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L'amour est chez les Grecs, comme toutes les autres passions violentes, un simple effet de la fatalité. Dans les tragédies, comme dans les poèmes, On est sans cesse frappé de ce qui manquait aux affections du cœur, lorsque les femmes n'étaient point appelées à sentir ni à juger. Alceste donne sa vie pour Adinète: mais, avant de -y résoudre, que ne lui fait pas dire Euripide pour engager le père d'Admète à se dévouer à sa place ! Les Grecs peignaient une action généreuse; mais ils ne savaient pas quelles jouissances on peut trouver à braver la mort pour ce qu'on aime, quelle jalousie on peul attacher à n'avoir point de rivaux flans ce sacrifice passionné. On dit, avec raison, qu'on
ne pourrait pas mettre sur le théâtre français la plupart des pièces grecques, exactement traduites : ce ne sont point quelques négligences de l'ail qui empêcheraient d'applaudir à tan! de beautés originales; mais on aurai! de la peine à supporter maintenant un certain. manque de délicatesse dans les expressions sensibles. En étudiant les deux Phèdre, il est surtout facile de se convaincre de cette vérité.
Racine a risqué sur le théâtre français un amour dans le genre grec, un amour qu'il faut attribuer à la vengeance des dieux. Mais combien on voit néanmoins dans le même sujet la différence des siècles et des mœurs ! Euripide aurait pu faire dire à Phèdre :
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée ; C'est Vénus tout entière à sa proie attachée ;
mais jamais un Grec n'aurait trouvé ce vers :
Ils ne se verront plus ;
Ils s'aimeront toujours.
(Chap. il)