A MA MÈRE
En vain dans mes transports ta prudence m'arrête; Manière, il n'est plus temps : tes pleurs m'ont fait poète: Si j'ai prié le Ciel de me les révéler, Ces chants harmonieux, c'est pour te consoler. D'un tel désir pourquoi me verrais-je punie? Les maux que tu prédis ne sont dus qu'au génie : A d'illustres malheurs, va, je n'ai pas de droit Quel cri peut s'élever contre une faible voix? Vit-on jamais les chants d'une muse pieuse Exciter les clameurs de la haine envieuse? Non, l'insecte rongeur qui s'attache au laurier Épargne en son dédain la fleur de l'églantier. Ah ! de la gloire un jour si l'éclat m'environne, Comme une autre parure acceptant sa couronne, Je dirai : < Son éclat sur toi va rejaillir; Aux yeux de ce qui m'aime elle va m'embellir. » A ce cruel destin, hélas! me faut-il croire? Pourquoi me fuirait-on? Le flambeau de la gloire,