‹ Mme de la GalaisièreChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mis au courant par La Galaisière de cette scène étran.we qui, pour la première fois, avait brouillé le ménage, M. Félix eut le bonheur d'y ramener enfin la paix. Un matin, il entraîna Lucien dans la laiterie où la cousine Tirotel, sous les yeux de la châtelaine, pétrissait le beurre.

— Simone, votre beurre est magnifique, vous aurez encore la tète du marché.

Il avait posé familièrement une main sur l'épaule de sa fennne ; celle-i'i, penchée sur le pain de beurre, montrait sa nuque blonde. Lucien y déposa un baiser auquel répondit un cri.

Mais c'était un cri de joie.

D'ailleurs, à présent, tout allait mieux. Au dernier marché de la Villettc M. Félix avait vendu, sur le pied de dix-huit sous la livre, un lot de trente cotentins. C'était toujours cela de fïa{Tné sur la sécheresse.

M. Félix avait revêtu la blouse et pris le bâton de frêne des herba^ers. L'exploitation du four à chaux, par un contremaître au((ucl il avait adjoint ses neveux, lui donnait des loisirs. Il n'était plus qu'un actionnaire. Il touchait des dividendes, chose facile et même banale pour un homme riche, encore jeune et surtout très actif.

Son père l'avait jadis emmené dans le Cotentin, le Maine et le Berry pour l'achat des bœufs maigres ; il avait appris dans les foires à (( estimer » les bêtes, à supputer leur avenir en les mettant à poids, d'après

leur constitution, la finesse de leur poil, une vue d'ensemble que tous les acheteurs ne possèdent pas puisqu'elle relève d'un don particulier. Ce don il l'avait. Si l'occasion du four à chaux ne se fût pas présentée, il eût fait un grand marchand de bœufs. Ayant adopté M. de la Galaisière comme élève, il lui désignait les animaux qu'on pouvait « partir » . Celui-ci, disaitil, pourra valoir soixante-dix-neuf pistoles et celui-là quatre-vingts. Certes, ils ne feront pas la culbute comme sous le second Empire, mais ils paieront. Et jusqu'ici les ventes avaient justifié les estimations.

Les deux hommes s'entendaient parfaitement; l'un fournissait des explications nettes que l'autre saisissait vite, puis le maître, plaçant l'élève devant un bœuf, lui demandait :

— A quel poids le mettez-vous?

— Huit cents et demi.

— A vingt livres près, c'est cela, vous y êtes.

Ils s'en allaient tous les deux à travers les herbages, frappant le sol dur et poussiéreux de leurs bâtons, étonnés qu'une herbe jaunie sur pied pût engraisser des bœufs d'un mille. Il y avait donc une vertu spéciale dans l'herbe des années sèches? Pas un nuage, pas une goutte d'eau depuis deux mois. Si, dans les derniers jours de septembre, la pluie, même celle des orages, pouvait enfin tomber, les regains épais reverdiraient la terre. Mais l'année, quand même, ne serait pas bonne. Il fallait vendre, et La Galaisière lui-même finissait par désigner sûrement les animaux qu'on pouvait « partir ». M. Félix approuvait disant : Vous me rappelez votre père, vous avez son coup d'œil.

Un matin d'août, en un coin d'herbage où quelques animaux s'étaient couchés,

Mme de la Galaisière, que les deux hommes étaient loin d'attendre, montra sa jolie tête par une ouverture d'échalier.

— Comment? C'est vous!

— C'est moi. Je viens vous rendre la visite que vous m'avez faite dans ma laiterie.

— Je croyais que vous aviez peur des bœufs?

— Pas quand vous êtes là.

Elle vint jusqu'à eux, souriante et sautillante et les joues animées.

Elle s'informa :

— Combien en " partez-vous " ?

— Dix-huit.

— Où sont-ils?

— Ici et là, dans cette bande.

Elle en désigna un, qui lui semblait énorme .

— Qu'est-ce que c'est que ce grand fauve?

— C'est un berrichon.

— Et l'autre, à côté?

— Un ninnceau.

