‹ Mme de SévignéChapitre 59 sur 123 · VI. — LA MALADIE DE MADAME DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

VI. — LA MALADIE DE MADAME DE GRIGNAN

[A Mme de Grignari] Paris, 11 juin 1G77.

Il me semble que, pourvu que je n'eusse mal qu'à la poitrine et vous qu'à la tête, nous ne ferions qu'en rire; mais votre poitrine me tient fort au cœur, et vous êtes en peine de ma tête. Hé bien ! je lui ferai pour l'amour de vous plus d'honneur qu'elle ne mérite ; et par la même raison mettez bien, je vous supplie, votre

1 « Jusqu'à ce que le soleil revienne. »

2 Mmc de Grignan fut atteinte en 1G77 à Paris d'une maladie de langueur qui dura fort longtemps et inquiéta beaucoup la marquise.

petite poitrine dans du coton. Je suis fâchée que vous m'ayez écrit une si grande lettre en arrivant à Meiun l : c'était du repos qu'il vous fallait d'abord. Songez à vous, ma chère enfant ; ne vous faites point de dragons; songez à me venir achever votre visite, puisque, comme vous dites, la destinée, c'est-à-dire la Providence, a coupé si court, contre toute sorte de raison, celle que vous aviez voulu me faire. Votre santé est plus propre à exécuter ce projet que votre langueur; et, comme vous voulez que mon cœur et ma tête soient libres, ne croyez pas que cela puisse être si votre mal augmente. Quelle journée ! quelle amertume ! quelle séparation ! vous pleurâtes, ma très chère, et c'est une affaire pour vous ; ce n'est pas la même chose pour moi : c'est mon tempérament. La circonstance do votre mauvaise santé fait une grande augmentation à ma douieur. Il me semble que si je n'avais que L'absence pour quelque temps, je m'en accommoderais fort bien; mais cette idée de votre maigreur, de cette faiblesse de voix, de ce visage fondu, de cette belle gorge méconnaissable, voilà ce que mon cœur ne peut soutenir. Si vous voulez donc me faire tout le plus grand bien que je puisse désirer, mettez toute votre application à sortir de cet état.

[A Mmc de Grignan] Paris, 14 juin 1677.

... Si j'ai de l'inquiétude, elle n'est que trop bien fondée ; ce n'est point une vision que l'état où je vous ai laissée. M. de Grignan et tous vos amis en ont été effrayés. Je saute aux nues, quand on me vient dire : « Vous vous faites mourir toutes deux ; il faut vous séparer. » Vraiment, voilà un beau remède et bien propre, en effet, à finir tous mes maux; mais ce n'est pas comme ils l'entendent. Ils lisaient dans ma pensée et trouvaient que j'étais en peine de vous. Et de quoi

1 M"" de Grignan venait de quitter Paris, retournant en Provence.

veulent-ils donc que je sois en peine? Je n'ai jamais tant vu d'injustice qu'on m'en a fait dans ces derniers temps. Ce n'était pas vous : au contraire ; je vous conjure, ma fille, de ne point croire que vous ayez rien à vous reprocher à mon égard. Tout cela roulait sur ce soin de ma santé dont il faut vous corriger ; vous n'avez point caché votre amitié comme vous le pensez. Que voulez-vous dire ? est-il possible que vous puisiez tirer un dragon de tant de douceurs,, de caresses, de soins, de tendresses, de complaisances? Ne me parlez donc plus sur ce ton : il faudrait que je fusse bien déraisonnable, si je n'étais pleinement satisfaite. Ne me grondez point de trop écrire : cela me fait plaisir Je m'en vais laisser là ma lettre jusqu'à demain.

Mardi, 15 juin.

