‹ Mme de SévignéChapitre 101 sur 123 · TOILETTES ET COIFFURES · texte numérisé non relu

TOILETTES ET COIFFURES

[A Mmc de Grignan] Paris, 18 mars 107 i.

... J'allai voir l'autre jour cette duchesse de Yentadour ; elle était belle comme un ange. Mmc la duchesse de Nevers y vint coiffée à faire rire ; il faut m'en croire, car vous savez comme j'aime la mode excessive. La Martin1 l'avait brétaudée par plaisir comme un patron de mode; elle avait donc tous les cheveux coupés sur la tète, et frisée naturellement par cent papillotes qui lui font souffrir mort et passion toute la nuit. Cela fait une petite tête de chou ronde, sans que rien accompagne les côtés. Ma fille, c'était la plus ridicule chose que l'on pût imaginer : elle n'avait point de coiffe : mais encore passe, elle est jeune et jolie; mais toutes ces femmes de Saint-Germain, et cette La Mothe surtout, se font testonner par la Martin ; cela est au point que le roi et toutes les dames sensées en pâment de rire : elles en sont encore à cette jolie coiffure queMontgobert sait si bien ; je veux dire ces boucles renversées. Voilà tout ; on se divertit extrêmement à voir outrer cette nouvelle mode jusqu'à la folie.

[A Mmt de Grignan] Paris, 1er avril 1671.

... Les coiffures hurluberlu m'ont fort divertie ; il y en a que l'on voudrait souffleter. La Choiseul ressemblait, comme dit Ninon, à un printemps d'hôtellerie comme deux gouttes d'eau : cette comparaison est excellente.

1 Fameuse coiffure de l'époque.

- Un mauvais tableau, comme il y en a dans les auberges.

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A Mme de Grignan] Paris, 4 avril 1671.

Je vous mandai l'autre jour la coiffure de Mmc de Nevers, et clans quel excès la Martin avait poussé cette mode : mais il y a une certaine médiocrité qui m'a charmée, et qu'il vous faut apprendre, afin que vous ne vous amusiez plus à faire cent petites boucles sur vos oreilles, qui sont défrisées en un moment, qui siéent mal, et qui ne sont non plus à la mode présentement que la coiffure de la reine Catherine de Médicis. Je vis hier la duchesse de Sully et la comtesse de Guiche : leurs tètes sont charmantes ; je suis rendue. Cette coiffure est faite justement pour votre visage; vous serez comme un ange, et cela est fait en un moment. Tout ce qui me fait de la peine, c'est que cette mode, qui laisse la tète découverte, me fait craindre pour les dents. Voici ce que TrocJianire l, qui vient de Saint-Germain, et moi, nous allons vous aire entendre si nous pouvons. Imaginez-vous une tète partagée à la paysanne jusqu'à deux doigts du bourrelet; on coupe les cheveux de chaque côté, d'étage en étage, dont on fait de grosses boucles rondes et négligées, qui ne viennent pas plus bas qu'un doigt au-dessous de l'oreille ; cela fait quelque chose de fort jeune et de fort joli, et comme deux gros bouquets de cheveux de chaque côté. Il ne faut pas couper les cheveux trop court; car, comme il faut les friser naturellement, les boucles qui en emportent beaucoup ont attrapé plusieurs dames, dont l'exemple doit faire trembler les autres. On met les rubans comme à l'ordinaire, et une grosse boucle nouée entre le bourrelet et la coiffure ; quelquefois on la laisse traîner jusqu'à la gorge. Je ne sais si nous vous avons bien représenté la mode ; je ferai coiffer une poupée pour vous l'envoyer; et puis, au bout de tout

1 M"" de la Trorlie.

cela, je meurs de peur que vous ne vouliez point prendre toute cette peine. Ce qui est vrai, c'est que la coiffure que fait Montgobert n'est plus supportable. Du reste, consultez votre paresse et vos dents ; mais ne m'empêchez pas de souhaiter que je puisse vous voir coiffée ici comme les autres. Je vous vois, vous réapparaissez, et cette coiffure est faite pour vous; mais qu'elle est ridicule à certaines dames, dont l'âge où la beauté ne conviennent pas!...

... Après tout, nous ne vous conseillons point de faire couper vos beaux cheveux ; et pour qui, bon Dieu! Cette mode durera peu; elle est mortelle pour les dents : taponnez-vous seulement par grosses boucles, comme vous faisiez quelquefois ; car les petites boucles rangées de Montgobert sont justement du temps du roi Guillemot.