— Vous les eui])arquoz ?

— Non pas.

— Et pourcjuoi? Je les trouve, moi, plus (>rands (jue les autres.

— Eh oui, ma cousine, ils sont " enlevés " , c'est un dél'aut et ils n'ont pas de viande.

— Comme c'est drôle! Qu'est-ce que vous demandez donc à un bœuf?

— Il faut, dit Lucien, heureux de montrer son savoir, qu un b(euf soit » près de terre ^ , ([u'il ail la poitrine forte et descendue, les épaules " loin à loin » , les aloyaux en dessus, le dos uni et qu'il soit épais " dans ses travers » .

— Dans ses travers! En voilà une langue !

— Dans ses filets, expli({ua M. Félix.

— Quel vocabulaire! C'est effrayant, s'écria-t-elle.

Les deux hommes se mirent à rire.

— Est-ce qu'on peut les flatter, vos boeufs?

— Il faut surtout les gratter, ils aiment cela.

— Les gratter? Où?

— Au haut de la queue.

Elle se haussa sur la pointe des pieds et se mit à en gratter un.

Le bœuf allongea le cou.

— Est-ce qu'il est content?

— Mais, oui, ma cousine.

— C'est très amusant, fit-elle. Vous le trouvez bon, celui-ci?

— Très bon. Il a la main moelleuse; flattez-le, Simone.

— Je ne demande pas mieux; seulement, si je les flattais souvent, je ne voudrais pas qu'on les tue.

— Vous feriez une bonne maison.

— Vous croyez? Eh bien, venez donc un peu par ici que je vous lise quelque chose.

A l'ombre d'une haie, elle déplia un

journal et lut à haute voix :

u Marché aux bestiaux de la Villette : u Bœufs. Amenés : 2 418. Vendus :

— Bravo, interrompit Lucien, il n'y aura pas de relève... Continuez, chère amie.

Elle continua :

>< Première (pialité, le demi-kilo, viande nette, normands : de 0 fr. 80 à 0 fr. 87...

— Il n'y a pas trop de mal, cela fait du 16 sous et demi, constata M. Félix.

— Messieurs, écoutez encore :

u Vente nerveuse sur les cochons, prix extrêmes : 1 fr. 88 à 1 fr. 97. "

— Mazette ! Et le beurre !

— Voici :

« Halles centrales. Normandie : beurres en mottes (le kilo) : de 3 fr. 80 à 4 fi\ 14.

— C'est trop cher.

— Vous trouvez? Eh bien, oui, j'en conviens : les pauvres g^ens souffriront cet hiver.

— Pas autour de vous, ma cousine.

Longeant la haie, ils descendirent tous

trois jusqu'à la route de Pont-Renaud à la Galaisière.

Les jeunes gens encadraient M. Félix qui, plus grand qu'eux, les dominait paternellement. Il avait pourtant le chapeau sur l'oreille, mais ses yeux très doux, son nez grave, sillonné de petites veines bleues, lui donnait un air curial que démentaient discrètement des favoris poivre et sel.

A la barrière, il prit congé, prétextant une affaire, en réalité pour laisser le cousin et la cousines'en aller seuls. Après une

centaine de pas, il voulut leur envoyer un dernier coup de chapeau, mais, tout entiers à leur joie, ils marchaient bras dessus bras dessous. Ils ne pensaient déjà plus à lui. C'était bien naturel...

Il se trompait, M. Félix, car à la minute même où il se détournait, Lucien demandait à sa femme :

— Simone, iras-tu demain dîner et coucher chez la cousine Tirotel?

— Oui, puisque vous partez, le cousin et toi, pour ce fjrand concours.

— Alors, je vais te demander un service. Il s'agit du cousin Félix.

— Je n'ai rien à lui refuser.

— Bien. Sais-tu qu'il est amoureux de sa belle-sœur?

— Je m'en suis aperçue.

— Les femmes devinent tout.

— Alors quoi ?

— Devine !

— Il veut la demander en mariage.

— Tout simplement.

— Eh! eh! mais si elle ne l'aimait pas?

— Je ne te cache pas que j'en ai peur.

