‹ Mme de StaëlChapitre 28 sur 112 · LES FEMMES CE LE BEE S · texte numérisé non relu

LES FEMMES CE LE BEE S

Si la situation des femmes est très imparfaite dans l'ordre civil, c'est à l'amélioration de leur sort, et non à la dégradation tic leur esprit, qu'il faut travailler. Il est utile aux lumières et au bonheur de la société que les femmes développent avec soin leur esprit et leur raison. Une seule chance véritablement malheureuse pourrait résulter de l'éducation cultivée qu'on doit leur donner : ce serai i si quelques-unes d'entre elles acquéraient des facultés assez distinguées pour éprouver le besoin de la gloire : mais ce hasard même ne porterait aucun préjudice à la société, et ne serait funeste qu'au très petit nombre de femmes que la nature dévouerait au tourment d'une importune supériorité.

S'il existait une femme séduite par la célébrité de l'esprit, et qui voulût chercher à l'obtenir, combien il serait aisé de l'en détourner s'il en était temps encore! On lui montrerait à quelle affreuse destinée elle serait prête à se condamner. Examinez l'ordre social, lui dirait-on, et vous verrez bientôt qu'il est tout entier armé contre une femme qui veut s'élever à la hauteur de la réputation des hommes.

Dès qu'une femme est signalée comme une personne distinguée, le public en général est prévenu contre elle. Le vulgaire ne juge jamais que d'après certaines règles communes, auxquelles on peut se tenir sans s'aventurer. Tout ce qui sort de ce cours habituel déplaît d'abord à ceux qui considèrenl la routine de la vie comme la sauvegarde de la médiocrité. Un homme supérieur déjà les effarouche; mais une femme supérieure, s'éloignant encore plus du chemin frayé, doit étonner et par conséquent importuner davantage. Néanmoins un homme distingué ayant presque toujours une carrière importante à parcourir, ses talents peuvent devenu utiles aux intérêt- de ceux mêmesqui attachenl le moins de prix aux charmes de la pensée. L'homme de génie peut devenir un homme puissant. ,11 ce rapport, les envieux et les ots le ménagent : mais une femme spirituelle n'est appelée à leur offrir que ce qui les inté- , le moins, des idées nouvelles ou des sentiments ''levés : -a célébrité n'est qu'un lirait fatigant pour eux.

La gloire même peul être reprochée à une femme, parce qu'il y a contraste entre la gloire et sa destinée naturelle. L'austère vertu condamne jusqu'à la célébrité de ce qui est bien en soi, comme portant une sorte d'atteinte à la perfection de la modestie Les hommes d'esprit, étonnés de rencontrer des rivaux parmi les femmes, ne savent les juger, ni avec la générosité d'un adversaire, ni avec l'indulgence d'un protecteur : et dans ce combat nouveau, ils ne suivent ni les lois de l'honneur, ni celles de la bonté.

Si, pour comble de malheur, c'était au milieu des dissensions politiques qu'une femme acquît une célébrité remarquable, on croirait son influence sans bornes alors même qu'elle n'en exercerait aucune : on l'accuserait de toutes les actions de ses amis ; on la haïrait pour tout ce qu'elle aime, et l'on attaquerait d'abord l'objet sans défense avant d'arriver à ceux que l'on pourrait encore redouter.

Rien ne prête davantage aux suppositions vagues que l'incertaine existence d'une femme dont le nom est célèbre et la carrière obscure. Si l'esprit vain de tel homme excite la dérision, si le caractère vil de tel autre le fait succomber sous le poids du mépris, si l'homme médiocre est repoussé, tous aiment mieux s'en prendre à cette puissance inconnue qu'on appelle une femme. Les anciens se persuadaient (pie le sort avait traversé leurs desseins quand ils ne s'accomplissaient pas. L'amour-propre aussi de nos jours veut attribuer ses revers à des causes secrètes, et non à lui-même : et ce serait l'empire supposé des femmes célèbres qui pourrait, au besoin, tenir lieu de fatalité.

Les femmes n'ont aucune manière de manifester la vérité ni d'éclairer leur vie. C'est le public qui entend la calomnie, c'esl la société intime qui peut seule juger de la vérité. Quels moyens authentiques pourrait avoir une femme de démontrer la fausseté d'imputations mensongères? L'homme calomnié répond par ses actions à l'univers ; il peut dire :

Ma vie est an témoin qu'il faut entendre aussi.

