OBSERVATION I
Chien bouvier des Flandres, visux. Sorti de la fourrière dans un état général très grave, maigreur squelettique, poil piqué, présente une ascite abondante avec grande dépression physiologique. Il est atteint d: dyspnée avec soufle labial, et d’anurie presque complète. Le peu d’urine qu’il nous a été possible de recueillir par cathétérisme uréthral révèle à la réaction de Gmelin la présenc: de pigments biliaires en grande quantité. Nous avons donc affaire à une ascite hépatique. Malgré son état général très mauvais, le sujet s’alimente encore un peu et a une température normale de 37°5. La tuberculination pratiquée donne un résultat négatif.
Les chlorures éliminés dans les vingt-quatre heures qui suivent son entrée à l’infirmsrie s'élèvent à 1 gr. 3 et le volume d'urine émise pendant ce même temps à 380 cc. Le 12 novembre, on pratique la ponction de l’abdomen qui nous permet de retir2r six litres d’un liquide jaune citrin légèrement verdâtre.
Traitement institué. Calomel : 25 centigr. par jour en deux fois, matin et soir.
Lactose : 3 grammes. Bicarbonate de soude : 4 grammes par jour. Chlorure de calcium : 15 grammes par voie
Si
buccale en trois doses de 3 grammes matin midi et soir ; administré dans du lait très sucré. Le sujet qui avait une intolérance marquée pour le médicament mélangé à du sirop simple ne présente plus de vomissements par ce mode d’administration: nous sommes toutefois contraint à le lui faire prendre de force et il marque des signes de dégoût après l’ingestion, mais sans apparence de nausée.
Régime très peu chloruré à base de lait et de viande grillée. On commence le traitement le 13 novembre. Le 14 novembre, chloruress urinaires, 2 gr. 56; urine émise, 510 cc.
Le 15 novembre, chlorures urinaires, 7 gr. 5; urine émise, 840 cc. Le 16 novembre, chlorures urinaires, 6 gr. 75; urine émise, 725 CC.
Le 17 novembre, chlorures urinaires, 12 gr. 17; urine émise, 820 cc. Les chlorures urinaires qui étaient de 3 gr. par litre d'urine sont passés à 14 gr. 8.
L’urine émise a considérablement augmenté puisqu'elle est passé: de 380 cc. à 820 cc. en cinq jours de traitement. Les symptômes physiques constatés sont d’abord une polydispsie dès les premières ingestions de chlorure de calcium puis une constipation assez sérieuse succèda à une diarrhée profuss existant avant le traitement, mais qui s'était légèrement aggravée.
Pendant ce temps, l’épanchement a rapidement progressé et l'appétit est devenu nul. Le malade est d’une faiblesss extrême et la difficulté respiratoire s'accroît de jour en jour.
On renouvelle la ponction le 18 novembre et on complète le traitement par de la caféine en injection sous-cutanée. Les jours suivants, l’état reste stationnaire, on interrompt le chlorure de calcium le 21 novembre. La diurèse établie depuis le
début du traitement s’est légèrement atténuée, le sujet élimine en moyenne de 600 à 700 cc. d’urine par jour. La température qui avait oscillé entre 37°5 et 38°3 passe le 24 novembre 47202
Le 27 novembre, on pratique une nouvelle ponction. La médication calcique par ingestion n’est pas retenue et nous sentons les injections intraveineuses de CI° Ca à 50 % à raison d’une injection journalière de 6o cc. Nous pratiquons ces injections sans meilleurs résultats que pour le traitement par la voie buccale. Nous sommes obligés de pratiquer une nouvelle ponction le 2 décembre, l’état général du sujet s’est cependant amélioré surtout du côté de l'appareil digestif. La température est descendue à 38°3, l'appétit nulle huit jours auparavant s'est aussi légèrement améliorée. Malgré tout, nous notons des symptômes d’affaiblissement du côté du cœur qui est affolé et rapide. C’est alors que nous tentons les injections intrapéritonéales de chlorure de calcium. Le résultat obtenu est tout à fait décourageant ; l'épanchement s’est reformé au bout de cinq jours et les chlorures urinaires qui étaient le 2 décembre de 6 gr. par litre sont descendus à 3 gr. par litre, la diurèse a cessé du jour au lendemain et l’urine émise est de 340 cc. en vingt-quatre heures.
Le sujet meurt subitement le ; décembre.
Autopsie. — À l'ouverture de la cavité abdominale s'écoul: un liquide abondant fortement hémorragique. L'aspect général du cadavre dénote une anémie profonde avec des muscles émaciés et pâles.
Les organes abdominaux présentent les caractères constatés dans l’ascite (aspect lavé, couleur violacée terne caractéristique). On relève sur le foie des lésions de cirrhose type atrophique. L’organe est atrophié dur au toucher, aspect gra-
nuleux du parenchym= hépatique, qui grince sous le couteau. Le pancréas et la rate sont congestionnés. Cette dernière ainsi que le foie présentent des lésions d’un caractère spécial. On voit à leur surface des tach:s blanches irrégulières en assez grand nombre, les plus grandes ayant la dimension. d’une pièce de cinquante centimes et que l’on pourrait comparer assez bien à des taches de bougie. Ce sont des îlots tout à fait caractérisés de stéato-nécrose.
Du côté de la cavité thoracique, on note un léger œdème pulmonaire et une hypertrophie cardiaque importante avec début de dilatation.
Les reins ne présentent aucune lésion visible macroscopiquement.