‹ Mmme de SévignéChapitre 2 sur 29 · MADEMOISELLE DE RABUTIN-CIIAN T AL · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE RABUTIN-CIIAN T AL

de tenii- par alliance à la première dynastie des ducs de Bourgogne. Leurs châteaux, le magnifique Bourbilly dont ]\ille de Chantai était l'héritière, comme aussi Bussy, Cliazeu, Montholon, étaient des places fortes, des forteresses féodales dont les salles immenses étaient partout chamarrées des armoiiies des Rabutin. Mais si l'un des aïeux de la jeune Marie était le terrible seigneur de Bourbilly, ses ascendants maternels étaient des hommes d'ordre et de jugement : gens de loi et de parlement, comme Bénigne Frémyot, le père de la sainte ; gens de finance et d'admmistration, comme la plupart des Coulanges. Et s'ils n'apportaient pas au berceau de l'enfant des dons de féerie : le génie, la beauté, l'imagination, qu'elle tenait d'ailleurs, on n'a qu'à rapprocher la vie de Marie de Chantai de l'existence de son cousin et ami Bussy-Rabutin pom- voir tout le prix de l'héritage qu'elle tenait de ces gens de robe : c'étaient la fidélité, l'amom' de la justice, la probité exacte, l'habileté dans la conduite des affaii'es. L'union de tant de qualités opposées devait produire une des plus exquises réussites du sang français, une nature à la fois forte et délicieuse, souvent magnanmie et toujours raisonnable.

Et c'est par la famille de sa mère, que l'orpheline a connu la douceur du foyer. Dans son couvent d'Annecy, sainte Chantai priait pour sa petite-fille, mais elle ne paraît pas s'en être beaucoup incjuiétée. Elle recommanda la fillette délaissée à son frère Tarchevêque de Bourges, qui remit 1" enfant entre les mains des Coulanges. Et tout de suite, au foyer de son grand-père, M. de la Tour de Coulanges, elle trouva cette atmosphère de gaieté, de bonté, de tendresse qui convenait à sa nature. Elle avait sept ans. Dans la belle maison de Sucy-en-Brie oii M. de Cou-

langes habitait avec sou fils aîné Philippe, lui-même marié et père de famille, la petite fille trouva un camarade inséparable : Emmanuel de Coulanges, né en 1633, était un poupon de cjnelques semâmes lorsque sa jeune cousine entra en riant dans sa chambre comme un rayon de soleil. (( Le moyen que vous ne m'aimiez pas? » (lui écrira, plus de soixante ans plus tard, Mme de Sévigné).

C"est la première chose que vous avez faite quand vous avez commencé d'ouvrir les yeux ; et c'est moi qui ai commencé la mode de vous aimer et de vous trouver aimable ; une amitié si bien conditionnée ne craint point les injures du temps... Quand vous ne m'écrivez pas, je ne gronde point, je ne boude point, je dis : mon cousin est dans quelque palais enchanté ; mou cousin n'est point à lui ; on aura sans doute enlevé mon pauvi-e cousin, et j'attends avec patience le retom* de votre souvenir, sans jamais douter de votre amitié (26 avi'il 1695).

Nous n'imaginons point JVIme de Sévigné sans ce petit de Coulanges, qui toute sa vie devait rester « le petit de Coulanges )) ; gentil mondain, éternel enfant, poète puéril et charmant, dont les moindres paroles étaient des chansons, et les chansons des folies, il allait devenir un petit bout d'homme, gai, léger, délicieux, avec pas mal de bon sens dans sa tête de linotte, et un grand cœur fidèle et patient caché dans son corps de criquet... Le petit garçon et la petite fille menaient à Sucy une ronde sans fin, et toujours Marie de Chantai se rappellera les délices de ce beau domaine de La Tour. « Jamais il ne fut une jeunesse plus riante que la nôtre de toutes les façons )), écrhat-elle (le 12 juillet 1691). Et lorsqu'un hasard mondain la ramena à Sucy, sous les cheveux gris de ses cinquante ans, elle écrha à sa fille : « Je fus ravie de revoir cette maison

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