Mais ce témoin, quel est-il pour une femme? quelques vertus privées, quelques services obscurs, quelques sentiments renfermés dans h' cercle étroil de sa destinée, quelques écrits qui la lVniiit connaître dans les pays qu'elle n'habite pas, dans les années où elle n'existera plu-.

In homme peut, même dans ses ouvrages, réfuter les calom-

nies donl il est devenu l'objet : niais pour les femmes, se <lèîendre est un désavantage de plus: se justifier, un bruit nouveau. Les femmes sentent qu'il y a dans leur nature quelque chose de pur et de délicat, bientôt flétri par les regards mêmes du public: l'esprit, les talents, une âme passionnée, peuvent les faire sortir du nuage qui devrait toujours les environner : mais sans cesse elles le regrettent comme leur véritable asile.

L'aspect de la malveillance fait trembler les femmes, quelque distinguées qu'elles soient. Courageuses clans le malheur, eues sont timides contre l'inimitié: la pensée les exalte, mais leur caractère teste faible et sensible. La plupart des femmes auxquelles des facultés supérieures ont inspiré le désir de la renommée, ressemblent à Herminie revêtue des armes du combat; les guerriers voient le casque, la lance, le panache étincelant ; ils croient rencontrer la force, ils attaquent avec violence, et dès les premiers coups ils atteignent au cœur.

Non seulement les injustices peuvent altérer entièrement le bonheur et le repos d'une femme, mais elles peuvent détacher d'elle jusqu'aux premiers objets des affections de son cœur. Qui sait si l'image offerte par la calomnie ne combat pas quelquefois contre la vérité des souvenirs? Qui sail si les calomniateurs, après avoir déchiré la vie, ne dépouilleront pas jusqu'à la mort des regrets sensibles qui doivent accompagner la mémoire d'une femme aimée?

Dans ce tableau, je n'ai encore parlé que de l'injustice des hommes envers les Eemmes distinguées : celle des femmes aussi n'est-elle point à craindre? N'excitent-elles pas en secret la malveillance des hommes? Font-elles jamais alliance avec une femme célèbre pour la soutenir, pour la défendre, pour appuyer ses pas chancelants?

(V n'est pas tout encore : l'opinion semble dégager les hommes de tous les devoirs envers une femme à laquelle un esprit supérieur serait reconnu : on peut être ingrat, perfide, méchant envers elle, sans que l'opinion se charge de la venger. West-elle pas une femme extraordinaire? Tout est dit alors ; on l'abandonne à ses propres forces, on la laisse se débattre avec la douleur. L'intérêt qu'inspire une femme, la puissance qui garantit un homme, tout lui manque souvent à la fois : elle promène sa singulière existence, comme les Parias de l'Inde, entre toutes les classes dont elle ne peut être, toutes les classes qui la considèrenl comme devant exister par elle seule : objet de la

curiosité, peut-être de l'envie et ne méritant en effet que la

pitié (1). (Chai), iv.i

CONCLUSION. — RKiiRETS

J'ai tâché de rassembler, dans cet ouvrage, mus les motifs qui peuvent faire aimer les progrès des lumières, convaincre de l'action nécessaire de ces progrès, et par conséquent engager les bons esprits à diriger cette force irrésistible, dont la cause existe dans la nature morale, comme dans la nature physique est renfermé le principe du mouvement. L'avouerai-je cependant? à chaque page de ce livre où reparaissait cet amour de la philosophie et de la liberté, que n'ont encore étouffé dans mon cœur ni ses ennemis, ni ses amis, je redoutais sans cesse qu'une injuste et perfide interprétation ne me représentât comme indifférente aux crimes que je déteste, aux malheurs que j'ai secourus de tonte la puissance que peut avoir encore l'esprit sans adresse. et l'âme sans déguisement.