Si mes lettres sont un peu longues, ma très chère, songez que c'est justement parce que je les écris à plusieurs fois. Je viens de recevoir deux des vôtres d'Auxerre. D'JIacqueville était ici; il a été ravi de savoir de vos nouvelles. Quels remerciement no doisje point à Dieu de l'état où vous êtes ! Enfin vous dormez, vous mangez un peu, vous avez du repos; vous n'êtes point accablée, épuisée, dégoûtée comme ces derniers jours. Ah, ma fille ! quelle sûreté pour nia santé, quand la vôtre prend le chemin de se rétablir ! Que voulez-vous dire du mal que vous m'avez fait? c'est uniquement par l'état où je vous ai vue; car, pour notre séparation, elle m'aurait été supportable, dans l'espérance de vous revoir plus tôt qu'à l'ordinaire ; mais quand il est question de la vie, ah, ma très chère ! c'est une sorte de douleur dont je n'avais jamais ressenti la cruauté, et je vous avoue que j'y aurais succombé. C'est donc à vous de me guérir et de me garantir du plus grand de tous les maux. J'attends vos lettres avec une impatience qui me fait bien sentir que votre santé est mon unique affaire. Je suis à toutes

vos couchées. Vous serez demain à Chàlons, où vous trouverez une de mes lettres; celle-ci va droit à Lyon.

A Mme de Grignan] Paris, 10 juin 1677.

Il faut penser, ma fille, à vous guérir l'esprit et Je corps ; et si vous ne voulez point mourir dans votre pays, et au milieu de nous, il faut non plus voir les choses comme elles le sont, ne les point grossir dans votre imagination, ne point trouver que je suis malade quand je me porte bien. Si vous ne prenez cette résolution, on vous fera un régime et une nécessité de ne jamais me voir. Je ne sais si ce remède serait bon pour vous; ({liant à moi, je vous assure qu'il serait indubitable pour finir ma vie. Faites sur cela vos réflexions. Quand j'ai été en peine de vous, je n'en avais que trop de sujets; plût à Dieu que ce n'eût été qu'une vision! Le trouble de tous vos amis et le changement de votre visage ne confirmaient que trop mes craintes et mes frayeurs. Travaillez donc, ma chère enfant, à tout ce qui peut rendre votre retour aussi agréable que votre départ a été triste et douloureux. Pour moi, que fautil que je fasse? Dois-jc me bien porter? je me porte très bien; dois-je songer à ma santé? j'y pense pour l'amour de vous ; dois-je, enfin, ne me point inquiéter sur votre sujet? c'est de quoi je ne vous réponds pas quand vous serez dans L'état où je vous ai vue. Je vous parle sincèrement : travaillez là-dessus. Et quand on vient me dire présentement : «Vous voyez comme elle se porte ; et vous-même, vous êtes en repos : vous voila fort bien boutes deux. » Oui, fort bien! voilà. un régime admirable! tellement que pour nous bien porter il faut que nous soyons à deux cent mille lieues l'une de l'autre; et l'on me dit cela avec un air tranquille. Voila justement ce qui m'échauffe le sang, et me fait sauter aux nues. Au nom de Dieu, ma fille, rétablissons notre réputation par un autre voyage où nous soyons plus raisonnables, c'est-à-dire vous, et ou l'on

MAIi \MK DE SÉ\ IGNÉ. 10

ne nous dise plus : « Vous vous tuez l'une et l'autre, » Je suis si rebattue de ces discours, que je n'en puis plus : il y a d'autres manières de me tuer qui seraient bien plus sûres.

[A Mme de Grignan] Livry, 3 juillet 1677.

... Ah, ma très chère ! que je vous souhaiterais des nuits comme on les a ici! quel air doux et gracieux! quelle fraîcheur! quelle tranquillité ! quel silence! Je voudrais pouvoir vous envoyer de tout cela, et que votre bise fût confondue. Vous me dites que je suis on peine de votre maigreur : je vous l'avoue ; c'est qu'elle parle et dit votre mauvaise santé. Votre tempérament, c'est d'être grasse; si ce n'est, comme vous dites, que Dieu vous punisse d'avoir voulu détruire une si belle santé et une machine si bien composée : c'est une si grande rage que de pareils attentats, que Dieu est juste quand il les punit; mais ceux qui en sont affligés ont, ce me semble, beaucoup de raison de l'être. Vous voulez me persuader la dureté de votre cœur, pour me rassurer sur la perte de votre petit1. Je ne sais, mon enfant, où vous prenez cette dureté : je ne la trouve que pour vous; mais pour moi, et pour tout ce que vous devez aimez, vous n'êtes que trop sensible ; c'est votre plus grand mal ; vous en êtes dévorée et consumée. Eh, ma chère ! prenez sur vous, et donnez-le au soin de votre personne.

