‹ Mme de StaëlChapitre 6 sur 55 · LES PREMIERS ECRITS · texte numérisé non relu

LES PREMIERS ECRITS

tique, Jane Grey\ une tragédie, demeurée en manuscrit, Montmorency ; trois nouvelles : Adélaïde et ThéO' dore ^ ébauche de Delphine \ Pauline ^ imitation de Clarisse \ Mirza ou Lettre d'un voyageur y « anecdote fondée sur des circonstances de la traite des nègres ». Ce sont des compositions sentimentales, « sensibles », comme Fauteur se plaît à le répéter. Quelques lignes seulement, pour en donner le ton : a On m'a aimée quelquefois, dît Mirza; j'ai peutêtre désiré d'être sensible ; je voulais connaître ce sentiment qui s'empare de toute la vie et fait à lui seul le sort de chaque instant du jour. » Mais Mirza a lu, beaucoup trop lu, encore plus causé et réfléchi : a Je n'ai pu, dit-elle, jusqu'à ce jour, ni me tromper ni être trompée. » — oc Mirza, s'écrie Ximéo, que je vous plains ! les plaisirs de la pensée n'occupent pas tout entier ; ceux du cœur seul suffisent à toutes les facultés de l'ame. » Rien, dans ces essais, n'annonce l'écrivain; mais tout y décrit l'état de l'ame et y révèle la femme.

C'est le principal, même le seul intérêt que présente aujourd'hui le plus important de ces ouvrages de jeunesse : les Lettres sur les écrits et le caractère de Jean-Jacques Rousseau. C'est, un grand morceau de variatioiis composé par une jeune virtuose, sur un thème à la mode, pour des concerts de salon : le goût a changé, le genre est faux, la virtuosité est passée de mode; mais l'ouvrage est un aveu, presque un programme de vie. Germaine subit le charme de Rousseau, elle n'est point captivée. C'est une

nuance qui se prononcera davantage avec les années. Elle marque la ligne qui sépare Germaine Necker des deux autres filles littéraires de Jean-Jacques : Mme Roland et George Sand. Mme Roland, c'est VHéloïso incarnée; George Sand, c'est VHéloïse exaltée jusqu'au génie; l'une est toute la vertu, l'autre toute la poésie de Rousseau; Germaine Necker n'est qu^une lectrice enthousiaste et une imitatrice indisciplinée. En réalité, elle se réclame de Rousseau et tâche de s'en inspirer, beaucoup plutôt qu'elle ne procède de lui. Elle n'atteindra jamais dans son style ni la sobriété du Contrat social, ni la simplicité enchanteresse des Confessions; elle ne s'appropriera guère que la rhétorique d'Emile. Pour le fond, son bon sens « inexorable », son esprit politique, l'esprit historique surtout, que l'expérience développera en elle, la conduiront très loin de Jean- Jacques. Il lui manque pour la parfaite pénétration du maître cette communauté de destinée qui forme le lien d'âme entre lui et Manon Phlipon ou Aurore Dupin. La fille de M. Necker ne sent revivre en elle ni Julie ni Sophie; elle ne se déclarera jamais citoyenne de la république du Contrat, Ni ces mœurs, ni ces passions, ni cette politique ne sont de son monde, et elle le signale dans ces deux jugements, dont l'un annonce Thistorien futur et dont l'autre trahit la femme d'esprit : a Montesquieu est plus utile aux sociétés formées; Rousseau le serait davantage à celles qui voudraient se rassembler pour la première fois. » « Les sermons continuels de Julie

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