D'autres bravent la malveillance, d'autres opposent à ses calomnies, ou la froideur, ou le dédain : pour moi, je ne puis me vanter de ce courage, je ne puis dire à ceux qui m'accuseraient injustement-, qu'ils ne troubleraient point ma vie. Non, je ne puis le dire: et soit (pie j'excite ou que je désarme l'injustice, en avouant sa puissance sur mon bonheur, je n'affecterai point une force d'âme (pie démentirait chacun de mes jours, .le ne sais quel caractère il a reçu du ciel, celui qui ne désire pas le suffrage d^ hommes, celui qu'un regard bienveillant ne remplit pas du sentiment le plus doux, et qui n'est pas contristé par la haine, longtemps avant de retrouver la force qu'il faut pour la mépriser.

Néanmoins cette faiblesse de cœur ne doit altérer en rien le jugemenl que l'on porte sur les idées générales. A quelque peine (pie l'on puisse s'exposer en l'exprimant, il faut la braver : l'on ne développe utilement que les principes dont on est intimement convaincu. Les opinions (pie vous voudriez soutenir contre voire persuasion, vous ne pourrie/, ni les approfondir par l'analyse, ni les animer par l'expression. Plus l'espril est

Mi On sent dans tout ceci l'apologie personnelle et le besoin qu'éprouvai! Mme de Staël 'If se défendre contre les attaques dont clic était l'objet à cette époque (1800).

naturel, plus il est incapable de conserver aucune force, quand l'appui de la conviction lui manque. L'on doit doue s'affranchir, s'il se peut, des craintes douloureuses qui pourraient troubler l'indépendance des méditations, confier sa vie à la morale, sou bonheur à ceux qu'on aime, et ses pensées au temps, l'allié fidèle de la conscience et de la vérité.

Quel triste et douloureux appel toutefois pour les âmes qui auraient besoin d'obtenir chaque jour l'approbation constante de tous" ceux cpii les environnent ! Ah ! qu'on était heureux il y a dix années, lorsque, entrant dans le inonde plein de confiance dans ses forces, dans les amis qui s'offraient à vous, dans la vie qui n'avait point encore démenti ses promesses, on ne rencontrait ni des partis injustes, ni des haines envenimées, ni di^ rivaux, ni des jaloux! Ton n'était alors, aux regards de tous, qu'une espérance.; et qui n'accueille pas l'espérance! Mais, dix ans après, la route de l'existence est déjà profondément tracée, les opinions qu'on a montrées ont heurté des intérêts, des passions, des sentiments, et votre âme et votre pensée n'osent plus s'abandonner en présence de tous ces juges irrités : l'imagination peut-elle résister à cette foule de souvenirs pénibles qui vous assiègent à tous les moments? La réflexion les domine ; mais je le crains bien, il n'est plus possible de conserver ce caractère jeune, ce cœur ouvert à l'amitié, cette âme. non encore blessée. qui colorait le style, quelque imparfait qu'il pût être, par des expressions sensibles et confiantes.

Tel qu'il est cependant, je le publie cet ouvrage : alors qu'on a cessé d'être inconnue, encore vaut-il mieux donner de ce qu'on peut être une idée vraie, que de s'en remettre au perfide hasard i\v> inventions calomnieuses. Mais qu'on voudrait, au prix de la moitié de la vie qui reste à parcourir, ne pas être entrée dans la carrière des lettres et de la publicité qu'elles entraînent ! Le- premiers |>as qu'on fait dans l'espoir d'atteindre à la réputation sont pleins de charmes, on est satisfaite de s'entendre nommer, d'obtenir un rang dans l'opinion, d'être placée sur une ligne à pari : mais si l'on y parvient, quelle solitude, quel effroi n'éprouve-t-on pas! on veut rentrer dans l'association commune, il n'est plus temps. L'on peut aisément perdre le peu d'éclat qu'on avait acquis; mais il n'est plus possible de retrouver l'accueil bienveillant qu'obtiendrail l'être ignoré. Qu'il imporie de veiller sur la première impulsion qu'on donne au cours il" sa destinée! c'est elle qui peut sans retour éloigner du bonheur. Vainement les goûts se modifient, les inclinations

changenl ainsi que le caractère : il faut rester la même puisqu'on vous croil la même: il faut tâcher d'avoir quelques succès nouveaux puisqu'on vous bail encore pour les succès passés; il faut tramer cette chaîne dv< souvenirs de vu- premières années, des jugements qu'un a portés sur vous, de l'existence enlin telle qu'on vous la suppose, telle qu'on croil que vous la voulez. Vie malheureuse et unis fois malheureuse! qui éloigne peutêtre de vous des êtres que vous auriez aimés, qui se seraient attachés à vous, si de vains bruits n'avaient épouvanté les affections qui se nourrissent du calme et du silence (1). 11 faut néanmoins user la trame de cette vie telle qu'elle est formée, puisque l'imprudence de la jeunesse en a ti<>é les premiers fils, et chercher dans les liens chéris qui nous restent et dans les plaisirs de la pensée, quelques secours contre les blessures du cœur. (Chap. ix.)

