‹ Mme [i.e. Madame] de Ste-Agnès; comédie vaudeville en un acteChapitre 3 sur 7 · M. DE SAINTE- AGNÈS, D'HÉRISSEL · texte numérisé non relu

M. DE SAINTE- AGNÈS, D'HÉRISSEL

d'hérissel.

ïh! arrivez donc , monsieur le receveur-ge'neral.

SAINT-AGNÈS

Ce cher d'Herissel... ( Ils s'embrassent. ) C'est par un officier de ton re'giment que j'ai appris ton arrive'e. d'hëbissee,.

Embrassons-nous encore.

SAINTE-AGNÈS

'^uel plaisir de revoir un ancien ami!

D'nÉRISSEL.

Un compagnon de folies.... qui a partage' toutes mes fredaines.

Tais-toi donc.

d'hérissël.

Pourquoi cela?., est-ce que tu es devenu sage? eât-ce que tu n'aimes plus le plaisir ?

SAINTE-AGNÈSi

Au contraire, ulon ami; plus que jamais... d'autant mieux que maintenant il est si rare !

d'héhissel , à part.

Ce qu'on m'a dit est donc vrai?.., ( Haut. ) Et ta femme....

SAINTE-AGNÈS

Parle plus bas... Oui, mon ami.... j'ai une femme admirable que j'estime; que j'ai épousée par inclination... car elle est fort bien... et puis une vertu terrible.

DUÉRISSEL.

Je te fais compliment.

8AJNTE-AGNÈ8.

Tu es bien bon.

d'uérissel.

Moi aussi , je me suis marie'.... j'ai e'pouse' la femme.... la femme la plus aimable.

SAINTE-AGNÈS

Ah ! que tu es heureux ! .

d'hérissel.

Dix-huit à vingt ans... légère, étourdie, courant tous les plai sirs. . . les concerts , les bals , les spectacles. . auxquels j é ta is toujours obligé de la suivre.

SAINTE-AGNÈS

Et tu te plains !.... Dieu! que je voudrais être à ta place.

Y penses-tu?

SÂINTE-ÂGNÈS.

Oui, mon ami... être heureux est, selon moi , l'essentiel

•en tnenage... et jusqu'à pre'sent j'ai trouva dans le mien île

la morale et des principes plus qu'il ne m'en fallait pour mon

usage particulier... Mais pour du bonheur, je n'en ai point

encore entendu parler.

d'hérissel.

Comment cela ?

SAINTE-AGNÈS, regardant autour de lui.

Ma femme qui, comme je te le dis, est une femme admirable, est d'une se've'rite', d'un rigorisme... qui ne laisse rien passer... Elle m'aime bien , mais elle n'aime pas mes de'fauts et comme mes de'fauts font une partie essentielle de nloi-méine j'y tiens.

d'hérissel.

On tient à ce qu'on a.

SAINTE-AGNKS.

AîR de l'Homme f^ert.

De tout elle se formalise; Elle se fâche au moindre mot, T.t tous les jours me moralise , Dimanche et fêtes , c'est mon lot.

d'hérissel.

Ta femme , en son zèle trop franche, De ses droits me semble abuser , Car il est dit que le dimanche, On doit au moins se reposer.

Et pour comble de malheur, elle est la per f action mêrile... ce qui est de'sespe'rant, parce que la partie n'est pas égale... elle m'accable de sa supe'riorite'... et je donnerais tout au monde pour qu'elle eût besoin d'indulgence ; ça me donnerait le droit d'en re'clamer à son tourj... Mais le moyen de s'attaquer à une vertu aussi formidable.... personne n'oserait.

d'hérissel.

Laisse donc!

SAINTE-AGNÈS

Je voudrais bien t'y voir, toi qui parles.

d'hérissel.

Moi!

sainte AGNÈS.

Essaie seulement... tu me feras plaisir.

d'hérissel.

Quelle folie!... y penses-tu?

SAINTE-AGNÈS

Voilà déjà que tu as peur.

d'hérissel.

Non , mais quand on ne reste que trois heures.

SAINTE-AGNÈS

Pas davantage?

d'hérissel.

Eh! mon Dieu, oui... ce soir notre re'giment se remet en marche. Rcpertoire dramatique.

Trois henres... c'est bien peu , mais c'est au moins le tems de déjeuner... et je t'invite.

d'uérissel.

Je ne demande pas mieux.

SAINTE-AGNÈS

Pas ici... à cause de ma femme... ça nous gênerait... parce que le rigorisme et le vin de Champagne... cela va mal ensemble.... Mais je cours re'unir quelques amis qui serontcharmes de te voir... Nous avons ici un de les cousins, Anatole d'Herissel... qui était malade , qui est venu prendre les eaux... et que nous voyons souvent.

d'uérissel.

Comment!... ce serait lui?....

SAINTE-AGNÈS

Quoi donc?...

DHÉEISSEL.

Non, rien.

SAINTE-AGNÈS. '

Et nous ferons tous ensemble un petit déjeuner de garçons... tu sais, comme autrefois... c'était le boa tems.

Air ; Amis , voici la riante semaine. Doux souveair , qu'ua regret accompag:ae ! Le verre en niaia je trouvais le bonheur ; Je n'entendais gronder que le champajae , Et ce bruit-là ne nie faisait pas peur. Quittant la table après mainte prouesse. En chancelant, nous étions encore fiers... Car nous n'avions , pour blâmer nos faiblesses , Que des amis qui marchaient de travers. Allons , viens vite. ( il fait un pas pour sortir. ) d'hérissel, le retenant.

Un instant.... j'ai à te parler d'affaires.... d'Irène notre pupille.

sainte- AGNÈS.

Un charmant enfant, que j'aime beaucoup.... mais elle ne veut pas se marier.... elle veut aller au couvent.... et, dès qu'il s'agit de cette partie-là , c'est sa tante que cela regarde... chacun nos attributions...

d'hérissel.

Au contraire... c'est qu'elle ne s'en soucie pas.

sainte- AGHÈS.

Vraiment !

d'hérissel.

Il faut alors que tu le de'clares à ta femme...

SAINTE-AGNÈS

Moi!... ah! bien oui... si j'osais seulement [lui en parler.. , elle serait contre moi d'une belle colère. d'hérissel.

Elle!... avec ses principes !

Madame de Saintc-Aijncs. » ^

( lo ) SAINTE-AGNÈS.

Cela n'enipcclie pas.... au contraire , quand c'est à boilDe intention, c'est permis... trop heureux encore si j'en e'tais quilte à si Lon marché.... Mais quand elle se fâche contre moi... tu ne sais pas de quoi elle est capable...

D'HÉRISSEIf

Et de quoi donc ?

Elle me ferait aller à ses conférences de morale., elle m'v ferait aller, mon ami... tu ne la connais pas... d'hérissel.

Et ta obe'irais f

SAINTE-AGNÈS

Il le faut bien... parce que je l'aime , au fond. Air du Ménage de Garçon.

Mais toi , qui n'as aucune entrave, Aborcie ce chapitre-là.

D'HÉniSSEL.

Je le veux bien ; moi , je suis brave... Après déjeuner l'on verra.

SAINTE-AGNÈS

Kon , crois-moi , commence par là.

' Dans ma carrière conjug'ale,

J'ai l'usage , et j'y veux tenir , De commencer par le morale , Et de finir par le plaisir.

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