‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 42 sur 70 · CORINNE · texte numérisé non relu

CORINNE

Il y a du souffle ici, mais c'est le souffle de Gœthe et limitation saute aux yeux. « Je me sens poète, dit Corinne, non pas seulement quand un heureux choix de rimes ou de syllabes harmonieuses, quand une heureuse réunion d'images éblouit les auditeurs, mais quand mon âme s'élève, quand elle dédaigne de plus haut l'égoisme et la bassesse, enfin quand une belle action me serait plus facile... » Les « syllabes harmonieuses » et les images sont demeurées dans les manuscrits italiens de Corinne; il reste les . élévations, qui sont le propre de Mme de Staël. Elles

paraissent surtout dans les discours. C’est alors l’auteur même qui parle. Les entretiens sur la littérature italienne, au livre VII, sur la poésie, au livre III, sur les tombeaux, au livre IV, les promenades dans Rome, sont peut-être, au dire des contemporains, ce qui peut donner le mieux l'idée des conversations de Mme de Staël.

Corinne reste dans la littérature, non comme un chef-d'œuvre — il y a trop de longueurs dans le récit, trop de mode dans le style, — mais comme un bel exemple du génie poétique tel qu'on le concevait alors. Corinne a été pour toute une génération généreuse, romanesque et passionnée le livre de l'amour et de l'idéal. Elle a révélé l'Italie à beaucoup de Français. Elle en a fait, pour des années, la patrie des amants et le but rêvé de tous Îles voyages de bonheur.

Le livre fut achevé en France. Napoléon guer-. royait en Allemagne. Fouché, plus sceptique et plus

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propos des femmes et persistait à tenir Mme de Staël pour une brouillonne plus malfaisante de loin que de près. Il la laissa s’avancer jusqu’à Auxerre, au mois d'avril 1806. On la vit errer autour de Paris,

nay, qu’elle acheta pour s’y établir, et se hasarda même incognito jusque dans Paris. Son passage fut

croyait déjà la tempête arrivée et se repaissait d'in- : trigues et de folies. » « Qu'elle s’en aille sur son Léman... », sinon « je la ferai mettre à l’ordre de la Eine et alors je serai sûr qu’elle ne re-

toujours, contre toute d'une un retour de fortune. Pendant qu'elle s’acheminait vers la Suisse, Corinne parut. Le succès en fut immense et le retentissement européen. Mme de Staël rentrait à Coppet avec une auréole. L’exil semblant désormais inéluc- table, elle s’efforça de le rendre éclatant et, comme jadis Voltaire à Ferney, d'en éblouir ses persécuteurs.

| roué qué son maître, prenait moins au sérieux les

‘et jamais inaperçue. Elle se rapprocha jusqu’à Cer-

signalé à l’empereur, et il trouva le temps de s'en fâcher. « Cette femme est comme un corbeau », : écrivit-il à Fouché au mois de mai 1807; « elle

Le viendra pas impunément à Paris ». Mme de Staël battit en retraite, lentement, par étapes, espérant

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