L*EXIL
l'intervention de Joseph Bonaparte, elle reçut, le 15 octobre, l'ordre de s'éloigner à quarante lieues de la capitale, à Dijon s'il lui plaisait. Elle préféra voyager. Elle y avait songé déjà, lorsque l'exil s'annonçait. « Toujours un peu romanesque, » comme elle disait, « même en amitié », elle avait proposé, en 1802, à Camille Jordan de l'accompagner en Italie : « Oublier tout ce qui m'oppresse pendant six mois, l'oublier avec vous, que j'aime profondément, sous ce beau ciel d'Italie, — admirer ensemble les vestiges d'un grand peuple, verser des larmes sur celui qui succombe avant d'avoir été vraiment grand, ce serait du bonheur pour moi... ». Camille, qui n'était romanesque qu'en politique, déclina l'invitation. Mme de Staël reprit le projet et le tourna vers l'Allemagne. Elle pensa que ce voyage serait profitable à son fils aîné. L'Allemagne l'attirait. Elle désirait, selon le mot d'un de ses amis, « aller voir elle-même les grands génies », Gœthe et Schiller, alors dans toute leur gloire. Elle y joignait une arrière-pensée : « Je voulais opposer l'accueil bienveillant des anciennes dynasties à l'impertinence de celle qui se préparait à subjuguer la France ». Elle partit, avec ses enfants, au mois de décembre 1803, visita à Metz Charles de Villers, « Villers de Kant », comme on l'appelait, qui lui traça son itinéraire, puis elle s'achemina par Francfort sur Weimar, où Benjamin Constant la rejoignit en janvier.