‹ Mme de SévignéChapitre 21 sur 123 · L" NE MALADE RIDICULE · texte numérisé non relu

L" NE MALADE RIDICULE

[A Mmc de Grignan] Vichy, 21 niai 1676.

Mes eaux m'ont fait encore aujourd'hui beaucoup de bien; il n'y* a que la douche que je crains. Mme de Brissac avait aujourd'hui la colique; elle était au lit, belle et coiffée à coiffer tout le monde. Je voudrais que vous eussiez vu l'usage qu'elle faisait de ses douleurs, et de ses yeux, et des cris, et des bras, et des mains qui traînaient sur sa couverture, et les situations, et la compassion qu'elle voulait qu'on eût : chamarrée de tendresse et d'admiration, je regardais cette pièce, et je la trouvais si belle, que mon attention a dû paraître un saisissement dont je crois qu'on me saura fort bon gré, et songez que c'était pour l'abbé Bayard, Saint-Hérem, Montjeu l et Planci, que la scène était ouverte. En vérité, vous êtes une vraie pitaude 8 ; quand je pense avec quelle simplicité vous êtes malade, le repos que vous donnez à votre joli visage, et enfin quelle différence, cela me paraît plaisant.

[A Mm* de Grignan) Vichy, 24 mai ICTii.

...La beauté des promenades est au-dessus de ce que je puis vous en dire; cela seul me redonnerait la santé. On est tout le jour ensemble. Mmi de Brissac et

1 Le marquis <l<' Montjeu, descendant du président Jeannin et conseiller au Parlement de Metz.

- Expression méprisante, empruntée au langage populaire.

le chanoine dînent ici fort familièrement. Comme on ne mange que des viandes simples, on ne fait nulle façon de donner à manger. Vous aurez vu par ce que je vous mandai avant-hier combien je suis prête à aimer quelqu'un plus que vous. Après la pièce admirable de la colique, on nous a donné celle d'une convalescence pleine de langueur, qui est en vérité fort bien accommodée au théâtre : il faudrait des volumes pour dire loutce que je découvre dans ce chef-d'œuvre des cieux. Je passe légèrement sur bien des choses, pour ne point trop écrire.

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