— Elle a trente-huit ans.

— Et lui quarante-cinq. Tu vois que c'est très bien.

— Ce serait bien sans Adolphe.

— Ce diable d'Adolphe...

— Songe qu'il est mort, Lucien.

— C'est encore plus commode que s'il était vivant.

— Ce ne sera pas commode du tout...

On peut bien aimer sa belle-sœur et vivre honnêtement avec elle sans l'épouser.

— Sans doute; mais comme il l'aimait jeune tîlle, comme il a toujours rêvé de l'épouser, comme elle a préféré l'autre, le veinard d'x\dolphe, l'indécourageable Félix songe à réaliser dans l'âge mur. . .

— Son rêve de jeunesse, acheva la jeune femme.

— Vous 1 avez dit, charmante Simone.

Notez que les quatre neveux sont tous favorables aux projets de leur oncle.

— Et rhéritafje?

— Ils pourraient le perdre s'il venait un enfant, mais avant tout, ils aiment leur oncle.

— Tout le monde l'aime, excepté...

— Excepté la cousine Tirotel. C'est révoltant, à la fin! s'écria La Galaisière.

— Calmez -vous, charmant Lucien.

L'amour ne se commande pas.

— Tu as raison, nous sommes Hambés.

— Ce n'est pas certain. . .

— Une lueur d'espoir.'' demanda Lucien.

— Une lueur...

— Si nous n'étions pas sur la route, je t'embrasserais.

Il l'attira contre lui.

— Ne m'étouffe pas, dit-elle, écoute :

la cousine Tirotel s'est mariée à dix-sept ans; elle m'a confié qu'une vieille tireuse de cartes lui avait prédit, en échanfje d'un morceau de pain, qu'elle se remarierait un 7. Il n'y a que des 7 dans sa vie et la prédiction l'a fort impressionnée.

— Vraiment?

— Oui, son mari est tombé malade le 7 juin, et il est mort le 17 septembre.

— Bravo! Tu crois aux chiffres?

— Un peu.

— Allons donc !

— Mais si î Tiens, moi, je suis née le 2 avril, ma mère avait trente-deux ans et mon père cinquante-deux, et, si tu veux bien t'en souvenir, nous nous sommes mariés un 22.

— Et nous sommes deux, s'écria Lucien, et je vais t'embrasser deux fois et

nous chasserons tous les deux au mois de novembre en forêt de Saint-Ernoul.

— Tais-toi.

Elle lui mit une main sur la bouche et devint toute pâle.

M. de la Galaisière s'imap,ina que sa fenmie avait trouvé dans ces derniers mots : ' Nous chasserons tous les deux en novembre " , une allusion à la dispute de l'autre soir, à la scène vraiment folle dont ils avaient tant souffert l'un et l'autre.

Au bout de quelques minutes, le jeune honnne reprit simplement, à mi-voix :

— J'aime beaucoup notre cousin, occupez-vous de lui, faites cette demande en mariage.

— Soyez tranquille, je la ferai, car je l'aime aussi.

Ces paroles, s'il avait pu les entendre, eussent profondément touché M. Félix.

Il regardait les châtelains un peu comme ses enfants, il les conseillait tendrement sans que cela nuisît en rien à l'affection qu'il portait à ses neveux.

Rentré chez lui, dans cette maison de Pont-Renaud que le jeune couple avait si vite adoptée, il pensait à la demande singulière dont la châtelaine allait être chargée. Il ne s'illusionnait pas sur le résultat de cette démarche, il songeait même à s'y opposer tout de suite, en écrivant un mot et cela dans la crainte qu'un échec ne vienne à brouiller Mme de la Galaisière avec Léonie, sur qui la châtelaine avait pris cependant un réel empire. Et puis, malgré lui, pour de vagues raisons, il se reprenait à espérer, . .

Depuis ce déjeuner où il avait obtenu que leur cousine interprétât une chanson d'Adolphe, Léonie, extrêmement touchée, l'avait remercié par de petites attentions.

clic lui parlait plus doucement, elle le rcf^ardait plus... attentivement. Mais ce sont des idées, murmurait-il, ce sont là des idées.

