Toi dont le cœur s'oublie en rêves de bonheur,

Sors du vague repos où ta lyre sommeille :

De célébrer ce jour je te garde l'honneur.

Pour chanter ton pays Jeanne d'Arc te réveille !

J'apparais à tes yeux loin du monde et du bruit,

Sur les bords ignorés de ton humble réduit,

Comme un soir, au retour de ma course lointaine,

La Vierge m'apparut à l'heure du repos, Auprès de la sainte fontaine Où j'avais conduit mes troupeaux.

Je viens te révéler le sort que Dieu t'apprête : Si sa loi te condamne à des jours orageux, \ la foudre réponds par des chants courageux ;

Il te voue à la gloire en te créant poète. »

Elle dit, et bientôt d'un nuage voilée Jeanne d'Arc disparut sur la route étoilée.

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