Voilà Mme de Staël, non pas encore brouillée ouvertement, mais en lutte sourde avec le Premier Consul. Le livre De I" littérature n'a fait que l'indisposer contre elle ; il lui attribue les attaques qui partent du Tribunal M. Necker tremble pour sa fille : il voit Bonaparte à Genève, en mai 1800. avant la campagne de Marengo et cherche à radoucir. Vlais Mme de Staël néglige les conseils paternels; elle s'agite, intrigue, lance contre son ennemi une pluie d'épigrammes, qui l'irrite. « Je prends tout au sérieux, moi!» disait-il. D'ailleurs, elle est au mieux avec la famille du Premier Consul, Klisa, Lucien, Joseph; elle se croit protégée; elle pense qu'il n'osera pas. Le fait est qu'il n'ose pas : il la ménage encore. Ainsi se passe l'année 1801.

Mais le pouvoir du Premier Consul grandit. 11 veut frapper un coup décisif et briser l'opposition du Tribunal. En janvier 1S02. il - élimine » vingl membres, parmi lesquels le confident, l'ami. VàUer ego de Mme de Staël : Benjamin Constant. Voilà la guerre déclarée. Mme de Staël relève le ganl : « Éliminer? il veut dire écrémer le

il) Mme de Staël a repris plus tard el développé dans Coi cet te idée de la solitude du génie, gui effraye et écarte l'amour.

Tribunat ! » Le Concordat achève de l'exaspérer. Voilà donc ce que méditait celui qu'on appelail jadis » un philosophe à la tête des années » ! Tl établit en France une religion d'État, et quelle religion? Le catholicisme! Bonaparte dira plus tard à Sainte-Hélène : C'est l'acte pour lequel j'ai rencontré l'opposition la plus vive, o Cela est très juste. Mme de Staël et son parti ne le lui ont jamais pardonné (1).

11 semble bien qu'à cette époque (1802) Aime de Staël es1 L'âme d'un complot effectif contre le Premier Consul; Bernadette en est le bras. Mais, au dernier moment, le prudent Béarnais se récuse : Mme de Staël reste seule, à découvert. Elle part pour la Suisse avec M. de Staël, qui meurt pendant le voyage ; il ne s'était réconcilié avec elle que pour mourir.

En août 1802, Bonaparte est proclamé consul à vie. M. Xecker. dont les intentions sont excellentes, mais qui vit en Suisse, et qui ignore ce que l'on peut dire à Taris, l'appelle dans ses Dernières vues de politique et île fincM « l'homme nécessaire ». « H veut donc me faire couper le cou ! » s'écrie Bonaparte. Point de doute : c'est Mme de Staël qui a inspiré ce mot ! Les Xecker père et fille l'exaspèrent. Mme de Staël est en Suisse? Qu'elle y reste! Défense de venir à Paris. Mme de Staël écrit, fait écrire, supplie, s'agite; M. Xecker rédige des lettres polies et cérémonieuses à Lebrun, au Premier Consul : peines perdues.

Cependant Mme de Staël, dans sa réclusion forcée, met la dernière main à son roman de Delphine; ce livre paraît en décembre 1802. Qu'est-ce que Delphine?

1° D'abord, comme tous 1rs ouvrages de Mme de Staël, c'est un livre rempli d'elle, de ses passions, de ses rêves, de son amour de la gloire et de la liberté. L'éloge de la liberté - qui bouillonnait dans le sanu' du vieux Corneille)), l'appel à la - France silencieuse (2) » dans ce Paris enfiévré

Mi Voir, dans le livre «les Circonstances actuelles, le plaidoyer en Eaveur du protestantisme, que l'auteur eût voulu voir adopter comme religion d'Etat.