Il remonta vers le passé.

Il revit Lconie à seize ans, plus douce qu'aujourd'hui, ((uoi(jUC déjà libre, flânant et s'arrctant aux vitrines des boutiques de l'unique rue de Pont-Renaud. Comme il travaillait dans ce temps-là chez son oncle, M. Le Moineau, pharmacien, il voyait souvent Léonie s'arrêter devant la pharmacie. Elle contemplait les couleuvres qui se tordaient en de {^rands bocaux. Elle était svelte et charmante, elle avait des cheveux châtains, les yeux d'un bleu spécial, le nez légfèrement recourbé, presque pointu ; ses joues ressemblaient à des brugnons et ses dents blanches éclataient entre des lèvres où le san^y affluait. A travers les carreaux, il disait à la jeune fille : Bon-

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jour, mademoiselle Léonie; elle répondait : Bonjour, monsieur Félix, d'une voix si claire !

Et quand Mlle Durouvray passait dans la rue, conduisant cette jument noire qui faisait six lieues à l'heure!

Quels souvenirs ! . . . Léonie l'aimaitpuisqu'elle lui jetait un coup d'œil en passant .

Mais Adolphe était Aenu , ce diable d'Adolphe, de deux ans plus jeune que lui, moins timide, par exemple, puisqu'il avait osé, dans le corridor de l'oncle Le Moineau, prendre un soir Léonie par la taille. Adolphe l'avait accompap^née jusque chez son père dont l'habitation dominait la bourfifade de Pont-Renaud. On allait souper dans la ferme; les Durouvray, sans fa(;on, invitèrent le jeune homme. Il accepta, fut {ï^ai connne un pinson, chanta conmie un rossi^rnol et fit la conquête de

tout le monde, y compris celle de Léonie. Elle vint en voiture le lendemain à Pont- Renaud ; la jeune fille s'arrêta devant la pharmacie. Adolphe, bondissant d'un couloir, sauta dans la carriole. Un léfjer coup de p^uides, suivi d'une caresse du fouet le lonf; de la croupe, et la jument paitait, faisant feu des ([uatre pieds sur le pavé de l'unique rue du Pont-Renaud. M. Le Moineau, confondu, Mme Le Moineau, scandalisée, sortirent en même temps qu'une foule de voisins dont quelques-uns levaient les bras en l'air, connue pour enf^a- (ya^^er les habitants de l'extrémité du bourf]^ à s'opposer au passa^^e de la voiture, à la fuite de ces jeunes {;ens, à cet enlèvement d'un éphèbe par une effrontée campagnarde. Mais on n'arrête pas une jument qui fait six lieues à l'heure.

Le soir du même jour, quand la tante Le Moineau, les yeux jaillis de l'orbite et

la bouche éciiniante, eut bien inondé le fugitif sous les flots de son éloquence débordée, Adolphe, après s'être bien secoué, frappa sur la table :

— Puisque vous dites, ma tante, que j'ai déshonoré Mlle Durouvray, que personne aujourd'hui n'en voudrait pour femme, je vous répondrai qu'il n'y a pas grand mal, car moi, je l'épouse!

L'oncle Le Moineau, que les grands mouvements séduisaient, rentra dans sa pharmacie en disant :

— C'est un lapin.

Quelque temps après, Adolphe épousait Léonie...

Le soir du mariage, Félix, dont personne n'avait remarqué la tristesse, partit comme un fou . . .

Et c'est à cela qu'il songeait, après tant d'années. « Je pense trop à moi, se dit-il, j'ai souffert, mais je suis vieux, je ne chan-

fjerai pas ina destinée, je ne serai ni père ni mari. . . Je suis une vieille bête, puisque je souffre. ))

Il se leva.

C'était l'heure du déjeuner, la porte s'ouvrit, et Léonie apparut :

— J'ai mis le couvert dans la petite salle; si tu veux venir.

Il fut content de trouver deux couverts, car elle avait pour les repas des heures fantaisistes.

— Tu manf^^es donc, Léonie?

