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ET LE SENTIMENT DE LA SOLITUDE MORALE

La religion chrétienne, qui, séparée des inventions sacerdotales, est assez rapprochée du pur déisme, a fait disparaître ce cortège d'imagination qui environnait l'homme aux portes du tombeau. La nature, que les anciens avaient peuplée d'êtres protecteurs qui habitaienl les forêts et les fleuves, el présidaient à la nuit comme au jour: la nature est rentrée dans sa solitude, et l'effroi de l'homme s'en est accru (1). La religion chrétienne, la plus philosophique de toutes, est celle qui livre le plus l'homme à lui-même. (Chap. xi.)

L' ALLEMAGNE, GARDIENNE DES IDEES MORALES N É C E S SI T É D E L A M 0 R A L E E X P O L I T I Q UE

Les hommes éclairés de l'Allemagne ont pour la plupart un amour de la vertu, du beau dans tous les genres, qui donne à leurs écrits un grand caractère. Ce qui distingue leur philosophie, c'est d'avoir substitué l'austérité de la morale à la superstition religieuse, lui France, on s'est contenté de renverser l'empire des dogmes. Mais quelle serait l'utilité des lumières pour le bonheur des nations, si ces lumières ne portaient avec elles (pie la destruction, si elles ne développaient jamais aucun principe de vie, et ne donnaient point à l'âme de nouveaux sentiments, de nouvelles vertus à l'appui d'antiques devoirs? Les Allemands sont éminemment propres à la liberté, puisque déjà, dans leur révolution philosophique, ils ont su mettre à la place tles barrières usées qui tombaient de vétusté, les bornes immuables de la raison naturelle.

Si par quelques malheurs invincibles la France était un jour destinée à perdre pour jamais tout espoir de liberté, c'est en Allemagne (pie se concentrerait le foyer des lumières, et c'est dans son sein (pie s'établiraient, à une époque quelconque, les

(h cf. Chateaubriand, Génie 'lu christianisme : La mythologie, i|ni peuplail l'univers d'élégants fantômes, ôtait à la création sa gravité, sa grandeur, sa solitude el sa mélancolie, (-'partie, livre Y, Chap. i" de la lr'' édition. )

M ADAM I M S I M l . !!

principes delà philosophie politique. Nos guerres avec les Anglais mil dû les rendre ennemis de toul ce qui rappelle la France; mais nue impartialité plus, équitable dirigérah les opinions des Allemands.

Ils s'entendent mieux que nous à l'amélioration du sort des hommes; ils perfectionnent les lumières, ils préparenl la convie! ion ; et nous, c'est par la violence que nous avons tout essayé, ton! entrepris, tout manqué. Nous n'avons fondé que des haines, ci les amis de la liberté marchent au milieu de la nation, la tête baissée, rougissant des crimes des uns et calomniés par les préjugés des autres. Vous, nation éclairée, vous, habitants de l'Allemagne, qui peut-être une fois serez, comme nous, enthousiastes de toutes les idées républicaines, soyez invariablement fidèles à un seul principe, qui suffit, à lui seul, pour préserver de toutes les erreurs irréparables. Ne vous permettez jamais une action (pie la morale puisse réprouver; n'écoutez point ce (pie vous diront quelques raisonneurs misérables sur la différence qu'on doit établir entre la morale des particuliers et celle des hommes publics. Cette distinction est d'un esprit faux et d'un cœur étroit; et si nous périssions, ce serai! pour l'avoir adoptée.

Voyez ce que fait le crime au milieu d'une nation : (U^ persécuteurs toujours agités, des persécutés toujours implacables: aucune opinion qui paraisse innocente, aucun raisonnement «pli puisse être écouté ; une foule de faits, de calomnies, de mensonges tellement accumulés sur toutes les têtes, que, dans la carrière civile, il reste à peine une considération pure, un homme auquel un autre homme veuille marquer de la condescendance ; aucun parti fidèle aux mêmes principes; quelques hommes réunis par le lien d'une terreur commune, lien que rompt aisément l'espérance de pouvoir se sauver seul : en lin une confusion si terrible entre les opinions généreuses et les actions coupables, entre les opinions serviles et les sentiments généreux, (pie l'estime errante ne sait où se fixer, et que la conscience se repose à peine avec sécurité sur elle-même.

Il sullil d'un joui- où l'on ail pu prêter un appui par quelques pensées, par quelques discours, à des résolutions qui ont amené des cruautés et des souffrances; il suffit de ce jour pour tourmenter la vie, pour détruire au fond du cœur et le calme et celle bienveillance universelle que faisait naître l'espoir de trouver des cœurs amis partoul où l'on rencontrai! des hommes. Ah! que le nal ions encore honnêtes, (pie les hommes doués de talents

politiques, qui ne peuvent se faire aucun reproche, conservent précieusement un tel bonheur ! et si leur révolution commence, ( jiiils ne recloutent au milieu d'eux que les amis perfides qui

leur conseilleront de persécuter les vaincus.

La liberté donne des forces pour sa défense, le concours des intérêts fait découvrir toutes les ressources nécessaires, l'impulsion des siècles renverse tout ce qui veut lutter pour le passé contre l'avenir : mais l'action inhumaine sème la discorde, perpétue les combats, sépare en bandes ennemies la nation entière: et ces fils du serpent de Cadmus. auxquels un dieu vengeur n'avait donné la vie qu'en les condamnant à se combattre jusqu'à la mort, ces tils du serpent, c'est le peuple, au milieu duquel l'injustice a longtemps régné. (Chap. xvn.)

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