LA GAUCHERIE DES MILICES BRETONNES
[A Mm* d>. Grignan] Rennes, lo mai 1089.
M. de Ghaulnes me parle souvent de vous ; il est occupé des milices. C'est une chose étrange que de voir mettre le chapeau à des gens qui n'ont jamais eu que des bonnets bleus sur la tête ; ils ne peuvent comprendre l'exercice, ni ce qu'on leur défend. Quand ils avaient leurs mousquets sur l'épaule, et que M. de Chaulnes paraissait, ils voulaient le saluer : l'arme tombait d'un côté, et le chapeau de l'autre. On leur a dit qu'il ne fallait point saluer. Le moment d'après, quand ils étaient désarmés, s'ils voyaient passer M. de Chaulnes, ils enfonçaient leur chapeau avec les deux mains, et se gardaient bien de le saluer. On leur a dit que lorsqu'ils sont dans leurs rangs, ils ne doivent aller ni à droite ni à gauche : ils se laissaient rouer l'autre jour par le carrosse de Mmc de Chaulnes. sans vouloir se retirer d'un seul pas, quoi qu'on pût leur dire. Enfin, ma fille, nos Bas- Bretons sont étranges : je ne sais comment faisait Bertrand du Guesclin pour les avoir rendus en son temps les meilleurs soldats de France.