I.e8 béquilles cassées
Mademoiselle Rose mit soigneusement le flacon dans sa poche et rentra à l'hôtel de la préfecture tout entière ù des pensées nouvelles. L'image de Julien miroitait devant ses yeux; elle voyait le gros sac d'argent qui contenait su dot; Julien lui demandait pardon de sou éloignemenl passager et s'unissait ù elle pour toujours; elle prenait alors le flacon dans sa main, le tournait, le retournait, et se mettait à réfléchir profondément. Dans quel but fournir à madame de Liuant un prétexte pour s'éloigner de Rodez? ÎN'était-il pas évident que si M. et madame de Linant ne s'aimaient pas, il fallait tâcher de les réunir au lieu de les séparer? Que madame dllerbois se donnât une petite maladie pour ne pas épouser son mari et pour avoir un collier, rien de mieux; libre à chacun de disposer de sa santé. Mais donner la fièvre à madame de Linant, sans l'en prévenir : c'était un peu violent. D'un autre côté, madame d'Ucrbois était une femme si rccommandable, si
bonne, qu'on ne devait rien risquer à lui obéir; Julien, d'ailleurs, était la récompense. Mais cette récompense même jetait quelques doutes dans l'esprit, non pas soupçonneux, mais droit, de la jeune fille. Il fallait que madame d'Hcrbois eût un grand intérêt à l'éloignement de la femme du préfet, pour le provoquer par des moyens aussi mystérieux et aussi singuliers.
— Pourquoi madame, se disait Rose, ne m'a-t-elle pas toujours gardée auprès d'elle? Pourquoi me faire entrer à la préfecture afin d'espionner madame de Linant? Et enfin est-il bien nécessaire de rendre ma nouvelle maîtresse malade, afin que je retourne auprès de la seconde?
La jeune fille s'endormit dans une incertitude douloureuse : le lendemain, quand elle entra chez sa maîtresse, elle trouva Juliette en peignoir et collée contre la vilre de sa fenêtre. Mademoiselle Piose s'approcha doucement et put voir ce qui excitait l'attention de miadame de Linant. Il y avait dans la rue un petit enfant de sept à huit ans, de la figure la plus intéressante et chez lequel la grâce de son âge luttailavec la maladie et la pauvreté; son cou était enfoncé dans ses épaules, ses jambes faibles et sans force se traînaient sur le sol, et il marchait soutenu par deux béquilles; c'était un spectacle attendrissant que de voir cet être disgracié, le visage riant et mélancolique à la fois, implorer, non pas la pitié des passants, car il ne demandait pas l'aumône, mais leur compassion et leur sourire. Juliette avait rencontré l'enfant plus d'une fois, et alors elle le caressait, elle lui donnait des bonbons.
— Si cet enfant était à moi, se disait-elle, je n'aurais pas de repos que ses jambes ne se fussent raffermies, que son cou ne se fût dégagé de ses épaules et qu'il ne pût courir, sauter, et jouir enfin de la santé commune à tous les enfants de son âge; avec une bonne nourriture et le soin assidu d'un médecin habile, on y parviendrait sans doute; pourquoi ne ferais-je pas cette bonne œuvre? Rose, connaissez-vous cet enfant? — i\on, madame, je le rencontre seulement dans les rues de la ville. — Je voudrais sa-
-- lOG —
voir, (lit encore Juliette, à qui il appartient, et si je pourrais lui cire utile sans blesser l'amour-propre de sa famille.
Au moment où Juliette parlait ainsi, l'enfant, presque suspendu sur ses béquilles, levait les yeux en l'air et regardait à la fenêtre voisine un perroquet qui passait et repassait dans son cerceau de fer-blanc. Un jeune homme passe, donne un coup de pied dans une des béquilles de l'enfant qui tombe en pleurant sur le pavé, et les béquilles sont brisées.
— Oh ciel! s'écria Juliette.
