I: PITRE A SA SŒUR
Mon pèlerinage est fini.
Je rapporte, ma sœur, de Rome antique et sainte, L'albâtre d'un tombeau par les siècles jauni, Des chapelets d'agate et d'hyacinthe,
Quelques vases d'argile et du laurier béni. Si pour l'amour l'absence est dangereuse,
L'amitié sait la vaincre et n'en fait point serment ; Et des plaisirs d'un voyage charmant, C'est près de toi que je viens être heureuse.
Ces applaudissements qui vous sont parvenus Ne flattaient que mon espérance ;
;i) Elle ne porttit plus que le titre de duchesse de £aint-Leu.
VOYAGE EN ITALIE j0
Pour jouir des succès loin de vous obtenus, Je les imaginais dans notre belle France : Tel celui qui, cherchant des arbustes nouveaux, Dans le doux nom des fleurs met toute sa science, Sous de lointains climats, brûlant d'impatience, Rêve dans son pays le prix de ses travaux. Car il ne jouira des trésors qu'il étale, Du rameau précieux qu'il vient de conquérir Sur les rochers déserts de l'île orientale, Que le jour où, grandi sur la terre natale, Ses regards le verront fleurir.
Je reviens dissiper le vain bruit qui t'alarme ;
De ces beaux lieux, ma sœur, j'ai senti tout le charme :
Mais loin de mon pays, sous les plus doux climats,
Un superbe lien ne m'enchaînera pas.
Non : l'accent étranger le plus tendre lui-même
Attristerait pour moi jusqu'au mot : Je vous aime.
Un sort brillant, par l'exil acheté, Comblerait mes désirs !... Ma sœur n'a pu le croire. D'un plus noble destin mon orgueil est tenté :
Un cœur qu'a fait battre la gloire
Reste sourd à la vanité.
Ce bonheur dont l'espoir berça ma rêverie, Nos rivages français pouvaient seuls me l'offrir. J'ai besoin, pour chanter, du ciel de la patrie : C'est là qu'il faut aimer, c'est là qu'il faut mourir. Hélas ! si le malheur finit mes jours loin d'elle, Qu'on ne m'accuse pas d'une mort infidèle : Jure de ramener dans notre humble vallon Et ma harpe muette et ma cendre exilée. Ah ! sous les peupliers de notre s<>mbre allée,
Une croix, des fleurs et mon nom Charmeraient plus mon ombre consolée
Qu'un magnifique mausolée
Sous les marbres du Panthéon.
< omme Corinne, Delphine Gay a voulu pour aimer « le ciel de la patrie >. Mais qui aimera-t-elle?