DEFENSE DE LA REINE
ni en théologie, ni en politique, nous avons donné des scènes à mourir de rire, cepiendant sans nous brouiller jamais. »
Mme de Staël n'avait pu sauver Marie* Antoinette. Elle tenta d'apitoyer ses juges et écrivit ses Réflexions sur le procès de la reine. C'était un appel aux femmes. Les plus héroïques ne pouvaient rien alors que tuer comme Charlotte Corday ou se faire tuer comme Mme Roland. La Terreur écrasait littéralement Mme de Staël. Tout travail lui devint impossible. Elle se rejeta dans les réflexions et dévora sa douleur. L'expression en déborde dans ses livres : elle est trop directe et trop perçante pour n'être point vraie : « S'éveiller sans espoir, traîner chaque minute d'un long jour comme un fardeau pénible, ne plus trouver d'intérêt ni de vie à aucune des occupations habituelles, regarder la nature sans plaisir, l'avenir sans projet.... »
Mme Necker mourut au mois de mai 1794. Necker était de ces âmes excellentes qui n'oublient leurs propres chagrins qu'en consolant ceux d' autrui. Il se consacra à sa fille. Il lui apprit à s'occuper de ses enfants : elle avait deux fils, et leur éducation commença de remplir, en partie, ses journées vides. Ce que Necker fut pour elle, elle l'a dit partout et sous toutes les formes; elle ne l'a peut-être nulle part exprimé si bien que dans ce passage de Delphine :
a Vous avez entendu parler de l'esprit et des rares talents de mon père, mais on ne vous a jamais
peint rincroyable réunion de raison parfaite et de sensibilité profonde qui fait de lui le plus sûr guide et le meilleur des amis.... Il écarte de ma pensée tout ce qui la tourmente ; il a étudié le cœur humain pour mieux le soigner dans ses peines.... Le cœur a besoin de quelque idée men^eilleuse qui le calme et le délivre des incertitudes et des terreurs sans nombre que l'imagination fait naître; je trouve ce repos nécessaire dans la conviction où je suis que mon père porte bonheur à ma destinée. »
Elle se montra mère aussi attentive que fille passionnée et amie admirable; mais sa destinée n'était ni de s'absorber dans la famille ni de se laisser bercer par des affections simples. Il n'y avait point « d'idée merveilleuse » qui pût apaiser son insatiable soif d'illusions et qui pût la défendre des surprises de son cœur. L'épreuve qu'elle venait de traverser l'avait guérie de Téblouissement; elle était sans garde contre le plus décevant des prestiges, l'admiration du génie méconnu et la pitié pour l'infortune. Elle avait éprouvé la déception des passions brillantes, nées dans les temps prospères; elle allait s'exposer à la déception plus funeste des passions tragiques, conçues dans les orages. « Ce n'est pas, dit Corinne, le premier amour qui est ineffaçable, il vient du besoin d'aimer; mais lorsqu'après avoir connu la vie, et dans toute la force de son jugement, on rencontre l'esprit et l'âme que l'on avait jusqu'alors vainement cherchés, l'imagination est subjuguée par la vérité, et l'on a raison d'être mal-