NOUVEAU DEPART POUR L ARMEE
[A Mme de Grignan] Paiis, 25 février 1G89.
Nos deux Grignans revinrent de Versailles une heure après que j'eus fait mon paquet. Le chevalier vous aura mandé comme ce petit capitaine avait pris congé, comme le roi l'avait regardé d'un bon air, comme il a été question de sa compagnie et de spn voyage de Châlons. Il a l'honneur de partir le premier et de montrer l'exemple. Ce zèle d'un jeune novice sied fort bien ; il badine fort joliment avec ceux qui lui demandent pourquoi il part si tôt : il répond qu'il a un colonel qui le chasse. Le colonel 2 s'en défend très bien aussi, et je vous assure qu'il n'y a rien de mieux, ni qui fasse tant d'honneur, et à peu de frais; car il n'a point d'affaires ici, et il est ravi d'aller courir et faire le bon officier. 11 aura le temps de se reposer à Philippeville, et son équipage aussi, et il sera tout frais quand il s'agira do marcher. Je deviens avare de ce petil
■ M. de Xoailles alors évoque de Châlons. ! l.o chevalier do Grignan.
minet, comme vous savez qu'on fait sur les derniers jours : il mange avec moi ; je le mènerai dîner chez Mmc de Chaulnes et chez Mmo de Coulanges, pour leur dire adieu, et je ménagerai les sept ou huit jours que nous avons encore à être ensemble. Mais, ma chère enfant, ne prenez pas de si loin votre escousse 1 pour être en peine; ne donnez point à votre imagination la la liberté de vous inquiéter. ïl n'est encore question de rien ; votre enfant sera à sa garnison comme ici : il n'y a que cinquante lieues de différence.