‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 5 sur 70 · LES DÉBUTS DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DANS LE MONDE

passa autour, l’isola, puis le submergea. Il n’en pouvait être autrement.

La crise où l’on entrait n'était pas affaire d’esprit, d'éloquence et de cabales, c'était une affaire d'État, la plus formidable qui se fût encore vue, etil y fallait non de ces vains Pompées et de ces Cicérons dont Mme de Staël fut toujours idolâtre, mais de ces Syllas et de ces Césars dont elle eut toujours 4 horreur. Elle s’intéressait trop à trop d'idées et à trop de personnes; elle aimait trop à plaire, à admirer, à consoler surtout, à se dévouer; elle avait trop de justice dans la conscience, trop de pitié dans 1 t le cœur, trop de délicatesse dans l’âme : elle pouvait inspirer ses contemporains, elle n’était capable ni de mener les hommes, ni d'exploiter leurs faiblesses, ni d'employer leurs vices. Elle ne formait point de desseins qu’elle ne rompît aussitôt pour servir un ami. Épargner une souffrance lui semblait le dernier mot de l’activité humaine, La raison d'État lui paraissait un blasphème. Le mot même d'État renfermait je ne sais quoi d’âpre et de tyrannique qui lui répugnait. Il figure à peine dans ses écrits. Le gouvernement n’y apparaît que comme une convention de théâtre. Elle n’aimait que la liberté. Animée d’un génie viril, ellé était trop femme par les faiblesses et par la bonté du cœur pour être politique. La politique ne pouvait être dans sa vie qu’une souffrance

et une déception de plus.

&Lerar Sonen, — Mme de Staël, à

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