‹ Mme de StaëlChapitre 44 sur 55 · LA PREMIERE RESTAURATION · texte numérisé non relu

LA PREMIERE RESTAURATION

de TartarieJ c*était une douleur insupportable. » Elle se sentait atteinte et très profondément : l'usure des agitations, le contre-coup des épreuves, le poids de la vie. Ses amis la trouvèrent « pâle et maigre,... changée du tout au tout » .

Elle passa Tété de 1814 à Goppet et revint à Paris avec l'automne. Le monde la rechercha. Son salon se repeupla d'amis; mais les contrariétés renaissaient pour elle de son succès même. On la voit, dans la société de la Restauration, aux prises avec les mêmes difAcultés qu'en l'an m dans la société républicaine. La réaction l'indigne et la révolte; et elle ne s'en cache point. La faction des émigrés lui donne le même spectacle d'intolérance que jadis a l'aristocratie des régicides ». Les royalistes ralliés à Bonaparte rachètent leur servilité idolâtre de la veille par un zèle furieux d'orthodoxie. Bonaparte s'était couché dans le lit de Louis XIV; Louis XVIII s'endort dans le lit de Bonaparte. Les ministres du roi tournent contre la liberté, chancelante dans les lois, tous les artifices du despotisme impérial. Us ménagent les révolutionnaires assujettis et les conservent dans les emplois, mais c'est afin d'anéantir plus sûrement les lois de la Révolution. La Charte n'est qu'un Édit de Nantes dont les ultra-royalistes l^oursuivent perfidement l'abrogation. L'Eglise rédame le monopole de l'éducation du peuple, et prétend recouvrer toutes ses [)rérogatives dans le gouvernement de la pensée . L'armée se remplit d'intrus, officiers d'antichambre, qui, s'ils ont fait

campagne, ne l'ont fait que contre les Français. A ce spectacle, Mme de Staël se réveille patriote, et se réclamant de cette gloire qu'elle réprouvait hier : « Est-ce ainsi, s'écrie-t-elle, que l'on doit traiter vingt -cinq millions de Français qui naguère ont vaincu l'Europe? » Enfin, et pour suprême amertume, les salons ne sont plus que des cohues dont le bruit sourd ne donne point d'écho : « Les courtisans voulaient qu'il fût de bon ton de ne pas parler politique, de ne traiter aucun sujet sérieux ».

Le retour de l'île d'Elbe ne la surprend pas. Elle juge, du premier coup, cet événement funeste : « C'en est fait de la liberté si Bonaparte triomphe, et de l'indépendance nationale s'il est battu ». Elle quitte en hâte Paris où Benjamin, avec sa myopie de sceptique, toujours désorienté dans les crises, se fait la dupe de ce qu'elle nomme « la niaiserie » de VActe additionnel. ¥A\e le lui fait savoir et rudement. Mais, en même temps , elle prêche la paix aux étrangers. Elle adresse à un ami anglais une lettre qui est la seconde édition, revue et appropriée aux circonstances, de ses Réflexions à Pin, de 1795. Après Waterloo, elle écrit au duc de Richelieu : « Le problème consiste dans l'intégrité de la France, le départ des étrangers et la constitution anglaise franchement et sincèrement établie ». C'est tout ce qu'elle attend désormais. Elle est réduite à l'attendre de loin.

La santé, très altérée, de Rocca l'oblige à passer

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