II. — LE MARIAGE DE SA FILLE LA MAISON DE SÉVIGNÉ
[A Bussy] Paris, 4 décembre I6G8.
... Il faut que je vous apprenne une nouvelle qui, sans doute, vous donnera de la joie; c'est qu'enfin la plus jolie fille de France2 épouse, non pas le plus
1 Luss\ avait bien répondu, mais en plaidant, et en ergotant. M11" de Sévigné voulait le forcer à demander pardon, purement et simplement : elle y réussit.
- Françoise-Marguerite de Se vigne, née en 10is.
joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume : c'est M. de Grignan l, que vous connaissez il y a longtemps. Toutes ses femmes sont mortes pour faire place à votre cousine, et même son père et son fils, par une bonté extraordinaire ; de sorte qu'étant plus riche qu'il n'a jamais été, et se trouvant d'ailleurs, et par sa naissance, et par ses établissements, et par ses bonnes qualités, tel que nous le pouvions souhaiter, nous ne le marchandons point, comme on a accoutumé de faire : nous nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant nous. Il parait fort content de notre alliance, et aussitôt que nous aurons des nouvelles de l'archevêque d'Arles, son oncle, son autre oncle Févêque dTzès étant ici, ce sera une affaire qui s'achèvera avant la fin de l'année. Comme je suis une dame assez régulière, je n'ai pas voulu manquer à vous en demander votre avis et votre approbation. Le public paraît content, c'est beaucoup : car on est si sot, que c'est quasi sur cela qu'on se règle.
Voici encore un autre article sur quoi je veux que vous me contentiez, s'il vous reste un brin d'amitié pour moi : je sais que vous avez mis au bas du portrait que vous avez de moi2 que j'ai été mariée à un gentilhomme breton, honoré des alliances de Vassé et de Rabutin. Cela n'est pas juste, mon cher cousin ; je suis depuis peu si bien instruite de la maison de Sévigné, que j'aurais sur ma conscience de vous laisser clans cette erreur. 11 a fallu montrer notre noblesse en Bretagne, et ceux qui en ont le plus ont pris plaisir de se servir de cette occasion pour étaler leur marchandise. Voici la nôtre.
1 François-Adhémar de Grignan, conseiller du roi, lieutenant général en Languedoc. 11 avait déjà été marié deux fois avec Angélique dAngennes et Marie-Angélique du Puy-du-Fou. De son premier mariage il lui restait deux tilles : Louise-Catherine de Grignan et Françoise-Julie de Grignan, plus connue sous le nom de MUe d'Alérac.
- Il s'agit d'un portrait que Bussy avait dans son salon.
Quatorze contrats de mariage de pore en fils; trois cent cinquante ans de chevalerie ; les pères quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne, et bien marqués dans l'histoire, quelquefois retirés chez eux comme des Bretons, quelquefois de grands biens, quelquefois de médiocres, mais toujours de bonnes et de grandes alliances ; celles de trois cent cinquante ans, au bout desquels on ne voit que des noms de baptême, sont du Quelnec. Montmorency, Baraton et Chàteaugiron. Ces noms sont grands, ces femmes avaient pour maris des Rohan et des Clisson. Depuis ces quatre, ce sont des Guesclin. des Coaquin, des Rosmadec, des dindon, des Sévigné de leur même maison, des du Bellay, des Rieux, des Bodegal, dos Plossis-Ireul, et d'autres qui ne me reviennent pas présentement, jusqu'à Yassé et jusqu'à Rabutin. Tout cela est vrai, il faut m'en croire... Je vous conjure donc, mon cousin, si vous me voulez obliger, de changer votre écriteau, et. si vous n'y voulez point mettre de bien, n'y mettez point de rabaissement ; j'attends cette marque de votre justice et du reste d'amitié que vous avez pour moi.