— Oui, j'ai trouvé du chien de mer, du poisson ferme etsaij^nant, je vais y fjoûter ; la crème est parfaite.

— Alors, je vais t'offrir un verre de vin blanc !

— Si tu veux.

Il alla chercher une vieille bouteille de château-Filhot. Sa main tremblait en le versant.

Léonie mangeait. Elle aimait le chien.

Elle buvait.

— C'est le vin que je préfère, dit-elle, en vidant son verre d'un trait.

Il fut pour lui dire : " Tu bois comme tu buvais autrefois chez ton père, mais le vin n'est pas le cidre. Il faut s'y attarder. »

Il r^e mordit la langue, afin d'arrêter cette réflexion savante. Elle eût pu lui nuire.

D'ailleurs, il mangeait aussi gloutonnement, car Léonie, satisfaite d'avoir réussi ce modeste plat, lui redonnait du poisson, sans ménager la sauce.

— Mange, lui disait-elle.

Il eût avalé la mer et tous ses chiens.

— Nous n'avons que cela.

— C'est bien assez, mâchonna-t-il.

Elle apporta le dessert, un savarin, le

gâteau qu'il préférait.

— Ah çà! mais...

Il s'arrêta, ne sachant plus quoi dire.

Le savarin, mclan^re de heurre, de farine, d'œufs, de levure de hière, de lait, de sucre en poudre et de sel, était impréfjné de vieux kirsch et dans l'intérieur on voyait une compote de poires dont le jus déhordait par-dessus la couroinie.

Mme Adolphe s'adjugea une petite part et fit :

— Si tu manges le reste, tu auras du café frais.

Le reste !

Il ouvrit de grands yeux, mais il attaqua le savarin et comme c'était un chefd'œuvre de pâtisserie, au hout de (quelques minutes il n'en restait plus rien.

— A la honne heure ! dit Mme Adolphe. Elle s'était penchée sur un filtre d'où le

café tombait goutte à goutte. Le soleil jouait sur ses cheveux dont la couleur

n'avait pas changé. Quand elle se releva, Félix, ébloui, s'imagina qu'il avait encore devant lui Mlle Durouvray, la jolie fille qu'intéressaient les couleuvres de la pharmacie Le Moineau : c'était la même, elle n'avait presque pas changé.

Léonie versa le café, posa sur la table un flacon de vieille eau-de-vie et versa pour elle un peu de framboise en un petit verre. Elle voulait trinquer!

Félix, d'une voix émue, lui demanda deux pierres de sucre, < ses deux pierres de sucre >' . Elle les avait oubliées, elle (jui ne les oubliait jamais! Était-ce l'émotion? Lequel des deux était le plus ému? Félix n'en savait rien, mais il était convaincu qu'ils allaient se marier... Il suffisait de parler... Mais comment? Il se demandait toujours comment. . .

Des mots tendres, des phrases galantes, peu fixées encore, sautillaient dans son

criveau ! Par la(|uelle comnieiiccr? Un mot pouvait tout perdre. 11 hésitait, mais il buvait, se sentait fort, se trouvait, sinon jeune, du moins rajeuni. Ses yeux brillaient, il avait le san{; au visa{;e et les petites veines roupes de son nez bleuissaient.

Il était heureux.

— Tu ne fumes pas? lui demandal-elle.

De beaux ci^j^ares étaient là, sur la table, à portée de sa main. Il finit par en choisir un. H se mit à fumer et c'est ce qui le sauva, car, entre deux bouffées, il eut une vision : Mme de la Galaisière lui appaïut. Délicieuse, ironique, un peu ajyacante, elle avait un doifjt sur la bouche. Klle semblait dire : < Mon cousin, ne parlez pas, taisez-vous, c'est moi ({ui ferai la demande en mariaf;e. Vous ne connaissez pas les femmes. »

La vision s'évanouit et l'homme resta bouche bée... Toutefois, comme il craignait de passer pour un sot en ne disant rien du tout, il trinqua doucement avec sa belle-sœur et lui parla de ses pigeons.

Elle en fut ravie.

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