DECEPTIONS DE DELPHINE GAV
On se rit des chagrins étalés avec pompe ;
Les yeux indifférents exigent qu'on les trompe.
Il faut, se dérobant à leur vaine pitié,
Réserver sa tristesse aux soins de l'amitié.
Eh ! qui pourrait me plaire en ce monde frivole,
Où, soumis à l'orgueil, chaque jour on immole
A de vils intérêts les plus doux sentiments,
Où le soin de briller remplit tous les moments ;
Où la jeunesse, hélas! riche d'expérience,
A fait de l'amour même une froide science :
Dans ce siècle pédant, charmer n'est plus un don,
Tout est calcul : les soins, le dépit, l'abandon,
Les regards, les soupirs, la douce rêverie...
Que de lassitude! Quel retour pénible sur elle-même, sur cette première jeunesse brillante sans doute, mais vide pourtant, amèrement vide! Écoutez ce qu'elle nous confie :