Et, plus prompte que l'éclair, elle s'élance hors de sa chambre, franchit l'escalier, traverse la cour et arrive jusqu'à l'enfant, qu'elle prend dans ses bras et transporte chez elle. Sur le palier qui sépare son appartement de celui de M. le préfet, elle rencontre ce jeune homme qui a renversé et peut-être blessé l'enfant, et le désignant à Rose qui venait au-devant d'elle :
— Quel est cet homme? lui dit-elle; le connaissezvous?
Elle passa rapidement et sans attendre la réponse de Rose. Le petit malheureux fut visité avec soin; il n'était pas blessé. Après l'avoir consolé et lui avoir fait avaler un peu devin d'Espagne, Juliette se disposa à l'interroger; mais elle voulut savoir de Rose quelle était la personne brutale qui venait de se conduire avec tant d'inhumanité.
— Connaissez-vous cet homme? demanda-t-elle pour la seconde fois. — Oui, madame, c'est le fils du maire, M. Jean Plumer, qui se fait appeler John parce qu'il a été en Angleterre. — Le fils du maire? — Oui, madame; un monsieur qui, autrefois, voyait souvent M. et madame d'Herbois? — Qui ne les connaît pas h Rodez? dit Rose qui venait presque de se trahir. M. le préfet, continua la femme de chambre, a fait avoir une place h M. John Plumer. — Ah! voilà les gens que M. de Linant protège!
Une femme se précipita alors dans la chambre de Ju»
lielte, courut à l'enfant et l'embrassa en versant des larmes : c'était la mère.
— Madame, lui dit Juliette, ne craignez rien, votre fils n'est pas blessé; e', si vous me le permettez, le danger qu'il vient de courir.aura pour lui des suites favorables.
L'enfant pleurait sur les débris de ses béquilles.
— Console-toi, mon ami, lui dit Juliette, tu auras d'autres béquilles, et, si Dieu veut, tu pourras bientôt t'en passer... Madame, ajouta-t-elle en s'adressant avec douceur à la mère, à qui ai-je l'honneur de parler?
La mère du malheureux enfant était une femme de trente-six ans environ, qui avait dû être belle, mais dont la misère et les privations avaient altéré la beaulé; elle embrassa son fils, elle le serra contre son sein avec une étreinte passionnée.
— Voilà ma seule richesse, dit-elle en pleurant; quant à mon nom, il est porté par un homme qui prétend à l'honneur d'être votre parent. — Mon parent, madame? — Oui, madame, je suis la veuve du neveu de M. d'Herbois. — Vous êtes parente de M. d'Herbois? — J'ai épousé le fils unique de son frère. Mon grand-père était fort riche; mais des entreprises commerciales mal combinées le ruinèrent, et le chagrin qu'il éprouva l'a fait mourir jeune encore. Cependant, son fils, Adrien d'Herbois, me vit et demanda ma main; il n'avait plus rien, mais il était jeune, actif, laborieux; son oncle d'ailleurs est puissamment riche. Mon tuteur (j'étais orpheline) consentit à notre mariage et livra tout mon bien à mon mari, qui ne fut pas plus heureux que son père dans ce qu'il entreprit. Notre petite fortune décrut tous les jours; j'eus cet enfant qui naquit faible et maladif; et à trente ans je me suis trouvée seule et ruinée. Il me restait mon fils, mais pour l'élever convenablement, il aurait fallu être riche ou du moins aisée. Adrien ( mon fils porte le nom de son père) Adrien avait besoin d'une nourriture excellente, d'une gymnastique appropriée à sa faiblesse et à sa
mauvaise santé, de l'air pur cl fortifiant de la campagne; je logeais au quatrième étage, dans un quartier obscur et privé d'air; je n'avais qu'une nourriture insufilsante, mon (ils dépérissait. J'allai alors trouver M. d'Iïerbois, et lui demandai la faveur d'habiter Clairvaux avec mon enfant. M. dHerbois n'est pas un homme méchant, mais il est peu sensible et peu tendre. — « Vous n'êtes point de mon sang, dit-il, vous n'êtes ma parente que par alliance : mes véritables parents, mon frère et mon neveu, sont morts. — Mais ce pauvre enfant, lui dis-je, n'est-il pas de votre sang? ne porte-l-il pas votre nom? Il meurt si vous ne le secourez.— Je n'aime pas les enfants, me répondit M. d'Iïerbois, surtout quand ils sont malades.
