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CHAPITRE III

L'ÉVOLUTION POÉTIQUE — Mme DE GIRARDIX JUSQU'AUX LETTRES PARIS I EX X ES

/. Déceptions de Delphine Gay. — //. Son mariage. — ///. E. de Girardin. — IV. Premiers essais en prose : le Lorgnon. — V. Napoline : la deuxième manière poétique.

A leur re;our d'Italie, les voyageuses rentrèrent dans leur petit entresol de la rue Gaillon. Mme Gay, qui avait perdu son mari en décembre 1S22, n'avait pu conserver son appartement de la rue Neuve-Saint-Augustin. Elle s'était installée presque pauvrement. Quand Lamartine vint à Paris, il fut bien surpris de retrouver ses amies dans cet humble cadre. Voici comment il nous le décrit :

Deux chambres basses où l'on montait par un escalier de bois, des meubles rares et éraillés, restes de l'antique opulence, quelques livres sur des tablettes suspendues à côté de la cheminée, une table où les vers de la fille et les romans de la mère, corrigés pour l'impression, révélaient assez les travaux assidus des deux femmes; au fond de l'appartement, un petit cabinet de travail, où Delphine se retirait du bruit pour écouter l'inspiration, voilà tout. Ce boudoir ouvrait sur une terrasse de douze pas de circuit, sur laquelle deux ou trois pots de fleurs souffrantes de leur asphyxie recevaient à midi un rayon de soleil entre

deux toits, et où les moineaux d'une écurie voisine piétinaient dans l'eau de pluie. Ah! qu'il y avait loin de là aux arcs-en-ciel flottants dans l'atmosphère rose de la cascade du Velîino.

Malgré tant de dénuement, les gens les plus illustres, les plus distingués de Paris se rencontraient dans cet entresol; et dans les salons il était beaucoup parlé de Delphine. « Mille bruits couraient sur son mariage, » sur son caractère. « Aucun n'était vrai. » Tandis qu'on la croyait enivrée d'encens, trop grande pour un foyer obscur, c'était un cœur qu'elle voulait, qu'elle attendait.

L'amour, elle l'avait toujours vu plus beau que la gloire, mais elle avait cru que la gloire ne l'effraierait pas, l'attirerait même; que ses succès la feraient aimer. Toujours les illusions de Corinne. Pauvre Delphine Gay! Voulez-vous connaître ses rêveries de très jeune fille? Lisez le poème dédié à sa mère et qui est un de ses premiers. Elle est toute là, avec de la candeur, de la tendresse, une foi ingénue et de si jolies imaginations :

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