[AMm* de Grignan] Livry, 19 juillet 1C77.

Vous me mandez des choses admirables de votre santé. Vous dormez, vous mangez, vous êtes en repos; point de devoirs, point de visites; point de mère qui vous aime : vous avez oublié cet article, et c'est le plus essentiel. Enfin, ma fille, il ne m'était pas permis d'être

1 Eu février 1070, Mmc de Uriyuuu avait eu un enfant mort-né.

en peine de votre état : tous vos amis eu étaient inquiètes, et je devais être tranquille ! J'avais tort de craindre que l'air de Provence ne vous fit une maladie considérable : vous ne dormiez ni ne mangiez, et vous voir disparaître devant mes yeux devait être une bagatelle df ni n'attirât pas seulement mon attention î Ah, mon enfant ! quand je vous ai vue en santé, ai-je pensé à m'inquiéter pour l'avenir ? Etait-ce là que je portais mes pensées l Mais je vous voyais, et vous croyais malade d'un mal qui est à redouter pour la jeunesse; et. au lieu d'essayer à me consoler par une conduite gui vous redonne votre santé ordinaire, on ne me parle que d'absence : c'est moi qui vous tue! c'est moi qui suis cause de tous vos maux! Quand je songea tout ce que je cachais de mes craintes, et que le peu qui m'en échappait faisait de terribles effets, je conclus qu'il ne m'est pas permis de vous aimer, et je dis qu'on veut de moi des choses si monstrueuses et si opposées ([ue, ifespérant pas d'y pouvoir parvenir, je n'ai que la ressource de voire bonne santé pour me tirer de cet embarras. Mais, Dieu merci, l'air elle repos de Grignan ont fait ce miracle; j'en ai une joie proportionnée à mon amitié. M. de Grignan a gagné son procès, et doit craindre de me voir avec vous, autant qu'il aime votre vie; je comprends ses bons tons et vos plaisanteries la-dessus. Il me semble que vous jouez bon jeu, bon argent; vous vous portez bien, nous le dites, vous en riez avec votre mari; comment pourrait-on faire de la fausse monnaie d'un si bon a loi ?

A M' de Grignan] Livry, 2o juillet 1G77.

... .le soupai hier chez la marquise dTxelles, où j'em-

js ii, pour la sixième fois, La Garde et l'abbé de

Grignan, et, au lieu de leur dire : « .Messieurs, je suis

bien fâchée de votre départ », je leur dis : « Messieurs,

que vous êtes heureux ! que je suis aise que vous par-

tiez ! Allez, allez voir ma fille; vous lui donnerez la joie, vous la verrez en santé; elle est belle, elle est tranquille, elle est gaie : plût à Dieu que je fusse de la partie ! » Hélas ! il s'en faut bien que la Providence ne fasse cet arrangement. Mais enfin, ma très chère, je suis assurée de votre santé : Montgobert ne me trompe pas ; dites-le-moi cependant encore ; écrivez-le-moi en vers et en prose ; répétez-le-moi pour la trentième fois; que tous les échos me redisent cette charmante nouvelle. Si j'avais une musique comme M. de Grignan, ce serait là mon opéra. Il est vrai que je suis ravie de penser au miracle que Dieu a fait, en vous guérissant par ce pénible voyage et ce terrible air de Grignan qui devait vous faire mourir. J'en veux un peu à la prudence humaine; je me souviens de quelques tours qu'elle a faits, et qui sont dignes de risée : la voilà bien décriée pour jamais.

Comprenez-vous bien la joie que j'aurai si je vous revois avec cet aimable visage qui me plaît, un embonpoint raisonnable, une gaieté qui vient quasi toujours de la bonne disposition ? Quand j'aurai autant de plaisir à vous regarder que j'ai eu de douleur sensible ; quand je vous verrai comme vous devez être, étant jeune, et non pas usée, consumée, dépérie, échauffée, épuisée, desséchée; enfin quand je n'aurai que les chagrins courants de la vie, sans en avoir un qui assomme, si je puis jamais avoir cette consolation, je pourrai me vanter d'avoir senti le bien et le mal en perfection. Cependant votre exemple coupe la gorge, à droite et à gauche. Le duc de Sully dit à sa femme : <( Vous êtes malade, venez à Sully : voyez Mmc de Grignan, le repos de sa maison l'a rétablie, sans qu'elle ait fait aucun remède. » Mais la duchesse ne goûte point cette ordonnance et préfère celle de Veson qui lui ordonne d'abord deux saignées, deux petites médecines, et vingt jours de bain. J'avoue que je ne comprends guère cette autre extrémité dans le temps où nous sommes, et pour un lieu comme Sully jusqu'à la