« Cependant, ajouta la pauvre mère, M. d'Herbois s'engagea à faire à son neveu une pension de quinze cents francs. »
— Ah! à la bonne heure! s'écria Juliette dont le cœur était oppressé. — J'ai reçu exactement cette pension pendant quelques années, continua la veuve; enfin, M. d'Herbois fit un voyage à Paris pour présenter ses mémoires au ministre, et dans l'espérance d'avoir la croix; une grande dame qu'il n'a pas nommée le maria... Six mois après ce njariage, la pension de mon enfant fut iml)itoyablemcnl supprimée. J'ai tout lieu de croire que madame d'Herbois a fait violence ù son mari pour me priver ainsi de tout secours. Depuis ce temps-là, mon fils et moi nous languissons dans la misère.
Mademoiselle Uose, émue de pitié, écoulait ces détails en frémissant.
— Comment! se disait-elle, madame d'Herbois que je croyais si bonne et si complaisante, qui veut me donner six mille francs de dot pour épouser Julien, laisse mourir de faim son petit-neveu, et un pauvre petit enfant malade!
On frappa doucement à la porte de la chambre à coucher.
— Allez voir qui frappe ainsi, dit Juliette; je n'y suis pour personne.
Rose obéit, et revint annoncer que M. d'Herbois désirait entretenir un instant sa cousine.
— Ah! 31. d'Herbois! s'écria Juliette, c'est différent, qu'il attende au saion... Madame, ajouta-t-eile, demeurez ici, je suis à vous dans un instant.
Et Juliette alla joindre M. d'Herbois.
L'agronome n'avait pas été content de la façon dont sa cousine Favait reçu quelques jours auparavant; sa croix d'honneur lui semblait compromise, et il venait faire une petite visite du matin, pour se mettre bien en cour. 11 était d'ailleurs assailli par une inquiétude nouvelle; il venait d'apercevoir au détour d'une rue son ancien ami M. John Plumer, et il craignait que le jeune homme n'eût quitté Saint-Affrique pour venir faire imprimer à Rodez le mémoire dont madame d'Herbois l'avait menacé; avec un peu de bonne volonté, M. le préfet ferait retourner sur-le-champ M. John Plumer dans son arrondissement; c'est ce que M. d'Herbois venait demander à sa cousine. Ravi d'avoir obtenu une audience, rien qu'en déclinant son nom, il aborda Juliette les yeux à moitié fermés, comme un homme qui vient mettre une femme jeune, étourdie et gaie, de moitié dans une malice.
— ÎXous allons faire un bon tour, ma cousine, si vous voulez y prêter la niain^ et... — Vous avez des parents à Rodez, monsieur? — Non pas, ma cousine. — N'aviezvous pas un neveu? — Oui, Adrien, un pauvre diable, qui avait fait un mauvais mariage; il est mort. — Et il a laissé une veuve et un enfant, je le sais; cette femme s'est-elle jamais mal conduite? x\vez-vous quelque chose à lui reprocher? — Je ne dis pas cela; elle voulait venir à Clairvaux... mais vous comprenez, ma cousine, cela n'eût pas été décent. — Non, cela n'eût été qu'humain. — Ma cousine! — M. d'Herbois, parlons franchement, s'il vous plail; vous n'êtes pas précisément un méchant homme, mais vous faites des méchancetés quand on vous les fait faire. — Ne croyez pas, ma cousine, les rapports de Rodez; on m'en veut ici à cause de mon talent; je suis im-
