AU SIEGE DE NICE
A M. de Coulanges] Grignan, 10 avril 1691.
Revenons un peu terre à terre. Notre petit marquis de Grignan était allé à ce siège de Nice1, comme un aventurier, vago di fama2. M. de Catinat lui a fait com-
1 Le siège ne dura que trois jours : Nice capitula le 2 avril. - « Amoureux de renommée. »
mander plusieurs jours la cavalerie pour ne le pas laisser volontaire : ce qui ne l'a pas empêché d'aller partout, d'essuyer tout le feu, qui fut fort vif d'abord, de porter des fascines au petit pas, car c'est^e bel air: mais quelles fascines ! toutes d'orangers, mon cousin, de lauriers roses, de grenadiers ! ils ne craignaient que d'être parfumés. Jamais il ne s'est vu un si beau pays ni si délicieux : vous en comprenez les délices par ceux d'Italie. Voilà ce que M. de Savoie a pris plaisir de perdre et de ruiner : dirons-nous que c'est un habile politique-? Nous attendons ce petit colonel qui vient se préparer pour aller en Piémont ; car cette expédition de Nice n'est que peloter en attendant partie : il ne sera plus ici quand vous y passerez ; mais savezvous qui vous y trouverez ? Mon fils, qui vient passer l'été avec nous, et qui vient au-devant de son gouverneur sur les pas de sa mère1.