' (kjj Cf. Préfa '■ de Delphine.

de 1803, à la veille de la conspiration de Oadoudal, du procès de Moreau, retentissent comme un appel aux armes. Explique qui Vaudra la contradiction ; c'est au momenl où elle sollicite son ennemi, qu'elle lance contre lui cet audacieux défi. Mais Delphine, c'est encore, c'est surtout le cri de douleur de la créature opprimée, qui souffre de ses passions, certes, mais aussi de l'état social, de l'asservissement de la femme, des préjugés de la morale mondaine. « Tu homme doit savoir braver l'opinion, une femme doit s'y soumettre. » C'est l'épigraphe du livre ; mais contre cette épigraphe tout le livre proteste.

2° Delphine est la première grande œuvre de Mme de Staël dans le domaine de l'imagination ; Zulma, Mirza n'étaient que des amusements de jeunesse ; les Passions, le livre De la Littérature sont des ouvrages de philosophie et de critique. On lui reconnaissait les dons supérieurs de l'intelligence; on niait sa faculté créatrice. Del phi ne est un éloquent démenti aux jugements des envieux. Etre vivant et souffrant, nature d'élite, née des larmes de l'auteur, elle est à certains égards sa vivante image ; mais elle est plus encore. Elle est l'image de toutes les âmes passionnées qui souffrent de la vie, parce qu'elle s'oppose à leurs élans, à leurs désirs, et qui succombent, mais non sa us noblesse, dans cette lutte inégale.

3° Enfin Delphine est un roman mondain. C'est le livre d'une femme du monde qui décrit ce qu'elle connaît et ce qu'elle aime le mieux : la société. Ils sont rares dans notre littérature, les livres d'imagination, qui nous peignent au naturel la vie de la société aristocratique d'autrefois. Ils ne sont pas, en général, écrits par des personnes de cette société. 11 faut être initié pour connaître les mystères, les rites, la franc-maçonnerie de la vie mondaine. A cet égard, les romans de Mme de La Fayette et ceux de Mme de Staël méritent notre confiance, La société du Consulat se reconnut dans Delphine; l'œuvre contient plus d'un portrait, plus d'une allusion. Mme de Vernon-Talleyrand, Lebensei-Benjamin Constant. Mme Récamier-Thérèse d'Er- \ i ns, le duc de Mendoce-Lucchesini, Serbellane-Melzi et

Madame m StaI l. •*

tant d'autres amusèrent, piquèrent, excitèrent la curiosité des salons d'alors. Mme de Staël était une femme d'inliniment d'esprit ; on l'oublie trop de nos jours. Cet esprit étineelant, parfois satirique et caustique, fit en partie le succès du livre ; il anime encore de nos jours ces figures un peu pâlies d'une des époques les plus curieuses de notre histoire.

Delphine d'Albémar, jeune veuve généreuse et romanesque, a abandonné une partie de l'héritage de son mari à une parente de celui-ci, Mme de Vernon, qui veut marier sa fille, Mathilde, avec un gentilhomme, Léonce de Mondoville. Mais Delphine s'éprend d'un intérêt passionné pour Léonce, qui bientôt ne pense plus à la froide et pieuse Mathilde et n'a d'yeux que pour Delphine. Sur ces entrefaites, l'imprudente Delphine permet à une amie mariée, Thérèse d'Ervins, de se rencontrer dans sa maison une dernière fois avec l'homme qu'elle aime. Le mari survient ; un duel a lieu, et voilà Delphine compromise ; elle laisse croire généreusement qu'elle est l'objet de ce duel. Léonce, induit en erreur par Mme de Vernon, abandonne celle qu'il aime et se résout à épouser Mathilde. Mais bientôt il découvre la vérité, prend sa femme en horreur et revient à Delphine. Celle-ci se réfugie en Suisse pour fuir cet amour et, après une série d'événements romanesques, se retire dans un couvent. Mais Léonce l'en arrache, après la mort de sa femme et de son enfant. Il l'emmène dans son pays natal, en Vendée ; mais il ne peut l'épouser, à cause de l'opinion qui ne lui permet pas de prendre pour femme une ancienne religieuse. Jl se jette dans la guerre civile qui vient d'éclater (1703). il est fait Lprisonnier, condamné à être fusillé. Delphine l'accompagne sur le lieu de l'exécution, s'empoisonne et meurt entre ses bras.

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