QUERELLES DE GENTILSHOMMES
[A Bussy-Rabutin] Paris, 25 novembre 10o;J.
Le prince d'Harcourt et la Feuillade eurent querelle avant-hier chez Jeannin ; le prince disant que le chevalier de Gramont avait l'autre jour ses poches pleines d'argent, il en prit à témoin La Feuillade, qui dit que cela n'était point, et qu'il n'avait pas un sou. « Je vous dis que si. — Je vous dis que non. — Taisez-vous, La Feuillade. — Je n'en ferai rien. » Là-dessus, le prince lui jette une assiette à la tête; l'autre un couteau; ni l'un ni l'autre ne porte : on se met entre deux; on les fait embrasser. Le soir ils se parlent au Louvre, comme si de rien n'était. Si vous avez jamais vu le procédé
1 Mme de Montespan perdit 4 millions en une séance : elle força les banquiers dp jouer jusqu'à ce qu'elle eût regagné cette somme.
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des académistes1 qui ont campo, vous trouverez que cette querelle y ressemble fort.
[A Mmc de Griynan] Paris, H décembre 1673.
Voici une querelle qui faisait la nouvelle de Saint- Germain. M. le chevalier de Vendôme et M. de Vivonne font les amoureux de Mme de Ludres. M. le chevalier de Vendôme veut chasser M. de Vivonne. On s'écrie : « Et de quel droit? » Sur cela, il dit qu'il veut se battre contre M. de Vivonne : on se moque de lui. Non ! il n'y a point de raillerie : il veut se battre, et monte à cheval, et prend la campagne. Voici ce qui ne peut se payer, c'est d'entendre Vivonne : il était dans sa chambre, très mal de son bras2, recevant les compliments de toute la cour; car il n'y a point eu de partage. « Moi, messieurs, dit-il, moi me battre; il peut fort bien me battre s'il veut, mais je le le défie de faire que je veuille me battre : qu'il se fasse casser l'épaule; qu'on lui fasse dix-huit incisions ; et puis (on croit qu'il va dire « et puis nous nous battrons »), et puis, dit-il, nous nous accommoderons. Mais se moque-t-il de vouloir tirer sur moi? Voilà un beau dessein; c'est comme qui voudrait tirer dans une porte cochere:1. Je me repens bien de lui avoir sauvé la vie au passage du Rhin : je ne veux plus faire de ces actions sans faire tirer l'horoscope de ceux pour qui je les fais ; eussiez-vous jamais cru que c'eût été pour me percer le sein que je l'eusse remis sur la selle? » Mais tout cela d'un ton et d'une manière si folle, qu'on ne parlait d'autre chose à Saint-Germain.
1 Les jeunes gens qui fréquentent les écoles appelées « académies ». -' Il avut été blessé au passage du Rhin. : M. de Vivonne était fort gros.
# [A 3/me de Grignan] Paris, 28 juillet 1677.
D... * entra hier à la Bastille, pour avoir, chez MmG la comtesse de Soissons, levé la canne sur L..., et l'avoir touché, dit-on, quoique légèrement; le comte de Gramont se mit entre deux; les menaces furent vives. L... dit à D... qu'il était un lâche, et que clans un autre lieu il n'aurait pas fait tant de bruit. Mme la comtesse alla demander justice au roi contre l'insolence commise dans sa maison. Le roi lui dit qu'elle devrait se l'être faite à elle-même. Le cardinal de Bonzi lui fît des excuses pour D...; elle dit que c'était l'affaire du roi; que si elle eût été chez elle, elle l'eût fait jeter par les fenêtres. D... est à la Bastille; on va faire des compliments; je voudrais bien aller chez la L..., et faire compliment à D...; si vous ne voulez pas, je n'en ferai point du tout. La dispute était sur huit cents louis que doitL..., et qu'il veut que D... prenne sur Monsieur. « Vous me les payerez. — Je n'en ferai rien » ; et le reste. On est si avide de nouvelles, qu'on a pris cette " guenille, et qu'on ne parle d'autre chose.
[A M™' de Grignan] Paris, 30 juillet 1077.
D... est hors de la Bastille. Comme ce n'était que pour contenter Mme la comtesse, et que ce n'était ni pour le roi de France ni pour le roi d'Espagne; elle n'a pas poussé sa colère plus loin que les vingt-quatre heures. Ils seront accommodés devant les maréchaux de France. Cela est dur à D...; il faudra qu'il dise qu'il n'a point donné de coups de bâton, et les injures atroces lui demeureront. Tout ce procédé est si désagréable, qu'un homme que vous reconnaîtrez a dit que quand les joueurs ont tant de patience, ils devraient donner leurs épées aux cartes.
1 Suivant les uns, il est question ici du comte d'Effiat et de Al. de Louvigny; selon les autres (et c'est plus vraisemblable) de Dangeau et de Langlce.
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