‹ Mme de GirardinChapitre 21 sur 104 · DECOURAGEMENT · texte numérisé non relu

DECOURAGEMENT

Adieu, — ne blâmez point mon exil volontaire ; Le monde et ses flatteurs ne m'offrent plus d'attraits. Qu'importe un vain éclat? — Pour l'âme solitaire, Chaque plaisir est un regret.

Un triomphe isolé ressemble au météore

Dont l'éclat fugitif brille un moment — et fuit.

Dans le vide d'un cœur la gloire est trop sonor ...

Sans écho, sa voix n'est qu'un bruit.

A/lisérable destin ! — Quoi ! vivre sans son âm?, Méconnaître l'amour, et toujours le rêver; Parler, sans s'émouvoir, un langage de flamme; Peindre un bonheur sans l'éprouve! !

Dans l'ivresse des vers, lorsque ma voix flexible Modulait des accords que le monde admirait, Mon coeur indépendant restait seul insensible Aux chants d'amour qu'il m'inspirait.

Ainsi lorsque les mers balancent son image, Font trembler ses rayons sur les flots furieux, L'astre pale des nuits, insensible à l'orage, Reste immobile dans les deux!...

J'ai vu tous ces heureux que. le plaisir entraine, Dont le regard est tendre et le souris moqueur : L'un d'eux m'offrit l'attrait d'une brillante chaîne, Mais il n'entendait pas mon cœur.

L'esp<»ir de m'inspirer avait pour lui des charmes; L'éclat de ma douleur flattait sa vanité, Et, pour son cœur léger, tout le prix de mes larmes Était dans leur célébrité.

Ce n'était point ainsi pour charmer ma souffrance, Que parlait à mon cœur le fantôme adoré ; Ce n'était point celui qu'en mes jours d'espérance Un songe heureux m'avait montré !

Image sans modèle! idéal de ma vie !... I >e loin je t'appelais et je volais vers toi ; Dès mes plus jeunes ans en vain je t'ai suivie!... Tu fuyais toujours devant moi.

Les grâces de l'enfance animaient mon visage, Mais ses jeux ne savaient déjà plus me charmer; Et, triste, devinant le bonheur d'un autre âge, Je voulais vieillir pour aimer.

Et je n'ai point connu cette joie enivrante Qu'a mes vieux innocents promettait l'avenir ; Dans le passé désert, en vain mon âme errante N'a qu'un rêve... pour souvenir!

Est-il dans nos forets d'assez sombres demeures Pour voiler a mes yeux les clartés d'un long jour? Quel assez lourd beffroi peut mesurer les heures D'une jeunesse... sans amour?...

Nul objel ne distrait mon regard qui sommeille; Nul ordre ne m'arrête... ou ne me fait agir;

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