primé tout vi!, ma cousine, el cela excite beaucoup de jalousies. On m'aura caloninii^. — C'est possible : vous faisiez une pension à voire pauvre petit neveu malade, el vous la lui avez retrancbée. — Les temps sont si mauvais, dit d'IIerbois; j'ai fait des pertes considérables; mes mémoires me coûtent les yeux de la tête; mon fermier m'a volé mille écus à la Saint-Martin passée. — El parce qu'on vous a volé mille écus, parce que vous dépensez quelques billets de banque à faire imprimer des rapsodies que personne ne lit, il faut qu'un malbeurcux enfant meure de faim avec sa mère? — Oh! ma cousine! s'écria d'IIerbois profondément blessédela manière dont on traitait ses ouvrages, oh!!! Je veux savoir la vérité, continua Juliette. Je veux savoir si un homme qui a quarante mille livres de rente et dépense à peine la moitié de ses revenus, a eu le cœur assez dur pour faire une aussi mauvaise action... Ce n'est pas vous qui avez retranché cette pension à la veuve d'Herbois^ — Ma cousine... — C'est votre femme qui a Introduit cette dco?îowJc dans votre ménage? — Ma femme! Charlotte! s'écria M» d'IIerbois d'un ton pathéti(iue; c'est un ange, c'est la bonté même. Vous l'aimez el vous l'appréciez, ma cousine, j'en suis sur; c'est vous d'ailleurs qui avez fait mon mariage... — Répondez, M. d'IIerbois. — Eh bien, ma cousine, l'idée est venue d'elle.
Juliette lit un geste de dégoût. D'IIerbois reprit : — Ecoulez, ma cousine, il faut vous mettre à la place d'une femme?... d'une femme qui aime son mari... — Comme la vôtre? — Comme la mienne, sans doute : la veuve dont nous parlons était fort belle, elle l'est même encore; madame d'IIerbois a eu un peu de jalousie... C'est si naturel... — Oui, oui, M. d'Herbois; il y a des choses qui paraissent naturelles à certaines personnes et que d'autres ne comprennfMit pas. — Ma cousine, dit alors M. d'Herbois; je rétablirai la pension... elle était de mille francs, je crois... Il faut savoir se gêner un peu pour ses parents; je donnorai même à la veuve quelques rouleaux
de cent francs. ^- Du tout, monsieur, vous n'aurez pas cet honneur; c'est moi qui me charge de faire guérir cet enfant et de donner du pain à lanière. — ]Macousine,jene souffrirai pas... — Il faudra bien que vous le supportiez, monsieur. Si vous êies mon cousin, cette dame est ma cousine. — Oh! de si loin, de si loin. — N'importe. — Une dUerboisî c'est à moi qu'il appartient, ma cousine, de venir à son secours. — Vous n'en êtes plus digne, monsieur; permettez-moi de vous quitter, j'étais occupée lorsque vous êtes venu.
Juliette quitta M. d'Herbois et repassa dans sa chambre à coucher.
— Que le diable emporte, dit M. d'Herbois, mon neveu Adrien, et sa veuve, et son enfant! Je vais voir mon cousin : il faut que M. John Plumer quitte Rodez; sans cela il est capable d'avoir ma croix à sa boutonnière.
Cependant, Juliette rentra dans sa chambre à coucher; et, heureuse de disposer de ce pouvoir que donne la richesse, elle déclara à madame veuve d'Herbois qu'elle se chargerait d'elle et de son enfant; que désormais ni l'air, ni la nourriture, ni les soins bienfaisants des hommes de l'art ne manqueraient au petit Adrien, et qu'elle-même serait au-dessus du besoin.
Tandis que ces événements se passaient, M. le préfet del'Aveyron était dans son cabinet, dont la fenêtre donnait aussi sur la rue. Anatole avait vu l'enfant soutenu par ses béquilles; il avait vu l'action brutale de M. John Plumer, et madame de Linant s'élançant hors de l'hôtel, prenant l'enfant dans ses bras, et le portant chez elle.
— Que signifie tout cela? pensa-t-il.
