‹ Mme de SévignéChapitre 80 sur 123 · VI. — M. ET M™ DE COULANGES · texte numérisé non relu

VI. — M. ET M™ DE COULANGES

LA MALADIE DE Mme DE COULANGES

[A Mm de Grignan] Livry, 18 septembre 167G.

La pauvre Mme de Coulanges a une grosse fièvre avec des redoublements : le frisson lui prit à Ver-

1 M. de Coulanges « le petit Coulanges » était le cousin germain de Mm0 de Sévignc. 11 avait épousé Marie-Angélique du Gué, cousine germaine de Louvois. La marquise parle souvent dans ses lettres de ce ménage char-

saillcs : c'est domain le quatrième jour ; elle a été saignée, et si cela dure, elle est d'une considération et dans un lieu qui ne permettent pas qu'on lui laisse une goutte de sang. Sa petite poitrine est fort offensée de cette fièvre, et moi encore plus. Je ne puis songer à tout ce qu'elle m'a mandé sur la douleur qu'elle a de ne point revenir ici, sans en être fort touchée.

[A M™" de Grignan] Taris, 2.J septembre 1070, chez M"'c de Goulanges.

En vérité, ma fille, voici une pauvre petite femme bien malade ; c'est le onzième de son mal, qui lui prit à Chàville en revenant de Versailles. Mmc Le ïellier fut frappée en même temps qu'elle, et revint en diligence à Paris, où elle reçut hier le viatique. Beaujeu l fut frappée du même trait; elle a toujours suivi sa maîtresse ; pas un remède n'a été ordonné dans la chambre, qui ne l'ait été dans la garde-robe; un lavement, un lavement; une saignée, une saignée ; Notre- Seigneur, Notre-Seigneur ; tous les redoublements, tous les délires, tout était pareil : mais Dieu veuille que cette communauté se sépare. On vient de donner l'extrême-onction à Beaujeu, et elle ne passera pas la nuit. Nous craignons demain le redoublement de Mmc de Coulanges, parce que c'est celui qui figure avec celui qui emporte cette pauvre fille. En vérité, l une terrible maladie; mais ayant vu de quelle façon les médecins font saigner rudement une pauvre personne, et sachant que je n'ai point de veines, je déclarai hier au premier président de la cour des aides, qui me vint voir, que si je suis jamais en danger de mourir, je le prierai de m'amener M. Sanguin dès le commencement : j'y suis très résolue. Il n*\ a qu'à voir ces messieurs pour ne vouloir jamais les

niant, mais frivole. Nous choisissons quelques pages où elle montre bien quelle les aimait tous deux, malgré les traits ironiques qu'elle leur décoche si souvent.

1 Demoiselle de compagnie de Mmc de Coulanges.

mettre en possession de son corps : c'est de l'arrièremain qu'ils ont tué Beaujeu '. J'ai pensé vingt fois à Molière depuis que je vois tout ceci. J'espère cependant que cette pauvre femme échappera, malgré tous leurs mauvais traitements : elle est assez tranquille, et dans un repos qui lui donnera la force de soutenir le redoublement de cette nuit.

[A Mmc de Grignan] Livry, 7 octobre 1076.

Je disais l'autre jour à Mmc de Coulanges que Beaujeu avait eu sur elle l'extrême-onction, et qu'on lui avait crié : Jésus Maria. Elle me répondit avec une voix de l'autre monde : « Hé, que ne me le criait-on ? je le méritais autant qu'elle. » Que dites-vous de cette ambition ? Écrivez au petit Coulanges ; il a été digne de compassion : il perdait tout, en perdant sa femme. Ce fut une chose fort touchante quand elle fît écrire à M. du G\ié pour lui recommander M. de Coulanges, et cela par conscience et par justice, reconnaissant de l'avoir ruiné, et demandant à M. et à Mmo du Gué cette marque de leur amitié comme la dernière. Elle leur demandait pardon, et leur bénédiction en même temps. Je vous assure que ce fut une scène fort triste. Vous écrirez donc à ce pauvre petit homme, qui est parfaitement content de mon amitié : en vérité, c'est dans ces occasions qu'il faut la témoigner.

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