‹ Mme de SévignéChapitre 58 sur 123 · LA FIN D'UNE ABSENCE CRUELLE · texte numérisé non relu

LA FIN D'UNE ABSENCE CRUELLE

[A Mmc de Grignan] Paris, lo décembre lfi7G.

Que ne vous dois-jo point, ma chère enfant, pour tant de peines, de fatigues, d ennuis, de froid, de gelée, de frimas, de veilles? Je crois avoir souffert toutes Ces incommodités avec vous; ma pensée n'a pas été un moment séparée de vous ; je vous ai suivie partout, et j'ai trouvé mille fois que je ne valais pas l'extrême

1 MD,C de Sévigné, qui avait été fort malade pendant l'hiver, désirait voir sa fille ; mais celle-ci ne voulait venir qu'à Vichy, et encore pour quinze jours '.

- M"u' de Grignan arriva à Paris en décembre 1G70 et ne partit qu'en juin

peine que vous preniez pour moi, c'est-à-dire par un certain côté, car celui de la tendresse et de l'amitié relève bien mon mérite à votre égard. Quel voyage, bon Dieu ! et quelle saison ! Vous arriverez précisément le plus court jour de l'année, et par conséquent vous nous ramènerez le soleil. J'ai vu une devise qui me conviendrait assez ; c'est un arbre sec, et comme mort, et autour ces paroles : Fin che sol ritomi1. Qu'en dites-vous, ma fille ? Je ne vous parlerai donc point (le votre voyage; nulle question là-dessus; nous tirerons le rideau sur vingt jours d'extrêmes fatigues, et nous tâcherons de donner un autre cours aux petits esprits, et d'autres idées à votre imagination. Je n'irai point à Melun : je craindrais de vous donner une mauvaise nuit par une dissipation peu convenable au repos ; mais je vous attendrai à dîner à Villeneuve- Saint-Georges . Vous y trouverez notre potage tout chaud ; et, sans faire tort à qui que ce puisse être, vous y trouverez la personne du monde qui vous aime le plus parfaitement. L'abbé vous attendra dans votre chambre, bien éclairée, avec un bon feu. Ma chère enfant, quelle joie ! puis-je jamais en avoir une plus sensible?

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