Toussaint. Je la vis hier; elle vous fait mille amitiés.

[A Mmù de Grignah] Paris, 20 octobre 1077.

Le chevalier1 radote, et ne sait ce qu'il veut dire. Je n'ai point mangé de fruits à Vichy, parce qu'il n'y en avait point ; j'ai dîné sainement ; et pour souper, quand les sottes gens veulent qu'on soupe sur son dîner à six heures, je me moque d'eux. Je soupe cà huit : mais quoi ? une caille ou une aile de perdrix uniquement. Je me promène, il est vrai; mais il faut que Ton défende le beau temps si l'on veut que je ne prenne pas l'air. Je n'ai point pris le serein : ce sont des médisances; et enfin M. Ferrand était dans tous mes sentiments, souvent à mes promenades, et ne m'a jamais dédite de rien. Que voulez-vous donc conter, monsieur le chevalier ? Mais vous, avec votre sagesse, votre bras vous fait-il toujours boiter ? Ce serait une chose cruelle d*ètre obligé de porter un bâton tout l'hiver. Et vous, madame la Comtesse, pensez-vous que je n'aie point à vous gronder ? Tardes me mande que vous ne vous nourrissez pas assez ; que vous mangez en récompense les plus mauvaises choses du monde, et qu'avec cette conduite il ne faut pas que vous espériez retrouver votre santé : voilà ses propres mots. Il ajoute que M. de La Garde s'en tourmente assez, mais que tout le reste n'ose vous contredire. Belle Rochebonne2, grondez-la : j'aimerais mieux qu'elle coquelàl avec M. de Vardes, comme vous me le mandez, que do profaner une santé qui fait notre vie a tous; car vous voulez bien. Madame, que je parle en commun sur <•<> chapitre. Que vous êtes bien tous ensemble ! que voua êtes heureux de trouver dans voi re famille ce que l'on cherche inutilement ailleurs, c'est-à-dire la meil-

1 Le chevalier de Grignan s'était trouvi-' à Vichy avec Mma de Sévigné en septembre 1 » '■ 7 7 .

M'"e la comtesse de Rocliehonne, sœur du comte de Grignan.

lcurc compagnie du monde, et toute l'amitié et la sûreté imaginables! Je le pense et je le dis souvent: il n'y en a point une pareille, ,1c vous embrasse de tout mon cœur, et vous demande la grâce de nr aimer toujours; je donne à ma fille le soin de vous dire comme je suis pour vous, et comme je vous trouve digne de toute la tendresse qu'elle a pour vous.

11 faut un peu que je vous parle, ma fille, de notre hôtel de Carnavalet1. J'y serai dans un jour ou deux ; mais comme nous sommes très bien chez M. et Mme de Coulanges et que nous voyons clairement qu'ils en sont fort aises, nous nous rangeons, nous nous établissons, nous meublons votre chambre, et ces jours de loisir nous ôtent tout l'embarras et tout le désordre du délogement. Nous irons coucher paisiblement, comme on va dans une maison où Ton demeure depuis trois mois. N'apportez point de tapisserie, nous trouverons ici ce qu'il vous faut : je me divertis extrêmement à vous donner le plaisir de n'avoir aucun chagrin, au moins en arrivant.

[A M. de Grignan] Paris, 27 mai 1678.

