‹ Mme de SévignéChapitre 117 sur 123 · IV. — LES ROMANCIERS · texte numérisé non relu

IV. — LES ROMANCIERS

LA CALPRENEDE [A Mmc de Grignan] Aux Rochers, 28 juin 1671.

... Mon fils fait lire Cléopâtre 3 à la Mousse, et, malgré moi, je l'écoute et j'y trouve encore quelque amusement.

[A Mme de Grignan] Aux Rochers, 5 juillet 1671.

... Nous continuons le Tasse avec plaisir, et je n'ose vous dire que je suis revenue à Cléopâtre, et que j'ai le bonheur de n'avoir point de mémoire, cette lecture me divertit encore : cela est épouvantable : mais vous savez que je ne m'accommode guère bien de toutes les pruderies qui ne me sont pas naturelles; et comme celle de ne plus aimer ces livres-là ne m'est pas

1 Les Mdximes sont un recueil de court es pensées où le duc de La Roclie- (bucauld prétend expliquer toutes nos actions par 1' « amour-propre », c'està-dire l'égoïsme. L'édition dont il s'agit est celle de 1671.

2 11 y a, en effet, dans les Maximes, quelques passages fort précieux et si >ulilils qu'on a peine à les comprendre.

3 Gautier de Coslcs de la Calprenède (1610-1663) écrivit des romans historiques très admirés au \\n'' nècle : Cassandre, Cléopâtre et Pharamoml .

encore entièrement arrivée, je me laisse divertir sous le prétexte de mon fils qui m'a mise en train. Il nous a lu aussi des chapitres de Rabelais à mourir de rire.

Aux Rochers, 12 juillet 1671.

Je reviens donc à nos lectures : c'est sans préjudice de Cléopâtre, que j'ai gagé d'achever ; vous savez comme je soutiens les gageures. Je songe quelquefois d'où vient la folie que j'ai pour ces sottises-là ; j'ai peine à le comprendre. Vous vous souvenez peut-être assez de moi pour savoir à quel point je suis blessée des méchants styles : j'ai quelque lumière pour les bons, et personne n'est plus touchée que moi des charmes de l'éloquence. Le style de La Galprenède est maudit en mille endroits : de grandes périodes de romans, de méchants mots, je sens tout cela. J'écrivis l'autre jour à mon fils une lettre de ce style, qui était fort plaisante. Je trouve donc que celui de La Calprenède est détestable, et cependant je ne laisse pas de m'y prendre comme à de la glu : la beauté des sentiments, la violence des passions, la grandeur des événements et le succès miraculeux de leurs redoutables épécs, tout cela m'entraîne comme une petite fille ; j'entre dans leurs desseins; et si je n'avais M. de La Rochefoucauld et M. d'Hacqueville pour me consoler, je me pendrais de trouver encore en moi cette faiblesse li

[A Mmc de Grignan] Aux Rochers. 15 juillet 1671.

Cléopâtre va son train, mais sans empressement, et aux heures perdues : c'est ordinairement sur cette lecture que je m'endors. Le caractère m'en plaît beaucoup plus que le style ; pour les sentiments, j'avoue qu'ils me plaisent, et qu'ils sont d'une perfection qui

1 La Rochefoucauld aimait beaucoup les romans et il passe môme pour avoir collaboré avec M"10 de la Fayette à la Princesse de Clèves.

remplit mon idée, sur la belle âme. Vous savez aussi que je ne hais pas les grands coups d'épée, tellement que voilà qui est bien, pourvu ([ne l'on m'en garde le secret.

[A Jf*16 de Grignaii] A Vitré, 22 décembre 1075.

... Mon fils me met en furie par le sot livre qu'il vient lire autour de moi : c'est Pharamond. Il me d ('tourne de mes livres sérieux, et, sous prétexte que j'ai mal aux yeux, il me fait écouter des sornettes que je veux oublier.

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