CONFLIT AVEC BONAPARTE
gleterre rendait toutes ses conquêtes!... » « Je retardai mon retour à Paris pour ne pas être témoin de la grande fête de la paix.... » Enfin tous les signes d'une illusion qui la domine désormais et qu'elle ne perdra qu'en 1815, après l'épreuve de deux invasions étrangères et la déception de deux restaurations royales : c'est que l'Europe ne demande qu'à donner la paix à la France dans la frontière du Rhin; que la France ne demande qu'à jouir de la liberté politique dans une- constitution imitée de l'Angleterre ; qu'il n'y a donc qu'un obstacle au règne de la justice et au bonheur du monde : la personne de Bonaparte. Mme de Staël n'ira pas jusqu'à approuver les attentats contre la vie du premier consul, elle les flétrira toujours; mais elle souhaitera la chute de Bonaparte, même au prix de la défaite des armées françaises.
En voilà plus qu'il ne fallait pour jeter hors de lui un homme tel que le premier consul. « Elle monte les têtes dans un sens qui ne me convient pas », disaitil. Necker publia un livre : Dernières vues de politique et de finances. 11 « se sentait le désir d'écrire contre la tyrannie d'un seul, après avoir si longtemps combattu celle de la multitude ». Il traça d'avance « tout l'échafaudage » de la monarchie impériale. Cet écrit irrita Bonaparte autant que l'avait flatté la fameuse brochure de Fontanes : Parallèle entre César, Cronnvell, Monk et Bonaparte. 11 accusa Mme de Staël d'induire son père en. erreur sur l'opinion de Paris, et il s'emporta.
11 faut faire ici la part des circonstances, qui étaient encore toutes révolutionnaires, et du caractère de l'homme, qui était plus que despotique. Mais il convient aussi de faire la part du pouvoir absolu et de ses conditions. Les grands meneurs d'hommes n'ont jamais été patients aux cabales féminines.. Mme de Guéméné et Mme de Ghevreuse en ont su quelque chose au temps du Gardinal. On se demande comment Louis XIV, avec son auguste politesse, eût traité la grande dame qui se fût avisée de tenir à Paris une cour de jansénistes ou un cénacle d'esprits forts mêlés à des réformés insoumis. Leur habit n'a point gardé les religieuses de Port-Royal de la brutalité des exempts. Gette réserve faite, il reste bien de la disproportion et du mauvais goût dans les colères et les proscriptions de Bonaparte. Tant de décrets, de police, de gendarmes, de dépêches et de gros mots pour un salon où l'on cause...
Quoi ! vous vous arrêtez aux Hoiigcs d'une femme !
On ne peut s'empêcher de sourire à considérer de loin ces fureurs de lion exaspéré par les chansons de l'oiseau moqueur : l'oiseau s'envole de branche en branche, s'enfuit et chante toujours; le fauve secoue sa crinière, roule les yeux, écume, laboure l'arène et s'évertue vainement. Napoléon grandit Mme de Staël en l'élevant à la dignité de puissance à combattre; il se diminue par l'excès des coups qu'il porte dans le vide pour Técrascr. S'il y a de