[A Mme de Grignan] Paris, 0 novembre 1676.

M'y voici donc arrivée. J'ai diné chez cette bonne Bagnols ; j'ai trouvé Mmc de Coulanges dans cette chambre belle et brillante du soleil, où je vous ai tant vue quasi aussi brillante que lui. Cette pauvre convalescente m'a reçue agréablement. Elle veut vous écrire deux mots ; c'est peut-être quelque nouvelle de l'autre monde, que vous serez bien aise de savoir. Elle m'a conté les transparents. Avez-vous ouï parler des transparents ? Ce sont des habits entiers des plus beaux brocarts d'or et d'azur qu'on puisse v^oir, et pardessus des robes noires transparentes, ou de belle dentelle d'Angleterre, ou de chenilles veloutées sur un tissu, comme ces dentelles d'hiver que vous avez vues ; et voilà la mode. C'est avec cela qu'on fit un bal le jour de Saint-Hubert, qui dura une demi-heure ; personne n'y voulut danser. Le roi y poussa Mmc d'Heudicourt à vive force. Elle obéit ; mais enfin le combat finit faute de combattants. Les beaux justaucorps en broderie destinés pour Villers-Cotterets servent le soir

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aux promenades, et ont servi à la Saint-Hubert. M. le Prince a mandé de Chantilly aux dames que leurs transparents seraient mille fois plus beaux si elles voulaient les mettre à cru ; je doute qu'elles fussent mieux...

... M. de Langlée a donné à MmG de Montespan une robe d'or sur or, rebrodé d'or, rebordé d'or, et pardessus un or frisé, rebroché d'un or mêlé avec un certain or, qui fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée : ce sont les fées qui ont fait cet ouvrage en secret ; âme vivante n'en avait connaissance. On la voulut donner aussi mystérieusement qu'elle avait été fabriquée. Le tailleur de Mm0 de Montespan lui apporta l'habit qu'elle lui avait ordonné ; il en avait fait le corps sur des mesures ridicules : voilà des cris et des gronderies, comme vous pouvez le penser. Le tailleur dit en tremblant : « Madame, comme le temps presse, voyez si cet autre habit que voilà ne pourrait point vous accommoder, faute d'autre. » On découvrit l'habit : « Ah, ^a belle chose! ah ! quelle étoffe ! vient-elle du ciel ? il n'y en a point de pareille sur la terre. » On essaye le corps : il est à peindre. Le roi arrive ; le tailleur dit : « Madame, il est fait pour vous. » On comprend que c'est une galanterie ; mais qui peut l'avoir faite? « C'est Langlée, » dit le Roi « C'est Langlée assurément, dit Mmc de Montespan ; personne que lui ne peut avoir imaginé une telle magnificence ; c'est Langlée, c'est Langlée ! » Tout le monde répète: « C'est Langlée î » Les échos en demeurent d'accord, et disent : « C'est Langlée ! » Et moi, ma fille, je vous dis, pour être à la mode : a C'est Langlée ! »

[A M. de Chauînes] Grignan, Ij mai 1691 .

... Parlons maintenant de la plus grande affaire qui soit à la cour. Votre imagination va tout droit à de nouvelles entreprises ; vous croyez que le roi, non content de Mons et de Nice, veut encore le siège de

Namur : point du tout ; c'est une chose qui a donné beaucoup plus de peine à Sa Majesté et qui lui a coûté plus de temps que ses dernières conquêtes : c'est la défaite des fontanges à plate couture. Plus de coiffures élevées jusque aux nues, plus de casques, plus de rayons, plus de bourgognes, plus de jardinières : les princesses ont paru de trois quartiers moins hautes qu'à l'ordinaire ; on fait usage de ses cheveux comme on faisait il y a dix ans. Ce changement a fait un bruit et un désordre à Versailles qu'on ne saurait vous représenter. Chacun raisonnait à fond sur cette matière, et c'était l'affaire de tout le monde. On nous assure que M. de Langlée à fait un traité sur ce changement, pour envoyer dans les provinces : dès que nous l'aurons, Monsieur, nous ne manquerons pas de vous l'envoyer : et cependant je baise très humblement les mains de Votre Excellence.

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