‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 41 sur 70 · CORINNE · texte numérisé non relu

CORINNE

empires disparus, c'est pour découvrir le rapport surprenant de la ruine des plus grandes choses et de l’inévitable anéantissement de sa personne. Les héros de Mme de Staël considèrent le monde de plus haut, ils regardent plus loin : ils voient les objets avec moins de relief et de couleur; mais ils réfléchissent pour ainsi dire dans leurs âmes les souffrances des âmes disparues, et c’est une immense pitié du monde qui les saisit à la contemplation des grands écroulements de la vie.

« Rome, écrit Chateaubriand, sommeille au milieu des ruines. Cet astre de la nuit, ce globe que l’on suppose un monde fini et dépeuplé, promène ses pâles solitudes au-dessus des solitudes de Rome; il éclaire des rues sans habitants, des enclos, des places, des jardins où il ne passe personne, des monastères où l’on n’entend plus la voix des cénobites, des cloîtres qui sont aussi déserts que les portiques du Colisée... » Voilà la note de René; écoutons Corinne : « La dégradation même de ce peuple romain est imposante encore; son deuil de la liberté couvre le monde de merveilles, et le génie des beautés idéales cherche à consoler l’homme de la dignité réelle et vraie qu'il à perdue. » Chateaubriand assiste à l'office des Ténèbres à la chapelle Sixtine : « Que n’étiez-vous là avec moi! » écrit-il à une amie aimée d’un amour très profane; « j'aime Jusqu'à ces cierges dont la lumière étouffée laissait échapper une fumée blanche, image d’une vie subitement éteinte C’est une belle chose que Rome pour

tout oublier, pour mépriser tout et pour mourir.» Mme de Staël se réconforte au contraire aux mêmes

chants et élève son cœur vers les espérances de

LS r JA Di 7 : l’âme uné impression douce et pure : Dieu nous

l’autre vie : « Le dernier morceau laisse au fond de

| accorde cette même impression avant de mourir! Quand le dernier son s'éteint, chacun s’en va lentement et sans bruit; chacun semble craindre de rentrer dans les intérêts vulgaires de ce monde. » 4 .… « Si nous sommes sur cette terre en marche vers

le ciel, qu’y a-t:1l de mieux à faire que d’élever assez notre âme pour qu’elle sente l'infini, l’invisible et l'éternel, au milieu de toutes les bornes qui l’en- À

tourent? » - : Eee.

. Mme de Staël est un penseur ému, Chateaubriand un merveilleux artiste. Les poèmes que Mme de ” Staël présente comme les ouvrages de Corinne, ont à je ne sais quoi d’étranger : cette prose abstraite et 3 refroidie sent la traduction. Rien, chez Corinne, £ qui rappelle, même de loin, l’adorable cantilène de Cymodocée : « Légers vaisseaux de l’Ausonie, - 3 7. fendez la mer calme et brillante... » Les plus beaux # passages mêmes semblent de seconde main : ‘ « Connaissez-vous cette terre où les orangers fleu- 3 rissent, que les rayons des cieux fécondent avec amour? Avez-vous entendu les sons mélodieux qui célèbrent la douceur des nuits? Avez-vous respiré ces parfums, luxe de l'air déjà si pur et si doux? Répondez, étrangers, la nature est-elle chez vous si belle et bienfaisante ? » *

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