LE DÉPART. LES CAUSES DU VOYAGE
[A Mme de Grignan] Paris, 3 mai 1C80.
... J'ai à vous conjurer, ma très chère, de n'avoir aucune sorte d'inquiétude de mon voyage. Le temps est beau à merveille, la route délicieuse. Ce qui me lâche, c'est de ne recevoir de vos lettres qu'à Nantes : je ne les hasarderai point en passant pays. Comme je dépends du vent, et que sur l'eau rien n'est réglé, me voilà résolue à ne les trouver qu'à Nantes ; cela me fera souhaiter d'y arriver, et me fera marcher plus vite. Soyez tranquille sur ma santé ; elle est parfaite, cl je la ménage fort bien ; j'aurai soin aussi de celle du bon abbé. Je porte des livres. Je m'en vais, comme une furie, pour me faire payer; je ne veux entendre ni rime, ni raison. C'est une chose étrange que la quantité d'argent qu'on me doit; je dirai toujours comme L'avare : « De l'argent, de l'argent! » Dix mille (<us sont bons; je pourrais bien les avoir, si l'on me payait ce qui m'est dû en Bretagne et en Bourgogne. Vraiment, ma fille, voici une jolie lettre ! Il y a bien de l'esprit ! Mon commerce va être d'un grand agrément.
1 Mmc de Sévigné partit pour les Rochers le 7 niai 1680, avec L'abbé de Coulanges. Cliarlcs de Sévigné accompagna sa mère jusqu'à Orléans, où elle s'embarqua. L'itinéraire suivi fut le même qu'en IOTj.