JUDITH
Sinaï 1 Sinaï 1 je vois briller tes flammes I...
Le Seigneur me choisit entre toutes les femmes.
TRAGÉDIES DE MMK DE GIRARDIX : JUDITH 255
Il ouvre devant moi le livre des destins...
Il a jeté mon nom dans les siècles lointains !...
Il commande... sa voix me parle dans l'orage...
Qu'entends-je !... Ah I cet effort surpasse mon courage.
Quoil seule... dans son camp... Seigneur!...
(Le tonnerre gronde.) Seigneur, j'irai Prendre un glaive... et frapper ! Seigneur !...
(L'orage redouble.) Je frapperai.
Je frapperai !... David me prêtera son glaive. Au rang de ses soldats le Tout- Puissant m'élève ; Il m'a montré celui que mon bras doit punir...
Toute la tin de cet acte est vraiment d'une grande beauté. Judith inspirée, passionnée, anime le peuple de son ardeur.
Au commencement de l'acte II, nous sommes dans un des appartements de la tente d'Holopherne, « la plus élégante de toutes les lentes, » et nous attendons la grande scène, la rencontre dangereuse, tragique peut-être, du général formidable et de l'inspirée. Mais Hoiopherne nous apparaît si galant homme, si parfait amant, que nous sommes bien vite rassurés. Bien plus, les sentiments que nous avions pour lui, sans le connaître, se trouvent déroutés; car enfin, cet Hoiopherne n'est pas un monstre, c'est un charmant héros de roman :
Il est noble, il est jeune, et son courage brille.
Il est las des combats, il ne souhaite qu'une vie champêtre, il voudrait pardonner à tous ses ennemis. Dans son amour même, que de poésie! Ah! pourquoi Mme de Qirardin l'a-t-elle fait si doux, si courtois? Nous ne pouvons plus le détester. Et Judith aussi est touchée. Comment ne le serait-elle pas lorsque devant elle :
Ce tigre rugissant, du désert descendu,
Ne sait plus que gémir comme un agneau perdu.
Il lui promet plus qu'elle ne demande : la vie des Hébreux ei leur liberté; peut-être même - s'il le faut — servira-t-il
par amour le Dieu d'Israël, et voilà que nous le plaignons d'être si confiant, si plein d'espoir. Dans son camp, les princes alliés qui l'accompagnent et Phédyme surtout, Phédyme qui l'aime, ont deviné le piège. Mais Holopherne, rendu furieux par leurs soupçons, les jette humiliés aux pieds de Judith; si bien que cette dernière, qu'il vient de sauver, se demande comme nous-mêmes : < Pourquoi donc faut-il qu'il périsse? » Elle est assaillie de remords, d'incertitudes; sa foi défaille et aussi peut-être son cœur. Ainsi égarée, elle avoue, son affreux secret lui échappe, mais Holopherne ne la croit pas:
Va, si tu me trompais, je serais moins heureux.
Ce qui est évidemment un trait fort touchant. Aussi, lorsque la toile tombe pour la seconde fois, Judith reste dans le trouble le plus affreux.
Le malheureux, qui m'aime et qui se fie à moi !
Ah ! vivre tout un jour de ruse, de' mensonge,
C'est un supplice affreux... indigne... et quand je songe
A l'horrible devoir qu'il me faut accomplir,
Mon âme se révolte, et je me sens faiblir...
Moi, mentir 1 moi, Judith! où svis-je descendue!...
Et lui... contre les siens, comme il m'a défendue !...
Et j'irais, me courbant sous un ordre cruel.
Lorsqu'il agit pour nous, lorsau'il sauve Israël,
Lorsqu'il veut, de son roi guidant l'esprit sauvage,
Préserver nos tribus d'un honteux esclavage,
J'irais, moi, par un coup lâchement médité.
L'immoler et punir sa générosité?..
Ah ! ce n'est plus sa mort que le Seigneur ordonne !...
S'il comprend la pitié, c'est que Dieu lui parc.onne'l
Ses secours, ses bienfaits, doivent me désarmer !...
Frapper un cœur si noble et si digne d'aimer !
Frapper... mais je n'ai plus de fureur qui m'entraîne !
Du sang !... il faut du sang !... mais je n'ai plus de haine !...
Plus de haine!... et d'où vient que ma colère a fui?...
Je demandais sa mort, et je tremble pour lui !...
Ce changement, Seigneur, est-il donc votre ouvrage?
Non, c'est un piège affreux...