Je veux vous rendre compte2 d'une conférence de deux heures que nous avons eue avec M. Fagon3, très célèbre médecin; c'est M. de la Garde qui l'a amené. Nous ne l'avions jamais vu : il a bien de l'esprit et de la science, il parle avec une connaissance et une capacité qui surprend, et n'est point dans la routine des autres médecins, qui accablent de remèdes ; il n'ordonne rien que de bons aliments. 11 trouve la maigreur de ma fille et la faiblesse fort grandes ; il voudrait bien

1 Mmo de Sévigné loua l'hôtel de Carnavalet, situe rue Culture-Saintc- Catherine, dans le quartier du Marais.

2 Cette lettre fut écrite à M. de Grignan pendant le séjour de la comtesse à Paris (novembre 1G77 à septembre 1679).

n Fagon, médecin célèbre du xvnc siècle, qui fut directeur du jardin du Roi et devint le médecin de Louis XIV.

MADAME DE SÉVÎGNE ET >A FILLE lui

qu'elle prit du lait, comme le remède le plus salutaire ; mais l'aversion qu'elle y a. fait qu'il n'ose seulement le proposer. Elle prend le demi-bain et des bouillons rafraîchissants. Il ne la veut contraindre sur rien; mais, quand elle lui a dit que sa maigreur n'était rien cl qu'après avoir été grasse on devient maigre, il lui a dit qu'elle se trompait : que sa maigreur venait de la sécheresse de ses poumons, qui commençaient à se flétrir, et, qu'elle ne demeurerait point comme elle est ; qu'il fallait ou qu'elle se remit en santé, ou que sa maigreur viendrait jusqu'à de l'excès : qu'il n'y avait point de milieu; que ses langueurs, ses lassitudes, ses pertes de voix, marquaient que son mal était au poumon ; qu'il lui conseillait la tranquillité, le repos, les régimes doux, et surtout de ne point écrire; qu'il espérait qu'elle pourrait se remettre : mais que si elle ne se rétablissait pas, elle irait toujours de pis en pis. M. de La Gardé a été témoin de tout ce discours : envoyez-lui ma lettre si vous voulez. J'ai demandé à M. Fagon si l'air subtil lui était contraire: il a dit qu'il l'était beaucoup. Je lui ai dit l'envie que j'avais eue de la retenir ici pendant les chaleurs, et qu'elle ne partit que cet automne pour passer l'hiver à Aix, dont l'air est bon; que vous ne souhaitiez au monde que sa santé, et que et1 u'ét.ii! qu'elle que nous avions à combattre, pour l'empêcher de partir tout à l'heure. Nous en sommes demeurés là : M. de ha Garde a été témoin de tout. J'ai cru (pic je devais vous faire part de tout ce qui s'osl se, ou vous protestant que l'envie de lavoir plus longtemps, quoique ce soit le plus grand plaisir do ma vie. no m'oblige point à vous parler encore sur ce sujet. .Mais je croirais que vous auriez sujet de vous plaindre (\o moi si je vous laissais dans la pensée que son mal no (Vil pas plus considérable qu'il l'a été. Il l'est d'autant plus qu'il y a un an qu'il dure, et cette long ueur est tout ce qu'il y a a craindre. Voua me direz que je la retienne; je vous répondrai que je n'y ai aucun pouvoir; qu'il n'y a que vous ou M. de ha Garde

qui puissiez fixer ses incertitudes. A moins que sa tranquillité ne vienne par là, il n'en faut point espérer; et, n'en ayant point, il vaut mieux qu'elle hasarde sa vie . Elle a pour vous et pour ses devoirs un attachement très raisonnable et très juste; à moins qu'elle ne retrouve, par la pensée de vous plaire, la douceur qu'elle trouverait d'être auprès de vous, son séjour ici lui ferait plus de mal que de bien. Ainsi, Monsieur, c'est vous seul qui êtes le maître d'une santé et d'une vie qui est à vous; prenez donc vos mesures, chargezvous de l'événement du voyage, ou donnez-lui un repos qui l'empêche d'être dévorée, et qui la fasse profiter des trois mois qu'elle sera ici. Je vous embrasse de tout mon cœur.

P. S. — Je ne m'étonne pas si vous ignorez l'état où elle est; sa fantaisie, c'est de dire toujours qu'elle se porte fort bien. Plût à Dieu que cela fût vrai, et qu'elle fût avec vous ! je ne veux pour témoins du contraire que M. l'abbé de Grignan, M. de La Garde, et ceux qui la voient et qui y prennent quelque intérêt.

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