SCHILLER
La première fois que j'ai vu Schiller, c'était dans le salon du duc et de la duchesse de Weimar (1), en présence d'une société aussi éclairée qu'imposante; il lisait très bien le français, mais il ne l'avait jamais parlé : je soutins avec chaleur la supériorité de notre système dramatique sur tous les autres ; il ne se refusa point à me combattre, et. sans s'inquiéter des difficultés et des lenteurs qu'il éprouvait en s'exprimant en français, sans redouter non plus l'opinion des auditeurs, qui était contraire à la sienne, sa conviction intime le fit parler. Je me servis d'abord, pour le réfuter, des armes françaises, la vivacité et la plaisanterie : mais bientôt je démêlai, dans ce que disait Schiller, tant d'idées à travers l'obstacle des mots : je fus si frappée de cette simplicité de caractère, qui portait un homme de génie à s'engager ainsi dans une lutte où les paroles manquaient à ses pensées, je le trouvai si modeste et si insouciant dans ce qui ne concernait que ses propres succès, si fier et si animé dans la défense de ce qu'il croyait la vérité, que je lui vouai, dès cel instant, une amitié pleine d'admiration.
Atteint, jeune encore, par une maladie sans espoir, ses enfants, sa femme, qui méritait par mille qualités touchantes l'attachement qu'il avait pour elle, ont adouci ses derniers moments. Mme de Wollzogen, une amie digne de le comprendre, lui demanda, quelques heures avant sa mort, comment il se trouvait : Toujours />/ us tranquille, lui répondit-il. En effet, n'avait -il pas raison de se confier à la Divinité, dont il avait secondé le règne sur la terre? n'approchait-il pas du séjour des justes? n'est -il pas dans ce moment auprès de ses pareils, el n'a-t-il pas déjà retrouvé les amis qui nous attendent? (IIe partie, cliap. xii i . )
il) Schiller était en uniforme «le mur. et Mme de Staël le prit pour un général. Ils parlèrenl de Kant et du draine français. La seule chose qui me fatigue chez elle, écrit Schiller à Goethe le 21 décembre 1803, ''est l'agilité admirablement extraordinaire de sa langue, qui vous oblige, pour le moins, à vous transformer en pur organe de l'ouïe. Malgré mon peu d'habitude du français, je me tire passablement d'affaire avçc elle.