M. John Plumer, qui n'avait pas la conscience de l'action qu'il venait de commettre, et qui avait fait tomber l'enfant tout comme il aurait donné un coup de pied à un chien, se présenta chez le préfet et demanda à être introduit; on lui dit que le préfet ne pouvait pas le recevoir, et il allait quitter la préfecture lorsqu'il rencontra sur le palier une femme portant l'enfant dans ses bras. H ne con-
naissait pas madame de Linant, mais il savait qu'elle était arrivée à Hodez, et lorsqu'il vit j'allilude tière de Juliette et les regards d'indignaliou qu'elle jetait sur lui, il soupçouna quil avait agi un peu légèrement, et qu'après tout, un pauvre enfant estropié ne devait pas être traité comme un chien de chasse dont le flair commence h s'émousser. On lui avait dit que le préfet ne pouvait pas le recevoir, et sans insister, il regagna la maison de sou père auquel il se garda bien de raconter son aventure. M. le préfet envoya chercher Rose.
— Rose, lui dit-il, racontez-moi ce qui vient de se passer; je l'ai mal vu. Comment se fait-il que madame de Linant soil mêlée à tout cela?
Rose, encore tout indignée de la conduite de M. John Plumer et du récit qu'elle venait d'entendre, raconta le fait tel qu'il s'était passé, et ne manqua pas de louer la conduite de Juliette; mais en même temps elle se garda de blâmer madame d'IIerbois. L'enfant était le petit-neveu de M. d'IIerbois; M. d'IIerbois était dur, avare, inhumain; il avait d'abord secouru son pauvre parent, ensuite il avait retiré ses dons, c'est-à-dire qu'il avait condamné la mère et l'enfant à mourir de faim; madame dllerbois n'était pour rien dans tout cela.
— Et ma femme? dit Anatole. — Madame a été indignée, répondit Rose; madame a promis de prendre soin de cet enfant, de l'élever el iVcn faire un homme; et M. d'IIerbois... — Comment, d'IIerbois était là? — Le hasard l'a amené, monsieur, et j'ai entendu madame qui lui disait : « Vous n'êtes plus digne de faire le bien, monsieur; puisque cet enfant se nomme d'IIerbois et que vous vous dites mon parent, cet enfant est aussi de ma famille et je m'en charge. » — Allez, Rose, el ne dites pas à votre maîtresse que je suis instruit de ce qui vient de se passer.
Mademoiselle Rose se retira plus incertaine que jamais. Il y avait quelque chose dans son cteur qui s'élevait contre les Fnoyons qu'on lui onlotinait d'employer.
— iiô —
qui lui disait qu'on n'achète pas si cher un artifice innocent.
— Avec six mille francs, pensait-elle, elle aurait pendant quatre ans donné du pain à ce pauvre enfant.
Et quoiqu'elle aimât beaucoupJulien, son amour-propre était blessé de ne l'avoir pour mari qu'à la faveur d'une dot. M. le préfet souffrait de son côté de l'obligation où il était de reconnaître quelque bonne qualité à une femme qu'il haïssait.
— Mon Dieu! mon Dieu! se disait-il, ce n'est pas là une méchante femme.
lia partie de chasse.
Lorsque Juliette rentra dans sa chambre à coucher, elle y retrouva la veuve et son enfant.
— Madame, dit-elle à la mère, je viens de voir votre oncle, M. d'Herbois; vous ne vous trompiez pas, c'est à sa femme que vous devez la misère qui vous accable et qui lue cet enfant. H a voulu revenir sur le passé et vous rendre la pension qu'il vous a enlevée; je ne l'ai pas permis. C'est moi qui me charge de vous et du jeune Adrien.
La veuve était dans une de ces positions où la main qui s'ouvre paraît, quelle qu'elle soit, être la main de Dieu; elle ne put que verser des larmes de reconnaissance.
— Permettez-moi de vous expliquer, continua Juliette, comment j'acquitte une dette en agissant comme je viens de le faire. M. d'Herbois était le parent de mon premier mari, M. Norbert, qui était aussi l'allié du mari que vous avez perdu; votre enfant ne m'est donc pas étranger. Parmon contrat de mariage, j'ai hérité, à la mort de M. Norbert, d'une partie de ses biens; il est juste que je fasse